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Souvenirs…Souvenirs….

Ils ne sont plus nombreux nos anciens et nos anciens quatrésiens ! Roger, Christian, Georges, Yves, mais aussi certains de générations plus proches de nous et présents au club depuis 30 à 40 ans!!! Marie, David, Christophe, José, Moutou, Bruno, mais aussi Cyril, Denis, Chichi sans oublier les parents!!! Ils seront contactés en espérant qu’ils nous répondent car ils pourraient en raconter beaucoup!

Bonne lecture avec Georges…Barbereau

SOUVENIRS…SOUVENIRS… S’adapter à son époque.

Je ne vais pas retracer l’histoire du tennis de table, d’autres ont su le faire beaucoup mieux que je ne le pourrais. Je vais seulement faire appel à mes souvenirs qui parfois s’estompent dans la brume de mon grand âge, simplement pour montrer tous les changements que mes contemporains ont eu à connaître et surtout pour encourager nos dirigeants, à quel niveau que ce soit, à regarder vers le futur sans la mentalité du passé…car, non, ce n’était pas mieux avant! Ce sera long. Peut-être n’aurai-je pas le loisir de finir. J’invite d’autres anciens à témoigner de leur expérience car je pense qu’il faut se préparer à vivre des grands changements pour ne pas dire des bouleversements dans la pratique sportive…et aussi parce que seule une pluralité de points de vue peut permettre une approche de la vérité, en admettant qu’il y en ait une.

Quand le picot était roi. Le côté obscur.

Les années 50.

Jusqu’en 1950, j’ignorais tout du tennis de table plus communément alors nommé Ping-Pong.

Dans ma ville natale, Château-Renault, deux associations le pratiquaient, l’une, un patronage catholique, affilié à la FSF et l’autre, un patronage laïque affilié à l’ U F O L E P, ces deux patros se livrant une guerre sans merci pour des raisons idéologiques teintées de politique, selon l’ambiance de cette après- guerre que l’on a peine à imaginer aujourd’hui et c’est tant mieux! Le président Massaloux me confiera plus tard qu’il avait du mal à comprendre l’existence de ces fédérations affinitaires qui divisent la jeunesse alors que la FFTT l’unit. Nous y reviendrons, notons au passage que notre sport était très pratiqué dans les patronages mais pas forcément  sous la bannière de la FFTT et plus souvent davantage comme un loisir que comme un sport. Je n’ai approché aucune de ces associations d’ailleurs peu de jeunes de moins de 15 ans étaient sportifs dans ces années-là.

Les années école normale.

En octobre 1950, j’entrai à l’école normale d’instituteurs d’Indre et Loire. Cet établissement comportait les trois classes du lycée et une quatrième consacrée à la formation professionnelle. Dans une salle des fêtes très spacieuse et bien éclairée trônaient deux tables, installées dans le prolongement l’une de l’autre, l’une agréée FFTT, l’autre faite maison dans l’atelier de l’école, ne pouvant servir que pour l’entraînement  mais néanmoins de bonne qualité: pour l’époque on pouvait considérer que le club de tennis de table était parmi les mieux équipés du département. Cependant, bien entendu, on ne pouvait y jouer que dans les périodes d’interclasse. Sur les soixante élèves et les professeurs, seule une petite vingtaine de personnes s’intéressaient vraiment au tennis de table: certains ne l’avaient jamais essayé, d’autres occasionnellement faisaient une partie histoire de meubler le temps, d’autres encore pratiquaient régulièrement mais à titre de délassement, sans chercher à acquérir la moindre once de technique, une faible minorité constituait l’effectif des deux équipes( de trois à l’époque) et s’entraînait ( si on peu dire) plus assidûment. Comment s’entraînait-on alors? Eh bien, on disputait deux à trois sets (de 21 points), ce qui constituait une méthode simple de répartition du temps en raison du faible nombre de tables par rapport à l’effectif des utilisateurs, ce qui, je le constatai plus tard, était une pratique commune à tous les clubs, on voit mal comment on aurait pu procéder autrement. C’était aussi la seule façon d’apprendre, on essayait d’imiter les meilleurs tout en disputant le point. Actuellement, dans de nombreux clubs, ça se déroule encore comme ça, même s’ils disposent d’un nombre suffisant de tables pour ne laisser personne inoccupé. Ce que je viens d’écrire, je m’apprête à le seriner tout au long de ce récit car c’est un sujet qui me  préoccupe. Ajoutons à cela que le tennis de table était considéré par ceux qui pratiquaient le football, le basket, l’athlétisme etc… plus comme un jeu de salon que comme un sport véritable, ce qui traduisait bien l’opinion générale et laisse à penser la lutte qu’ont dû mener les dirigeants de l’époque et leurs héritiers pour qu’il soit un jour reconnu discipline sportive à part entière.

Le matériel.

Il était assez assez hétéroclite, c’était l’après-guerre, les produits de bazar ( à bon marché et de mauvaise qualité) côtoyaient les articles vendus dans les magasins de sport mais quasiment hors de portée de nos modestes moyens.

Les balles n’ étaient pas fournies par le club comme c’est le cas de nos jours, il fallait donc les acheter si on voulait jouer. La coopérative de l’école normale en vendait trois marques: «Match- officiel», bien mal nommées car d’une sphéricité douteuse, d’une mollesse avérée, elles cassaient au moindre choc; «Reina», de qualité moyenne et de prix abordable; «Olympic» d’excellent rendement mais fort chères. On pouvait trouver en ville, dans les magasins de sport, des balles «Barna», «Schildkröt», «Alésia» ( dites balles tournées) , agréées FFTT, mais très onéreuses. Le prix des balles étant très élevé en ces temps là, on les réparait: cabossées, elles allaient se redresser tant bien que mal dans de l’eau chaude; fêlées, elles étaient pansées avec du vernis, étant bien entendu qu’une balle réparée était impropre à la compétition.

Au début, je me contentai d’observer les joueurs censés être les meilleurs, mais ils ne me convainquaient guère car pratiquant un jeu de poussette plutôt passive, émaillé d’attaques peu impressionnantes. Parmi eux, figurait Paul Rougeux qu’on disait classé, je compris plus tard qu’il n’avait pas besoin de forcer son talent, étant nettement au-dessus du lot. Le directeur jouait en équipe et c’était grâce à son influence que notre sport s’était implanté dans son établissement; il pratiquait un jeu de demi-volée avec des services effectués sans lancer la balle. Histoire de faire comme tout le monde, de temps à autre je jouais une partie avec un de mes condisciples,et, pour cela, il fallait emprunter une raquette. Bien entendu, ceux qui en possédaient une bonne ne la prêtaient pas à un débutant, je suppose que ça n’a guère changé à ce sujet. Tout un assortiment de,   bazar sortait des casiers: raquettes de bois nu, palettes de contreplaqué de basse qualité qui vous pliaient dans la main au contact de la balle, revêtements variés: liège, papier de verre, picots…Les raquettes dites de compétition étaient construites à partir d’un contreplaqué sérieux( quatre à cinq plis) et d’un revêtement à picots qui pouvait nuancer vitesse, adhérence,contrôle selon la souplesse du caoutchouc, l’épaisseur, la longueur et la densité des picots. Aucun joueur ne construisait sa raquette qu’on achetait toute faite avec un revêtement identique sue les deux faces, on cherchait plus à s’adapter à son outil alors qu’aujourd’hui on assemble pour chacun celui qui correspond à son niveau et à son style. On trouvait toutes les couleurs de l’arc  en ciel à condition que ce soit la même des deux côtés. Les raquettes compétition des années 50 portaient le nom des grands joueurs de l’époque: Haguenauer, Lanskoy, Roothooft, Amouretti, Agopoff…la plus réputée était la raquette Barna; Victor Barna avait été champion du monde; sa raquette présentait un bon compromis au niveau de la vitesse, de l’adhérence et du contrôle, on la reconnaissait aisément à la couleur marron de son revêtement et à son manche droit et verni. J’appris plus tard que le choix du bois de la raquette était important car sa qualité, son épaisseur, la position des plis durs à l’extérieur ou non influaient sur la vitesse.

On pouvait jouer en tenue de ville à condition d’ôter la cravate et que le blanc fût exclu,avec quelques restrictions:les chaussures devaient être sans talon ( certains joueurs se présentaient en charentaises), la veste de ville devait être quittée, le pantalon de survêtement était proscrit, je n’ai jamais su pourquoi. Il existait une  tenue officielle, short et polo gris-souris, seul l’écusson du club pouvait en rompre la  monotonie. Avouez que tout cela ne contribuait guère à donner une image sportive du ping-pong (terme plus souvent usité) mais il suffit d’avoir connu les températures sibériennes de certaines salle pour comprendre ces tolérances.

Les tables officielles étaient composées de deux parties avec un plateau de contreplaqué genre marine ( l’aggloméré des années 50 était de médiocre qualité) fixé sur un châssis à pattes repliables  en bois. Peint en vert, chaque demi plateau était bordé par un bande blanche. Quand on montait une table, il fallait être au moins deux pour porter un demi-plateau du lieu de stockage à l’aire de jeu, rares étant les clubs disposant d’un lieu (j’évite de dire salle) spécifique. Les deux demi-plateaux étant alignés, il fallait poser le filet; d’abord les potences à cheval sur la ligne de jonction, puis fixer le dit filet en en enroulant le cordon autour de deux ergots soudés sur les supports afin de le tendre.ce qui ne lui donnait qu’une hauteur approximative et impossible à régler avec précision. La ligne de double n’était pas tracée, seuls deux repères marquaient le milieu de la ligne de fond. Les rencontres de championnat par équipe ne comportant que des simples, ce n’était pas trop gênant. Pour le double, on tendait un cordon au préalable enduit de craie entre ces deux repères et en le faisant sèchement claquer sur le plateau, on marquait la ligne médiane. Les clubs avaient également des  tables d’entraînement, faites maison, impropres à la compétition, les plus rudimentaires étant composées d’un plateau posé sur des tréteaux, j’ai réussi à en sauver une de cet acabit qui dort dans mon garage. Toutes ces choses, je les découvris petit à petit car c’était comme aujourd’hui, on parle beaucoup de l’accueil mais j’ai connu peu de clubs soucieux de piloter les nouveaux, il faut souvent tout découvrir par soi-même, au niveau des adultes.

Premiers pas.

De temps à autre donc je faisais une partie avec un ami, sans être convaincu qu’il s’agissait de sport. Un jour Paul Rougeux, qui nous regardait jouer, nous donna les conseils suivants: au début, ne pas chercher à frapper fort, ce que tentent de faire les novices, mais se relâcher, bien accompagner la balle avec des mouvements souples, se déplacer en  permanence pour se positionner par rapport à la balle, servir en lançant la balle.Ces conseils je les donne toujours aux débutants…puis un beau jour…

Un beau jour le directeur nous autorisa à sécher l’étude pour assister au match de l’équipe première de l’école normale contre une équipe du PL La Fuye, le club le plus important du département et qui avait une équipe première en Nationale, la plus haute division du championnat . C’était aussi le club FFTT de Paul Rougeux. S’alignaient Gaston Dufour, beau-père de Paul, classé 35, Françoise Larcheron, une des meilleures juniors  française, Claude Errant, classé 40  que l’on connaît mieux pour avoir été un grand dirigeant de ligue et de comité, expert en secrétariat et en trésorerie. L’équipe de l’école normale fut laminée à part Paul qui marqua deux points et livra un match spectaculaire contre Gaston Dufour; avec du recul je ne puis m’empêcher de penser qu’ils  étaient certainement complices et que le directeur, qui tenait absolument à implanter le tennis de table dans son établissement, avait dû demander qu’ il y eût du spectacle. Le but fut atteint, le public  conquis par des joueurs démontrant un sport à la fois technique et athlétique: Gaston Dufour pratiquait un jeu qu’on qualifierait aujourd’hui d’ all-round avec une frappe  percutante du  revers, Françoise Larcheron l’attaque rapide, Claude Errant la défense coupée. A l’issue de la rencontre, Dufour nous encouragea à apprendre le tennis de table qui, selon lui, était facile à mettre en œuvre au niveau du sport scolaire dans les écoles rurales (il était lui-même enseignant). Il nous invita à assister aux matchs de l’équipe première du PL L F et à venir nous entraîner dans son club. Ce jour-là, j’eus le coup de foudre pour le tennis de table et cette passion m’habite toujours. Cette expérience  personnelle me porte à croire qu’il faudrait plus souvent exporter le tennis de table  d’excellent niveau, donc spectaculaire, vers les déserts pongistes et les clubs désireux de se développer. En fin d’année scolaire eut lieu un tournoi où j’échouai en quart de finale

Vinrent les grandes vacances. Désireux de trouver une raquette acceptable dans la limite de mes modestes moyens, je poussai la porte du bazar de Château-Renault. Le patron m’apprit qu’un nommé Bardin avait fondé un club dans les années trente et que lui avait investi dans un lot de raquettes «sérieuses» qu’il n’avait pas vendues car le club n’avait pas tenu suite au départ  de son fondateur, le lot lui était resté sur les bras. Eh, oui! Il s’agit bien de P J notre premier président qui avait très temporairement exercé le métier de grainetier dans ma ville natale. Grand dirigeant de ligue mais aussi fédéral, il ne pouvait «s’ enterrer» dans une si petite localité et en était  reparti pour Tours où il avait fondé le P P C T. Cette anecdote illustre à merveille la fragilité des clubs qui reposent sur une seule personne, n’ ont tenu que ceux qu’une solide équipe gérait. Toujours  est-il que je  trouvai mon bonheur dans une raquette, certes quelque peu défraîchie mais dont le bois à cinq  plis était ferme et dont le revêtement me paraissait adhérent…d’autant que le prix réclamé me convenait. A la rentrée 1 951, je décidai de m’y mettre. Un de mes amis ayant pris la même résolution,  nous décidâmes d’unir nos efforts. Paul Rougeux nous déconseilla de faire des match qui ne permettraient pas d’apprendre correctement mais au contraire fixeraient les défauts et nous recommanda de consacrer chaque séance à l’étude d’un coup; par exemple, tandis que l’un travaillait l’attaque du coup droit, l’autre était en défense et vice versa. Nous suivîmes ses conseils mais personne ne sembla s’intéresser à nos efforts. Nous progressâmes sans pouvoir vraiment mesurer nos progrès.

Chaque fois que c’était possible, le dimanche, jour de sortie, j’allais voir du tennis de table seulement quand il se jouait à Tours, ne disposant d’aucun véhicule personnel. Je pus ainsi constater qu’en la quasi absence de gymnases, on jouait en des lieux qui sembleraient aujourd’hui saugrenus, mais, faut-il le rappeler? en ces temps-là, basket, volley, hand étaient des sports de plein- air. C’est ainsi que j’assistai aux championnats individuels d’Indre et Loire qui se déroulaient,dans…la salle des pas perdus de l’hôtel de ville de Tours.
Imaginez la scène: des tables dans tous les sens, y compris sur les paliers du grand escalier d’honneur et sans séparations inconnues alors, dans les courants d’air et avec des curieux circulant de façon anarchique autour des aires de jeu..Une autre fois, ce fut dans un dancing avec des joueurs mouillant leurs semelles à intervalles réguliers pour atténuer les glissades sur un parquet ciré en permanence. Les matchs de nationale du P L La Fuye se jouaient dans une salle des fêtes où l’on donnait régulièrement des bals mais qui semblait un luxe par rapport à ce que je viens de décrire.

L’équipe était formée de trois joueurs de style et de système différents: Louis Berga, un joueur complet, plutôt offensif, privilégiant  la demi-volée ( prise de balle en phase montante en poussette, en attaque et en retour rapide) mais sachant réagir en défense coupée, Maurice Roquebert, attaquant rapide coup-droit et revers et Roger Digneffe, un homme très grand et athlétique, souvent en défense mais capable de frapper fort dès que l’opportunité s’ en offrait à lui. Ces trois joueurs étaient classés 15, à ne pas confondre avec les classements actuels. A cette époque, au sommet de la pyramide on distinguait les premières séries au nombre de huit à dix, puis les secondes séries classés de 0 à 15, ensuite les troisièmes séries de 20 à 35, enfin les quatrièmes séries de 40 à 50, les classements individuels s’échelonnant tous les 5 points: par ordre croissant: 50, 45, 40, 35…20, 15…etc. Au delà de 50, on était non classé. Le classement était établi par un système  de calcul prenant en compte les performances, les contre-performances, les non-performances victoires ou défaites( matchs à égalité de classement). Un 15 était alors un très fort joueur.

Cette année-là, je progressai sans doute autant par l’observation que par la pratique. D’ailleurs, cette pratique s’arrêta dès avril car le bac première partie nous attendait en juillet.

A la rentrée 1952, mon partenaire et moi fûmes informés que, désormais, nous faisions partie de l’équipe 2, celle du directeur. Mais ça ne devait pas changer pas grand chose car nous ne disputâmes que trois matchs dans la saison, avec une sévère défaite contre une équipe renouvelée du PL La Fuye, trois 40, qui avaient pour chef de file un certain Claude Arribey qui n’utilisait qu’un coup, une frappe du coup- droit propre à assommer un pachyderme et qui deviendrait meilleur joueur du département et de la ligue, dans un avenir proche malgré sa venue tardive à notre sport ( il frisait la quarantaine). Je continuai à assister à des rencontres et à consigner mes observations sur mon calepin. Voici en gros ce que ça donnait. Contrairement à une caricature qu’en font de nos jours ceux qui ne l’ont pas  connue, cette époque n’ était pas du tout celle du règne exclusif de la poussette intégrale et des matchs interminables.

Je classais alors (ça vaut ce que ça vaut mais je n’étais pas un expert) les joueurs en quatre catégories. Ceux qui prenaient la balle  en demi-volée, c’est à dire très tôt après le rebond et qui misaient sur la vitesse et le placement, qui ont sans doute inspiré le jeu de bloc qui naîtra avec la raquette sandwich; ceux qui prenaient le jeu en main en attaquant dès que possible; ceux, plus attentistes, les défenseurs dont l’arme principale était la balle coupée; enfin venait la catégorie des joueurs polyvalents, capables de faire face à toutes les situations sachant tout faire, c’était le cas des meilleurs de l’époque. Ce classement sommaire comprenait beaucoup de nuances. Par exemple, on distinguait chez les attaquants des joueurs assez différents: les cogneurs qui prenaient la balle au sommet du rebond, les rapides qui la frappaient dans la phase montante, les lifteurs qui la frottaient au début de la phase descendante (le lift a certainement inspiré le top-spin), ceux qui n’utilisaient que le coup droit, ceux qui équilibraient coup-droit et revers. De même, chez les défenseurs, certains touchaient la balle au sommet du rebond pour faire un coupé-tendu,d’autres  jouaient à mi-distance, d’autres encore, loin de la table, cueillaient la balle au ras du sol…et comme tout cela pouvait se combiner, on avait droit à une grande variété dans les systèmes, beaucoup plus qu ‘aujourd’hui, tout simplement parce que chacun choisissait ce qui convenait le mieux à sa nature et à ses goûts alors que depuis on a assisté à une standardisation en grande partie créée par des entraîneurs en quête de rentabilité.

Pour la petite histoire, n’étant pas rapide mais plutôt endurant, j’optai pour un jeu de défense très coupée (on disait alors sabrée), à mi-distance avec contre-attaque coup-droit et revers. Les autres matchs que nous remportâmes facilement sur des non classés ne m’ont laissé aucun souvenir. Trois matchs dans une saison, ça paraît dérisoire aujourd’hui, mais il y avait de multiples raisons à cela. A  l’école normale, le directeur, qui privilégiait le sport de masse, faisait tourner un maximum de joueurs par équipe, le résultat important peu. Il essayait également de ne pas nous solliciter dès le troisième trimestre à cause des examens (pour moi, le deuxième bac). Enfin, en U F O L E P , il n’ y avait pas de match retour et pour les clubs F F T T cette compétition était très secondaire mais elle était un bon support à un tennis de table de loisir car peu accaparante.

En 1953, c’était ma dernière rentrée dans l’établissement et ma première démarche consista à m’acheter une raquette, la précédente m’ayant lâché suite à deux fêlures parallèles de la palette au ras du manche ( cela arrive encore aujourd’hui). Mais cette fois j’en avais les moyens car en 4° année, dite de formation professionnelle, nous étions rémunérés. Je fis l’acquisition d’une raquette armée, ainsi nommée parce que deux plaques de «duralumin» en renforçaient le bois, la rendant très solide mais également plus rapide. Sans surprise j’appris que mon partenaire d’entraînement et moi-même étions dorénavant considérés comme les chefs de file du ping-pong, rien de bien méritant puisque Paul Rougeux et ses équipiers avaient quitté l’établissement, ce qui serait notre cas en fin d’année scolaire. Cela ne changea pas grand chose car nous étions peu disponibles devant effectuer des stages de formation, dans les écoles mais aussi ailleurs et nous ne jouâmes que trois matchs,  dont le dernier, en zone rurale, me fit comprendre l’importance de l’automobile dans le tennis de table; on le ressent moins aujourd’hui, mais, dans les années 5O, on était très loin d’une auto par foyer. C’est donc avec une certaine inquiétude que je vis se profiler la fin de l’année scolaire synonyme de nouvelle vie puisque nous aurions à faire acte de candidature pour un poste d’instituteur avec le risque de me retrouver dans un désert pongiste et un village loin de tout.

L’année scolaire se termina par un examen, le C F E N, (certificat de fin d’études normales), partie théorique du C A P d’instituteur (P= pédagogique).Constatant qu’il y avait des postes libres à Château- Renault, je plaçai cette ville en tête de mes demandes car les liaisons en car ou en train avec Tours étaient faciles et me permettraient de me licencier au P L La Fuye où je savais pouvoir m’entraîner le jeudi (jour de congé scolaire) et faire de la compétition le dimanche. Toutefois, le directeur refroidit mon enthousiasme en me spécifiant que les autorités académiques refuseraient cette nomination dans ma ville natale. Je maintins cependant ma demande que je complétai avec quelques villages perdus dans la campagne tourangelle, bien persuadé que ma vie pongiste tournerait court.

De passage chez mes parents, j’appris que, le jour- même, se déroulerait dans la salle de bal d’un café un tournoi ouvert à tous les habitants du canton. Mon père me demanda de m’y inscrire car il ne m’avait jamais vu jouer. J’acquiesçai à sa demande bien que devant me lever très tôt le lendemain pour rejoindre une colonie de vacances du 19° arrondissement de Paris. Je remportai assez facilement ce tournoi, ne trouvant un peu de résistance qu’en demi-finale et en finale, contre ceux qui allaient plus tard devenir mes équipiers. Ils étaient tous deux assez faibles dans le revers. J’appliquai donc la tactique classique: jouer quelques balles dures dans le point fort adverse avant de  contrer sèchement dans le point faible. Ce tournoi était le prélude à une assemblée générale destinée à créer un club né de la fusion des deux patros que j’ai cités au tout début de ce texte. Ne me sentant pas concerné, je m’éclipsai discrètement dès la conclusion du dernier point.

Premières années de club, fin du règne du picot.

Ce chapitre n’a rien d’historique, je vais tenter de décrire l’ambiance et le décor du tennis de table pratiqué à la base, dans les petits clubs, par des joueurs ordinaires des années 50. J’évoquerai peu les champions et je vous renvoie à ce sujet aux chroniques de Jean Devys et à «Almanach du tennis de table» de Jean-Marc Sylvain. Je pense utile que ceux qui ont vécu cette époque en laissent des traces car ils disparaissent de l’horizon pongiste et il me semble utile que les plus jeunes sachent d’où nous sortons.

En septembre 1954, contrairement à ce que je pensais, je reçus ma nomination pour Château-Renault; la ville, une cité ouvrière triste, grise, enlaidie par des tanneries qui fermaient les unes après les autres entraînant un déclin économique, n’avait pas dû tenter grand monde parmi les enseignants…mais ça m’arrangeait. Les choses se précipitèrent. Trois jours après la rentrée, je reçus la visite d’une délégation venue m’inviter à l’assemblée générale de création du club de tennis de table. Je compris assez vite que je ne pouvais refuser sous peine de commencer ma carrière d’enseignant en me faisant des ennemis. Je rangeai mes projets au rayon des souvenirs et assistai à la réunion, sachant que c’était comme un engagement. Tout fut mené au pas de charge. Robert, charcutier de son état et qui était à l’origine du tournoi, prit les choses en main. Il avait déjà obtenu de l’ U S Renaudine, club omnisports, la modification des statuts qui permettait la création d’une section de tennis de table. Jacques, qui avait déjà été licencié F F T T avait contacté P J Bardin; président de ligue,et revenait avec les documents indispensables  bousculant un peu l’ordre réglementaire mais P J avait promis d’arranger ça car il fallait aller vite, la saison allait commencer. Nous dûmes dans la foulée signer les demandes de licences, élire un comité directeur, former des équipes. Robert fut élu président, Jacques secrétaire, j’ai oublié le nom du trésorier qui n’eut aucun rôle car c’est Robert qui assuma la fonction. Je me retrouvai bien malgré moi dans le comité directeur et secrétaire adjoint car Jacques, travaillant à Tours, ne pourrait régler tous les problèmes. En payant nos cotisations, nous eûmes la mauvaise surprise d’une addition très salée. En effet, le club ne disposant d’aucune subvention tout était à notre charge: la location de la salle ( celle où avait eu lieu le tournoi), l’achat d’une table homologuée, les frais administratifs, la part revenant à la ligue et à la fédération, la création d’un fond de roulement. A ceux qui pourraient s’en étonner, habitués  qu’ils sont que tout leur soit livré sur un plateau, je dirais que ce cas était loin d’être une exception. Nous fûmes également avertis que nous aurions à acheter nos balles, la tenue officielle ( pour ceux qui la  voudraient), à régler les frais d’ inscription de nos équipes ainsi que les frais de déplacement qui seraient calculés à chaque fois par le conducteur du véhicule (prière d’avoir de la monnaie sur soi). Ensuite, Jacques nous expliqua le championnat par équipes qui fonctionnait selon deux systèmes. Le premier s’articulait ainsi: le niveau départemental, promotion, puis honneur, le niveau régional, l’excellence, puis le niveau national, avec montée du premier et descente du dernier. Le deuxième système départemental n’était pas réellement un vrai championnat car il ne décernait aucun titre et ne débouchait ni sur une montée ni sur une descente . Institué pour un public loisir ou de réserve, il offrait trois niveaux, première, deuxième et troisième divisions; on pouvait s’inscrire dans le niveau de son choix, selon ce que l’on estimait être celui de son équipe, la ligue offrant ses conseils; à cette époque, chaque département était un district dont la sportive était gérée par un membre du comité directeur de la ligue. A cette occasion, nous apprîmes que la nôtre s’appelait Touraine, qu’elle était formée de deux départements, l’Indre et Loire et la Sarthe, que son siège social était à Tours, 23 Avenue de Grammont, dans le bureau de son président Paul- Jules Bardin. On comprendra ainsi pourquoi je parlerai surtout de l’ I&L dans ce chapitre. On notera au passage que les dirigeants des années cinquante avaient conscience de l’importance du public loisir en tennis de table et on peut s’interroger sur le fait qu’on l’ait négligé par la suite. La réunion se termina par la formation des équipes et la planification des entraînements. Il fut décidé d’en inscrire une dans chaque niveau du championnat, un problème se posa d’emblée, celui des véhicules car ils étaient plutôt rares et il en fallait un par équipe. Je me retrouvai dans la première qui fut inscrite en promotion avec pour mission d’accéder à l’honneur, ce qui me sembla téméraire car il s’agissait d’un

 saut dans l’inconnu; mes équipiers étaient Pierre et Marcel, respectivement finaliste et demi-finaliste du tournoi. On nous attribua ainsi qu’à l’équipe 2 deux séances d’entraînement, les mardi et jeudi de 21 heure à 23 heures. On pourra trouver ses horaires bien tardifs. D’une part, le café réservait sa  salle à ses clients dans la journée, d’autre part Pierre mécanicien- auto ne sortait du travail que vers 20 heures, quant à moi , il suffira de regarder une photo de classe de ces temps-là pour comprendre qu’un instit avait de quoi s’occuper après les heures de cours…bref, ça nous convenait. Le dossier fut remis, le jeudi suivant, à P J Bardin, pour la petite histoire peut-être une demi-heure après celui de la Section Sportive de Saint- Saturnin, les deux clubs étant officiellement nés en même temps. Nous nous entraînâmes comme des forcenés, dans l’ignorance de ce qui nous attendait.

Plantons le décor.

Plutôt que relater nos exploits, qui présentent peu d’intérêt, il me semble intéressant de décrire l’ambiance de l’époque, très éloignée de ce que nous vivons actuellement.

    La communication. Aujourd’hui à l’ère d’ internet, du smartphone, du téléphone, c’est simple de conclure une rencontre. Mais en 1954, tout ça n’était même pas imaginé et peu de foyers avaient un  téléphone fixe, excepté pour raison professionnelle. Le moyen le plus utilisé et par ailleurs officiel était le bon vieux courrier papier, il fallait s’y prendre au moins une semaine à l’avance et faire coïncider la disponibilité de la salle avec les possibilités de déplacement des visiteurs, ça n’était pas simple. La date officielle était fixée au dimanche matin, mais rares étaient les salles  pouvant accueillir plus d’un match à la fois, il fallait bien trouver des compromis. Si le club voisin n’était pas trop éloigné, c’était parfois plus commode de se contacter de vive- voix. On se rencontrait également lors des tournois et l’on pouvait alors y décider de la date de la rencontre. Tout le monde étant conscient de ces difficultés, c’était la bonne volonté qui l’emportait, je n’eus pas connaissance de problèmes majeurs. Mais de là est née l’habitude de jouer la nuit qui me semble peu compatible avec le slogan «Ping-santé»très en vogue en 2020.

    Les clubs. On pouvait les classer en trois catégories selon leur origine: les clubs à vocation unique, les clubs corpo, les patros. On peut imaginer que la naissance d’un club se faisait par un processus inverse de celui d’aujourd’hui. De nos jours, on décide de créer un club, ensuite on sollicite des horaires dans un local, généralement un gymnase, on achète des tables, puis on joue. Dans les années 50 et sans doute avant, des tables étaient mises à disposition dans des espaces de loisir, arrière-salles de café, salle récréative d’un patronage ou d’une entreprise, certaines personnes jouaient, ça leur plaisait, elles décidaient alors de pratiquer plus sérieusement d’où l’avènement du club. Bruno Simon nous a fait parvenir des «actes de naissance de clubs» dans les années 30. On constate que certains sièges sociaux se situaient dans des cafés qui parfois donnaient aussi leur nom au club. Il y a gros à parier que la table et l’espace de jeu existaient avant la création du club. Les patronages, catholiques ou laïques disposaient de salles de loisir, y installer une table pour simplement se détendre était naturel, même chose concernant les comités d’entreprise en charge des loisirs. Ne serait-il pas aujourd’hui envisageable, dans le cadre du développement et lors des entraînements du club, de laisser une ou deux tables à la disposition des visiteurs éventuels afin qu’ils essaient le tennis de table? Bien entendu ce serait aussi une question de publicité à mettre en place ainsi qu’un accueil à organiser avec, si possible, un animateur-conseiller.

    Les clubs à vocation unique étaient ceux dont le seul objectif était la pratique du sport, en ce qui nous concerne le tennis de table. Parmi eux le P P C Tours, le C O Bléré, l’ E S Pouzay, les clubs de l’Île Bouchard, de Veigné…D’autres clubs poursuivaient un double projet. Les corpo pratiquaient bien sûr  le tennis de table mais dans la perspective de créer une ambiance plus amicale dans l’entreprise, voire un esprit de corps: c’étaient l’ A S L O S Tours (sécurité sociale), la C I M T ( matériel ferroviaire à St Pierre des Corps), le G A Z E L E C  Tours, la Nerva Renault ( le plus grand club de la ligue, le C O Pontlieue du Mans était aussi un club corpo de Renault). Les patros (qu’ils se déclarassent catholiques ou laïques) entendaient faire l’éducation de la jeunesse à travers le sport), on distinguait le P L la Fuye, le P L Paul Bert, la Section Sportive de Saint Saturnin qui devint 4S (et que dorénavant je citerai sous son nom moderne pour des raisons de commodité bien

que le changement d’appellation eût lieu beaucoup plus tard), l’ A S St Joseph ( le club de l’institution scolaire Notre Dame la Riche), la Jeanne d’Arc de Loches…Quelques mots sur l’ A S St Joseph (St Jo): ce club était à la fois un patro et un club corpo car il regroupait  personnel enseignant, élèves actuels et anciens de l’établissement. Il était doublement performant car il formait des jeunes pratiquant un tennis de table très technique et figurait parmi l’élite de la ligue avec une équipe première en excellence; son leader, Robert Amarger avait bien analysé le tennis de table de l’époque et savait  transmettre aux jeunes générations un système de jeu davantage basé sur la tactique ( placement et variations) plutôt que sur la puissance. J’ai personnellement regretté que Robert, par la suite , se refusât à suivre une formation d’entraîneur comme l’y incitait le président Bardin, je pense, qu’épris de liberté, il refusait d’entrer dans un système…c’est dommage! Si j’insiste tant sur les patros, c’est qu’aujourd’hui on a tendance à oublier le rôle primordial qu’ils ont joué dans notre développement et, s’ils semblent avoir disparu, leur esprit demeure dans nos plus grands clubs,  la 4S Tours, le TT Joué ( dont une branche, l’ Alauda était un patro). Encore une fois, si je ne parle que de l’Indre et Loire c’est parce que, dans les années cinquante, la ligue Centre Val de Loire n’existait pas sous sa forme actuelle. L’esprit de patros c’est la qualité de l’accueil, la fraternité, la solidarité entre tous leurs membres, le souci d’éduquer et d’encadrer les jeunes dans une éthique et  une morale irréprochables, il va se soi qu’on peut très bien retrouver tout cela dans un club qui ne se déclare pas patro et en constater l’absence chez certains qui en ont l’appellation. Pour les patros   l’implantation que ce soit dans le quartier, la commune, la paroisse, était essentielle et ils s’impliquaient avec force dans la vie sociale. Lorsque les patros catholiques de Tours décidèrent de fusionner pour former le C E S T, on n’y retrouva plus le dynamisme de St Jo; la 4S refusa cette fusion car elle voulait rester fidèle à ses racines, la suite lui a donné raison. .Je quitterai ce paragraphe en citant l’un des plus grands patros de France, la St Michel de Roubaix, le club de notre ami Jean Devys duquel sont sortis de nombreux jeunes de niveau national.

 Remarque : Je ne m’étends pas sur le sens que certains donnaient au mot laïque dans l’après-guerre. De nos jours il est synonyme de tolérance, de vivre ensemble, il est utilisé à tout va dans le discours politique. Pour certains, en ces temps là, il signifiait plutôt opposé à l’église, athée, anticlérical, politiquement de gauche alors que les catholiques étaient supposés voter à droite…du moins dans les sphères dirigeantes mais, fort heureusement,il n’en était rien sur le terrain où les  joueurs se sentaient unis par l’amour de leur discipline, loin des querelles idéologiques surtout quand ce sport était méconnu, voire sous-estimé du public, comme le nôtre.Un exemple de l’effet bénéfique du sport sur la société.

    Les déplacements. Comme aujourd’hui, les compétitions des années 50 étaient étroitement dépendantes de l’automobile, mais on était alors très loin d’une voiture par adulte; on n’ engageait donc une équipe que si celle-ci disposait d’un conducteur pour en assurer les déplacements. Et on  aura du mal à imaginer dans quelles conditions ceux-ci pouvaient avoir lieu. Il était courant de s’entasser à six dans un véhicule prévu pour quatre. Quant au confort!…Il n’était pas rare de voyager sur le plateau d’une camionnette sommairement bâchée pour la circonstance, sur des bancs fixés à la va-vite dans une fourgonnette. Heureusement, la circulation n’était pas aussi dense que de nos jours et la gendarmerie se montrait assez indulgente sur le respect du code de la route. Les véhicules en question, parfois des utilitaires datant d’avant- guerre, avaient souvent de l’ancienneté, la panne était à redouter, l’heure d’arrivée aléatoire supposait de la compréhension de la part de l’adversaire. Les clubs de l’agglomération tourangelle, quand ils jouaient entre eux, pouvaient utiliser le vélo par beau temps, les transports en commun si le match avait lieu de jour. Pour les clubs ruraux, c’était quasiment exclu: par exemple, pour jouer un match le dimanche matin à Tours, il fallait, par le train, partir de Château-Renault à six heures pour ne rentrer qu’à dix-neuf heures.

    Les salles. Nos jeunes auraient de la peine à imaginer les conditions de jeu des années 50. Très peu de gymnases existaient, la France n’était pas relevée des désastres de la guerre 39- 45. Les priorités étaient ailleurs: à Tours subsistaient des ruines, beaucoup de gens occupaient des logements sans confort qu’on qualifierait d’insalubres aujourd’hui. Le pays avait connu une forte récession et les effets bénéfiques du plan Marshall se faisaient à peine sentir. Le sport n’était pas au premier plan, le Basket, le Volley, le Handball se jouaient presque exclusivement en plein-air; comme ce n’était pas pensable avec le tennis de table, on lui allouait des lieux les plus inattendus: bureaux, ateliers, salles de classe, désaffectés ( mais pas toujours). On installait des tables dans des couloirs, dans des sous-sols, dans des garages, certains anciens m’ affirmèrent avoir joué dans des caves. Ces espaces aussi divers n’étaient pas toujours affectés à plein temps au tennis de table, ce qui supposait toutes sortes de manutentions avant et après le sport; voici quelques exemples assez courants: c’étaient le bureau, la classe, l’atelier, la salle de réunion dont il fallait dégager le mobilier, avant d’installer la table, puis réaménager après la rencontre ou l’entraînement; c’était le garage dont on sortait les véhicules afin d’installer l’aire de jeu; c’était la salle des fêtes dont il fallait d’abord balayer les traces du bal de la veille avant de pouvoir y aménager l’espace propice à la compétition, etc…il va sans dire que le club était tenu de rendre le local ainsi prêté dans l’état où il l’avait trouvé, selon la formule consacrée. Parfois, il fallait le rendre impérativement à une heure donnée: j’ai le souvenir d’un match d’excellence disputé dans la salle des fêtes de Bléré pendant qu’ un orchestre installait sur la scène son matériel en vue du bal de l’après-midi. A propos de salles des fêtes…on eût pu penser que les clubs qui y jouaient étaient privilégiés; ça n’allait pas sans quelques inconvénients . D’abord, parce qu’une salle des fêtes ne pouvait être consacrée uniquement au sport; dans les années 50, il s’y donnait beaucoup de bals dont les Français avaient été privés pendant la guerre, ce qui exigeait un parquet ciré aussi glissant qu’une patinoire; la panoplie du parfait pongiste incluait donc une éponge, un récipient pouvant contenir de l’eau afin d’humidifier les semelles pour en améliorer l’adhérence…il existait bien une résine prévue à cet effet, mais l’usage en était généralement interdit par le règlement du local.

 Quelquefois, le club se voyait attribuer une salle pour son usage exclusif, mais, d’une part, ça n’avait rien de définitif et le propriétaire pouvait la lui reprendre la saison suivante et, d’autre part, elle n’avait rien de ce qu’on entend aujourd’hui par salle spécifique. Il s’agissait bien souvent de locaux désaffectés ( ex bureau, classe, atelier, etc…) pas toujours en très bon état et auxquels le club devait apporter quelques aménagements, au niveau de l’éclairage par exemple. D’ailleurs, beaucoup  de clubs avaient un éclairage d’appoint et amovible pour rendre apte au tennis de table une salle qui n’avait jamais été prévue pour le sport. Rares étaient les salles chauffées, sauf parfois par un poêle   qui dégageait une odeur de charbon et une légère fumée à laquelle se mêlait celle des adeptes de la cigarette, car, dans les années 50, aucune loi n’avait été votée à ce sujet. Très souvent, aucun vestiaire n’avait été prévu, il fallait donc arriver en tenue (sous le survêtement) sous peine de se livrer à un strip-tease, à plus forte raison les douches étaient hors de question ( mais ça ne choquait pas compte tenu que peu de logements en étaient pourvus), quelquefois, il fallait sortir du bâtiment pour trouver des toilettes ou ce qui en tenait lieu. L’abord même de ces salles laissait à désirer. Il fallait parfois marcher assez longtemps après avoir trouvé un stationnement à la voiture, questionner passants ou voisins pour trouver la salle encore que ces derniers ne savaient pas toujours qu’on jouait au ping-pong dans le quartier. Pour clore ce chapitre qui explique en partie pourquoi notre sport était méconnu, voici quelques exemples de la précarité de son hébergement, précarité qu’on peut supposer banale à cette époque. Mon club d’ alors, l’ U S Renaudine, joua successivement dans un dancing, une école désaffectée, une salle de réunion, la salle des pas perdus de l’ancienne mairie aujourd’hui disparue, la salle commune d’un ancien restaurant provisoirement maison de retraite, deux pièces de ce même restaurant, un préau d’école fermé, un restaurant scolaire, pour, au bout de trente ans, accéder enfin à un gymnase digne de ce nom avec des horaires corrects…car ce problème ne s’est nulle part réglé rapidement. La 4S débuta dans des salles pavées de son presbytère l’ hôtel Binet, se construisit une salle moderne et réglementaire dans la cour de cet hôtel, en fut chassée pour raison d’urbanisme, se retrouva dans deux salles à l’étage dans un immeuble derrière  son église, trouva un temps refuge dans les greniers de Notre Dame la Riche, s’ installa dans un complexe de trois salles (avec sanitaires) complété par deux préfabriqués au fond d’une cour, Boulevard Tonnellé avant de pouvoir enfin, au 21° siècle, poser ses meubles rue St François dans un authentique ensemble sportif; mais ça n’est pas venu tout seul, elle a dû prouver son niveau dans l’élite nationale pour y parvenir. Plus tard, en 1958, l’  Alauda de Joué lès Tours naquit dans un préfabriqué, dut un temps s’exiler à Chambray lès Tours, devenir U S Alouette pour revenir à Joué dans le gymnase du même nom, avant de fusionner avec l’ U S Joué pour former le TTJ. L’U S Joué  débuta dans une bâtisse au milieu des vignes. Le S C Langeais naquit dans un dancing puis se retrouva dans un hangar en tôle avec un sol en terre battue…etc, je pense que ceux qui ont connu cette époque auraient une foule d’exemples à citer.

 Il arrivait que, faute d’espace de dégagement, on entassât tout un bric à brac de mobilier dans un coin où la balle du match ne manquait pas d’aller se perdre, je vous laisse imaginer la scène. Quelque clubs avaient bien conçu un système de séparation: on soudait des tubes sur des jantes de voiture pour obtenir des supports sur lesquels on tendait un filet habituellement destiné à protéger les arbres fruitiers des oiseaux amateurs de fruits. Encore fallait-il disposer d’un espace de rangement pour ce matériel encombrant et dont l’utilisation n’était pas sans danger. Quelquefois, quand la salle était prévue pour d’autres activités, les tables étaient stockées sur place, ce qui n’était pas sans incidence sur leur durée de vie, compte tenu qu’on était loin de la conception moderne qui permet un montage-démontage rapide et sûr.

Cette indigence au niveau des salles ne s’arrangea pas du jour au lendemain. Il fallut attendre les années 80 pour que la majorité des clubs pussent espérer s’implanter dans un gymnase et, même de nos jours, certains n’en disposent pas toujours de façon satisfaisante, quelques- uns devant parfois faire héberger leur match chez un club ami, d’autres cherchant encore une implantation sûre.

    Les joueurs. Comme je l’ai déjà dit, on trouvait peu de jeunes car on commençait à pratiquer beaucoup plus tard qu’aujourd’hui et le tennis de table n’était pas à proprement parler enseigné. C’était plus là où un ou plusieurs pongistes dotés d’un certain charisme pouvaient servir de modèles que des cadets 2 ou des juniors s’engageaient dans notre discipline. Cependant  certains clubs comme la 4S, St Jo et plus tard l’ Alauda et l’ U S Joué affichèrent d’emblée leur vocation éducative. Pour la petite histoire, à vingt ans j’étais catalogué jeune ( en 1954 l’âge de la majorité civile était 21  ans). On aurait pu compter les dames sur les doigts de la main, mais, si l’on réfléchit aux conditions de jeu de ces temps- là, on comprend aisément pourquoi elles n’étaient guère attirées. C’était souvent parce qu’un membre de leur famille pratiquait qu’elles s’étaient licenciées. C’était le cas de Françoise  Bardin,  fille de P J et championne d’ Indre et Loire et Nicole Sauget, sœur de Marcel, leader charismatique du C O Bléré. Malheureusement, le monde pongiste s’habitua top facilement au fait de ne jouer qu’entre hommes, créa un sport pour les hommes et il y a fort à craindre que ce soit là une explication au fait que nous nous avérons incapables de faire venir les féminines dans nos salles,  ceci bien que certains clubs trop peu nombreux, hélas! s’ y emploient. On ne pouvait, vu leur faible nombre, faire autrement que de les autoriser à participer au championnat masculin par équipe, encore hélas! nous avons pris l’habitude de les voir évoluer chez les hommes et nous avons mis en parenthèse le recrutement des filles. Les joueurs forts le  restaient plus longtemps qu’aujourd’hui, sans doute aussi parce que le jeu était alors beaucoup moins athlétique. Très souvent, le tennis de table était considéré comme un sport complémentaire par ceux  qui pratiquaient une autre discipline, il n’était pas rare de compter des footballeurs dans nos rangs, ce qui expliquait aussi notre goût prononcé pour les matchs en semaine (donc de nuit) qui libéraient les dimanches. J’étais moi-même basketteur. De nos jours, il est devenu difficile de pratiquer conjointement deux sports car les fédérations font tout pour accaparer les licenciés et ce, dès le plus jeune âge…une piste pour le développement est à étudier…

    Les compétitions. Comme aujourd’hui, c’était le championnat par équipe qui avait la faveur des licenciés. J’en ai parlé plus haut, je n’y reviens que pour rappeler que, de la plus petite division départementale aux championnats du monde, c’était la même formule par équipe de trois, mais à la base, on continuait à dérouler tous les matchs, score acquis ou pas..Il existait une autre forme par équipe, la coupe de France, avec deux joueurs ( que nous appelons improprement formule «Coupe Davis», primo parce que nous ne pratiquons pas le tennis, secundo parce que, chez nous, l’équipe est strictement limitée aux deux joueurs qui disputent les simples, donc pas d’introduction d’un double étranger à ces deux joueurs, aucune possibilité de changement, je pense, sans en être sûr, que c’est la formule «coupe Corbillon» décernée alors aux féminines lors de championnats du monde). Cette coupe de France avait ses phases départementale, régionale, nationale, elle concernait surtout les meilleurs et je n’ai pas le souvenir d’y avoir participé.

 Mais le tennis de table étant aussi un sport individuel, ceux qui avaient envie de jouer se retrouvaient dans les tournois. Le district d’Indre et Loire en organisait trois, le tournoi d’ouverture, les championnats départementaux individuels et de double, le tournoi de clôture. Des clubs, comme c’est encore le cas, en organisaient à la fois pour faire leur promotion dans leur commune et pour améliorer leur trésorerie car c’était rentable. Dans les tournois du district, on gagnait le plaisir de jouer et de faire des performances; dans les tournois de clubs, on pouvait récolter toute sorte de lots  dus à la générosité du commerce local, denrées alimentaires, bouteilles de vin, produits d’entretien et tout un bric à brac d’objets dont on avait rarement l’utilité et qui allaient finir leur vie dans les greniers, mais on n’était pas là pour ça. On venait pour jouer le plus possible en recherchant les confrontations génératrices de progrès. La formule différait de ce qui se pratique aujourd’hui en ce sens qu’on ne pouvait s’inscrire que dans sa catégorie de classement mais, si on en atteignait les quarts de finale, on se qualifiait pour le tableau supérieur; c’était là tout l’intérêt et rien ne s’opposait   à ce qu’un non-classé se retrouvât dans le tableau troisième série s’il franchissait les quarts dans sa catégorie et en quatrième série. Ce qui demandait de la part des juges-arbitres une virtuosité hors du commun car un joueur qualifié dans trois tableaux pouvait à un moment donné ralentir toute l’épreuve, ajoutons à cela que celle-ci se disputait peut-être dans deux, voire trois salles. Mais c’est ainsi qu’un joueur opérant habituellement contre des adversaires modestes avait l’occasion de se frotter à l’élite régionale, parfois plus. J’ai une pensée admirative pour les juges-arbitres de l’époque. Claude Errant, Pierre Joyau, Noël Dubois…qui accomplissaient des prouesses comme directeurs d’épreuves; on se souvient d’eux comme de grands dirigeants, ils ont aussi été des officiels de talent. P. J. lui-même excellait dans cet exercice. Un mot sur les championnats individuels. Le district décernait les titre par catégorie de classement. C’est la commission du même nom qui dressait la liste de ceux qui pouvaient aussi jouer dans la catégorie supérieure à la leur en tenant compte de l’ensemble des résultats de la saison et du nombre de places disponibles On n’y distribuait pas comme aujourd’hui une profusion de médailles et de coupes: le vainqueur repartait avec un diplôme, le finaliste et les demi-finalistes avec les félicitations et la poignée de main du président…mais on pouvait ainsi lire son nom et celui de son club dans la rubrique sport de la « Nouvelle République», ça valait bien toutes les médailles. Il va sans dire qu’ on ne trouvait jamais parfois sur place le nombre suffisant de tables pour organiser un tournoi, il était nécessaire de les emprunter  à d’autres clubs d’où des problèmes de transport et de manutention. Ces tournois se déroulaient par élimination directe avec les conséquences suivantes: les bons jours, on se qualifiait  dans plusieurs tableaux, on faisait des performances, on revenait satisfait d’une journée bien remplie et le sentiment d’avoir progressé et appris; les mauvais jours, on était éliminé dès le premier match et il fallait parfois attendre des heures avant qu’une voiture pût vous rapatrier. Afin de ne pas perdre son temps, c’était le moment d’observer, de noter mais aussi d’établir des contacts et de parler avec des joueurs qu’on n’avait pas l’habitude de rencontrer.

De 1954 à 1958.

J’espère n’ennuyer personne en relatant quelques faits de ma carrière de joueur qui n’a rien de bien remarquable. Je veux simplement montrer les leçons que j’en ai tirées à travers les erreurs que nous avons commises.

Par équipes, nous entamâmes donc le championnat de promotion à la rentrée 1954. Je fis connaissance avec les matchs de nuit, généralement le vendredi à 21 h. Je ne les ai jamais appréciés car, ayant l’habitude de me lever très tôt, je sentais que mon corps réagissait mal quand je le forçais à une heure où je dormais en temps normal; d’autant plus que je travaillais le samedi comme beaucoup à cette époque. Cependant, force m’est de reconnaître qu’une grande majorité de licenciés pense le contraire;de toute manière, nous n’avions pas le choix et c’est encore le cas. Nous ne rencontrâmes que peu de résistance, les meilleurs de nos adversaires se classant 50, 45, avec des équipiers souvent non classés.Je ne subis qu’une défaite, le dernier match de la saison contre un Jean- Pierre Dubois inspiré et combatif (4S)., comme La 4S( Claude Massaloux, Noël et Jean- Pierre Dubois) fut le seul club à nous donner du fil à retordre. Nous accédions ainsi à la division d’honneur. A Robert, qui ne cachait pas son ambition de propulser notre équipe en excellence, Claude Massaloux déclara que c’était une erreur de se focaliser sur une seule équipe au lieu de s’intéresser à tous les joueurs et que, à vouloir monter trop vite, la chute n’en est que plus rapide. La suite lui donna raison. La 4S, qui avançait ses pions en même temps, connut une ascension plus solide et c’est toujours sa stratégie.

Je trouvai plus de plaisir dans les tournois bien que j’en  eusse peu remporté, mais l’intérêt pour moi étant de progresser, si j’arrivais, comme non classé, à me qualifier en 3° série, j’estimais avoir atteint mon but. Je fus plusieurs fois demi finaliste, même finaliste en non classés et 4° série, mes meilleurs résultats étant d’avoir remporté le tournoi du P L La Fuye en quatrième série (très coté car inter régional avec des joueurs de la Sarthe, du Maine et Loire, de la Loire Atlantique), j’y fis même deux performances à 25 et 20 avant de me faire proprement étriller par un 10., et de terminer en demi en non-classés et 4° série le championnat d’ I&L, sorti à chaque fois par le même joueur qui remporta les deux tableaux et fut demi-finaliste en 3° série  Ce sont les tournois qui m’apprirent à perdre, ce qui est nécessaire dans une vie de joueur. J’en aimais l’ambiance car, si par équipe on  exigeait un silence de cathédrale, en tournoi c’était différent: aux bruits des balles et des chaussures émanant des différentes tables se mêlaient ceux des conversations ponctuées d’éclats de voix et de rire jaillissant du public et du bar (souvent dans la salle).

Nous attaquâmes la saison 55- 56 avec un classement, Pierre à 45, moi à 40, ce qui faisait de moi une cible pour les chasseurs de performances car, à part un trente et un trente cinq, j’étais le mieux classé en honneur et je devenais tête de série en 4° série dans les tournois. Peu à dire sinon que je vins facilement à bout du 35 et du 30 au cours de la saison, mes équipiers perdirent peu de matchs, nous terminâmes invaincus; j’avais dû subir quelques défaites dont je ne me souviens plus très bien. Marcel, non classé, remporta le titre de champion d’ I&L de 4° série, je fus sorti au premier tour par un non classé. Mon  seul bon résultat  fut ma victoire en 4° série au tournoi de la Nerva Renault, aussi relevé que celui du P L La Fuye. Les performances que je fis au cours de la saison me valurent un classement à 30, Pierre et Marcel devinrent 35. C ‘est alors que Robert se prit à rêver de Nationale. Je lui fis remarquer que nous étions loin d’envisager le maintien en excellence où nous n’étions pas encore qualifiés car il fallait disputer le finale régionale à Ecommoy (Sarthe) contre une équipe de La Flèche ( je crois). Lors de ce match de qualification nous dûmes affronter deux 25, dont l’un nous était inaccessible et un 40.  Sur le papier, ils étaient favoris. Pour nous, il s’agissait de battre le 40 et pour au moins  deux d’entre nous le 25 qui paraissait à notre partie. Nous vînmes facilement à bout du 40, Pierre et moi battîmes le  25 qui ne me parut pas au mieux de sa forme. Nous étions qualifiés sur le fil mais ce qui tempéra mon enthousiasme ce furent les confidences que nous firent nos adversaires pendant le pot de l’amitié. Leur équipe n’existerait plus la saison prochaine: le meilleur mutait au C O Pontlieue du Mans, l’autre 25 capitaine de carrière partait dans un mois pour l’Algérie…j’ai toujours eu des doutes sur notre victoire, en tout cas, en face, ils ne devaient être guère motivés. Bien que ce fût une finale, dans la salle on ne vit que les joueurs et le juge-arbitre, pas le moindre public, pas le moindre supporter…mais ça, nous connaissions.

 Je me mariai une semaine plus tard le 28 avril, ce qui n’empêcha pas le club de me demander de jouer le 1° mai afin de remporter une coupe dans un tournoi. A l’ A G de fin de saison, Robert nous  apprit qu’il avait contacté Louis Berga, ex star du P L La Fuye, et que ce dernier jouerait avec nous en excellence. Il fut décidé que nous établirions une rotation pour évoluer dans l’équipe et que le joueur non retenu renforcerait notre réserve qui jouait en promotion depuis 1955, les règles du brûlage telles que nous les connaissons aujourd’hui étaient différentes, mais je les ai oubliées. On notera au passage que ce recrutement s’était fait sans réunion du comité directeur, sur la décision d’une seule personne, mais tout le monde semblait si heureux que je n’osai jouer les trouble- fêtes, tout en sachant que nous ne pourrions espérer que le maintien. Me revinrent en mémoire les réflexions de Claude Massaloux et je trouvai que nous allions trop vite en besogne d’autant que notre équipe 2 peinait en queue de peloton de la promotion. Cette erreur, collective puisque nous approuvions, beaucoup de clubs sont prêts à la commettre encore aujourd’hui…et…

Le maire de Château- Renault se chargea de doucher notre enthousiasme. Lors de l’entrevue qu’il nous accorda, il avoua qu’il ignorait tout de notre «exploit» malgré l’article que nous avions fait paraître dans la «Nouvelle République», nous expliquant ensuite qu’il lui était difficile d’évaluer la chose, les compétitions ne pouvant se comparer d’un sport à l’autre. Quand Robert lui fit remarquer que nos frais allaient augmenter, que la subvention municipale était insuffisante, que le football qui comptait quatre fois moins de licenciés que nous touchait cinq fois plus, il s’attira la réponse suivante«Oui, mais c’est le football!», sous entendu « Un vrai sport lui!». Je compris à ce moment-là que nous avions péché par orgueil, d’une part en croyant que nos performances étaient connues et d’autre part en imaginant que nous serions capables seuls de faire la promotion du tennis de table. Depuis cette époque, j’ ai su  que c’était une question de solidarité et que nous ne nous ferions reconnaître qu’en restant unis avec tous les autres clubs, au sein de nos ligues et de notre fédération( aujourd’hui aussi de nos comités départementaux).

 J’acceptai de reconduire mon sursis d’incorporation au service militaire bien que désireux de régler ce problème qui hypothéquait gravement mon avenir, ceci afin de ne pas compromettre celui du club, je ne savais pas que c’était reculer pour mieux sauter. La saison 56-59 avec Louis se révéla telle que je la pressentais. Nous assurâmes une honnête 4° place mais étions incapables de jouer les premiers rôles; Louis remporta souvent ses trois matchs, nous fîmes quelques performances mais nous fûmes impuissants à l’épauler efficacement contre les grosses pointures. J’y gagnai le titre de champion départemental en double avec Louis, ce qui relativisait ma performance, mais j’ en appris beaucoup: il m’enseigna où remettre la balle selon la position de son partenaire et la nécessaire cohésion des actions de jeu. Louis, qui tenait à réussir son come-back s’adjugea cette année-là tous les titres départementaux.

 La saison 57-58 vit la fin de nos illusions. Louis avait muté à l’ A S PTT Tours où il retrouvait son ex équipier Maurice Roquebert avec l’ intention de donner naissance à un grand club; ce projet n’aboutit jamais car la révolution qu’allait vivre la technique leur fit comprendre qu’on changerait d’époque. Mais ce n’était pas tout. Robert avait revendu sa charcuterie pour s’installer à Tours; Marcel à son tour s’était marié et devait prendre un commerce dans la Sarthe, j’avais l’intention en fin de saison de résilier mon sursis, Pierre s’estimait trop âgé pour continuer et désirait habiter Tours. On nous demanda de jouer cette saison-là afin de trouver une solution qui ne vint jamais. Malgré d’énormes efforts récompensés par quelques performances, nous ne battîmes que deux clubs ce qui se révéla  insuffisant pour assurer le maintien et, de toute manière, à qui eussions-nous passé le relais, notre  équipe deux étant trop faible?…sans aucun doute retomberait-elle en promotion ; c’est ce qui se produisit la saison suivante bien que Pierre eût accepté de continuer en attendant mon hypothétique retour du service militaire. Retour à la case départ ! Je ne pus m’empêcher de penser aux conseils de Claude Massaloux, un club ne se résume pas à une équipe, c’est tout un ensemble qu’il faut faire progresser. D’ailleurs, l’ U S Renaudine, pendant ces quatre ans, avait perdu beaucoup de joueurs, certains tout simplement parce qu’ils avaient le sentiment de ne pas compter.

Si je repris symboliquement une licence pour la saison 58- 59, je ne rejouai pas estimant que cela aurait été inutile et aussi pour rester auprès de ma famille dont je serais séparé vingt- neuf mois devant rejoindre mon régiment le 4 janvier, j’avais alors un fils qui allait sur ses deux ans.

De tout un peu, en vrac…

Je regroupe ici quelques anecdotes ou détails que je n’ai pas mêlés au récit, déjà bien lourd.

    Salles: En quatre ans, nous connûmes trois salles et même quatre si on considère le lieu de compétitions. Nous avions débuté dans un dancing, mais d’une part c’était onéreux et d’autre part un café n’est pas très indiqué pour accueillir des jeunes. La mairie mit à notre disposition deux classes dans une école désaffectée dont l’une était surnommée le caveau car elle n’avait pas de fenêtres et le jour y tombait du toit par un vasistas ce qui nous contraignit à bricoler un éclairage d’appoint. Ces salles étaient poussiéreuses, humides, les plâtres s’écaillaient, on s’y gelait l’hiver malgré deux poêles en fonte car nous n’avions ni le temps ni les moyens de les allumer. En guise de sanitaires, il fallait se contenter des classiques cabinets des écoles primaires, cabanons juxtaposés fermés à demi par une porte basse et «le commodités» se résumaient à un trou dans une dalle de béton au-dessus d’une fosse qu’il fallait vider de temps à autre…je vous laisse imaginer la scène en hiver quand la bise et la pluie s’engageaient là-dedans et les odeurs nauséabondes par canicule. Ces deux classes ne pouvant être homologuées  pour l’excellence, nos matchs se déroulaient dans la salle des pas-perdus de la mairie de l’époque( démolie par la suite) sous une immense verrière où régnait  une ambiance sibérienne en hiver, saharienne par temps chaud. J’en reparlerai. Nous avions donc un problème de transport de table de la salle d’entraînement à ce grand hall et inversement que Jean le plâtrier nous aidait à résoudre avec sa camionnette ou une voiture à bras( sorte de petite charrette à roues cerclées de fer encore utilisée par les artisans et à traction humaine). Puis l’école fut réaffectée ( baby- boom de l’après guerre) et on nous attribua des horaires dans une salle de réunion, elle non plus homologable en excellence.

    Raquettes  En plus de la raquette «picot» existait une raquette dite «mousse» en ce sens que le revêtement était constitué précisément d’une épaisse couche de mousse. Je m’en étais procuré une lors du passage à Tours d’une tournée exhibition dirigée par Alex Ehrlich escorté de Johnny Leach et de premières séries françaises. Ce nouveau matériel permettait de frapper plus fort, amplifiait les effets coupés, liftés, latéraux et combinés mais avec moins de contrôle. Je ne l’utilisai que dans les tournois; mes partenaires m’exhortant à garder ma raquette armée par équipe et j’eus la faiblesse de céder; avec deux outils si différents mon jeu se déréglait. Elle me valut des performances étonnantes et des contre tout aussi retentissantes. Mais comme la hiérarchie se trouvait bousculée par les utilisateurs de ce matériel, elle fut interdite par l’ I T T F suite à une proposition de la F F T T visant à standardiser les raquettes. Sans doute «la raquette mousse» a-t- elle inspiré le jeu moderne. En tout cas, on sentait bien que le bien  tennis de table était appelé à évoluer radicalement. J’utilisai la même raquette armée pendant ces quatre années, ce qui serait impensable aujourd’hui.

    Un événement. En 1958 furent organisés à Tours les internationaux de France de tennis de table avec une superbe finale opposant Berczik ( Hongrois champion d’ Europe) à Sido (son  compatriote) , un festival offensif…sans doute ce qui se faisait de mieux sur notre continent mais nous savions que les meilleurs mondiaux étaient alors les Japonais qui opéraient dans un style différent avec une autre prise de raquette. Ann Haydon remporta le titre en dames avec un solide jeu défensif.

    Les jeunes. Si je crois me rappeler que la catégorie minimes fut créée en 1957, je ne me souviens pas d’en avoir rencontré à cette époque. J’ai plus haut fait allusion aux rares clubs qui faisaient jouer des jeunes, au sens qu’on donnait à ce mot dans les années 50. Pour ma part, je fis quelques tentatives de formation de jeunes d’environ quatorze ans, élèves du cours complémentaire de mon école( on dirait élèves de 4° de nos jours). Mais comme cela se passait le jeudi, jour de congé scolaire, que je n’étais pas libre le week-end en tant que joueur, il me fut plus facile de leur faire disputer les championnats scolaires ( U S E P?) ce qui valut à l’école quelques titres par équipe, en simple et en double; ça n’était pas de tout repos car je devais trouver parmi mes rares collègues possédant une auto des conducteurs pour les déplacements. Toutefois le club décrocha le titre de championne d’ I&L avec la nièce d’un de nos joueurs et que j’entraînais. C’est un bien grand mot car l’entraînement consistait à prodiguer quelques conseils ou remarques, il n’avait pas l’aspect structuré et scientifique que nous lui connaissons.

Pourquoi ce chapitre?

On peut en effet se demander qui pourra bien s’intéresser à un passé révolu et si peu reluisant?

D’abord, j’ai pris conscience que ceux qui l’ont connu sont en voie de disparition. Si on a, j’y ai fait mention, des ouvrages sur l’épopée de l’élite et le côté flamboyant du tennis de table, on a peu écrit sur le «petit peuple», sur ce qui se déroulait dans les clubs de la base. Or on sait que si les généraux ont la vedette dans les récits historiques, ils seraient bien en peine s’ils devaient se battre seuls. J’ai donc souhaité montrer d’où nous sortons, les énormes difficultés qu’ont dû surmonter les dirigeants de cette époque et je suppose que ceux qui ont fait survivre notre sport pendant la guerre en ont connu encore de bien plus grandes. Les joueurs d’ aujourd’hui ont l’habitude que tout leur soit servi sur un plateau avec des tables auto-pliantes de grande qualité, des balles à profusion (qu’on ne respecte plus) dans des salles bien éclairées et spacieuses…tout le monde trouve cela normal. Mais ce progrès dont ils bénéficient, savent-ils qu’ils le doivent à des générations et des générations de dirigeants qui, partant d’une distraction de salon ont édifié un sport spectaculaire, maintenant reconnu? Car on a trop tendance à ne se souvenir que de ceux qui ont occupé des postes élevés, mais notre sport a eu aussi ses héros discrets, ceux qu’on nomme « les petits, les obscurs, les sans-grades». Un jour ils se retirent ou décèdent: savons-nous les remercier à la mesure des sacrifices qu’ils ont consentis? Pas si sûr! Certes, à leurs obsèques nous savons leur rendre un vibrant hommage mais ça aurait été tellement mieux de le faire de leur vivant. C’est dans ce sens que j’ai souhaité que la ligue et ses comités se rapprochent de la F F des médaillés de la jeunesse et des sports  mais aussi qu’ils créent une distinction qui ne serait pas attribuée à l’ancienneté.mais pour des services exceptionnels. J’ai une pensée émue pour Gérard Jacob en tapant ces lignes.

Si les dirigeants des années 50 étaient contraints de raisonner dans un certain sens, on peut s’étonner du fait que, malgré les progrès accomplis par notre sport dans tous les domaines, les mentalités aient peu évolué dans de nombreux clubs qui restent focalisés dans le résultat à tout prix,semblant ignorer qu’il existe aussi un sport de masse et que les joueurs les plus modestes ont les mêmes droits que les «stars» ( du club), que l’équipe de D4 doit être considérée autant que la R2…Je ne voudrais pas qu’on imagine mon ami Robert comme un personnage autoritaire, il était tout le contraire mais, du fait que la majorité du club ne pensait qu’à jouer et rien d’autre, il fallait quelqu’un qui pensât à sa place. Et c’est souvent comme ça aujourd’hui où fleurit l’expression «Consommateurs en tennis de table» qui traduit bien la difficulté de convaincre les joueurs d’être leurs propres dirigeants…rien de nouveau sous le soleil!

Je n’aurai eu que deux clubs FFTT dans ma vie pongiste, l’ U S R et la 4S; ils ont pris des départs différents, le premier fonçant vers les titres, le second se souciant du bien être collectif. Je me souviens que l’ Hôtel Binet était un lieu de vie:où tous se retrouvaient le dimanche pour discuter devant un café, écouter la radio, jouer aux cartes, le club était pour beaucoup une seconde famille. Cela porte un nom, c’est l’accueil qui doit aussi beaucoup au curé de la paroisse, l’Abbé Latapie qui avait si bien su s’intégrer à l’équipe dirigeante. Cela n’a pas empêché la 4S de devenir un club à la fois performant, bien inséré dans sa ville et où il fait bon vivre.  Ceci démontre que le développement est lié à de nombreux facteurs…certes, notre ligue compte d’autres structures qui ont su les réunir. Mais à ceux qui envient leur réussite, on peut dire: «Les grands clubs ont d’abord été petits.»

On pourra penser que je me suis complu dans le misérabilisme, voire le sordide. Mais l’époque était comme cela…et ce formidable élan de nos prédécesseurs qui nous a propulsés là où nous sommes nous nous devons de le maintenir en vie pour affronter les épreuves du 21° siècle .

Un dernier détail. Quand j’ai commencé à jouer, en compétition on tirait au sort l’ordre du service; comme le jeton bicolore était à inventer, nous utilisions une pièce de monnaie, c’était parfois une pièce en alu qui datait du régime de Vichy, frappée de la francisque et de la devise «Travail, Famille, Patrie», dont la 4° république avait autorisé la circulation jusqu’à épuisement et que certains conservaient à titre de souvenir. Je ne me souviens plus à quel moment les joueurs ont substitué à ce tirage au sort le rite divinatoire qui consiste à cacher la balle sous la table. Ce n’est pas la seule liberté prise avec le règlement. Un sport qui ne respecte pas ses propres règles peut-il espérer être pris au sérieux? Il faudra y revenir.

 

SOUVENIRS, SOUVENIRS 2: NAISSANCE du JEU MODERNE.

Années 60&70, vers la lumière.

            Ces années sont caractérisées par une révolution technique apportée par du nouveau matériel et les joueurs asiatiques qui mettent fin à la domination européenne. Grâce à de grands présidents, la F F T T amorce une évolution d’envergure pour recoller à l’élite. Cependant ce n’est que petit à petit que les progrès vont atteindre les ligues puis les clubs car, comme il est signalé dans le chapitre précédent, à la base on se débat très souvent dans des conditions matérielles qui bloquent tous les efforts, notamment des lieux de pratique inadaptés au sport moderne. Ajoutons à cela la faible notoriété du tennis de table, des mentalités qui restent ancrées dans la vision du passé et la concurrence acharnée que vont se livrer entre elles des fédérations désireuses d’attirer des pratiquants et du public.
Je tiens à redire que je ne fais appel qu’à ma mémoire qui peut se montrer défaillante, même si, bien malgré moi, je me suis trouvé mêlé au sport de haut niveau pendant plus d’une décennie. Pour les amateurs de grammaire, j’abandonne le passé simple et ses concordances pour le présent de narration. Je rappelle que mon but essentiel reste d’inciter d’autres témoins à écrire pour que le passé ne disparaisse pas complètement.

Je reviens du service militaire en avril 1961 après 29 mois dont 10 passés en France chez les chasseurs, puis en école d’officiers de réserve, 19 en Algérie dans les unités d’intervention, ce qui me vaut une forme physique plutôt bonne («crapahuter» des jours et des jours ça entretien) mais un moral assez abîmé( personne ne revient d’une guerre comme il y était parti) et surtout, je dois me réadapter à la vie civile.
Pendant mon service, personne du club ne m’a ni écrit ni même demandé de mes nouvelles. Mon père et mon épouse m’ont tenu au courant de la vie du club. Il n’empêche qu’à peine revenu chez moi, on vient me relancer pour un match de barrage qui doit opposer l’U S R 2° de promotion au P P C T avant-dernier d’honneur. J’ai beau expliquer que je ne serai sans doute pas dans le coup, rien n’y fait, on insiste et, par faiblesse, je finis par accepter bien que persuadé que ce sera un fiasco en ce qui me concerne.  Personne n’a pensé que j’avais besoin de détente, ce qui illustre bien le fait que le club considère que le joueur lui doit tout.

Je renoue donc avec l’USR. Bien des choses ont changé. La municipalité ayant repris la salle de réunions, c’est désormais dans le hall des pas perdus de l’hôtel de ville que se déroulent matchs et entraînements. C’est un grand hall, au sol dallé, sous une verrière à charpente type Eiffel, d’une hauteur considérable qui exclut tout mode de chauffage. Nul besoin d’être un expert pour deviner que ça doit être une glacière en hiver et une étuve dès que le soleil éclaire les vitres.
Mais ce sera encore pire que prévu.

L’évolution du club.

Comme on pouvait le craindre, le club a bien failli disparaître suite à de nombreux départs mais P J, en bon président de ligue, a veillé au grain en incitant la minorité restante à persévérer tout en changeant ses orientations. C’est Fernand, qui désormais cumule les fonctions de secrétaire et de trésorier (inconcevable en 2020 mais très courant à l’époque) qui me briefe sur la situation. Le président est un adjoint au maire et important commerçant en chaussures ; il n’a aucune part active à la vie de la section mais apporte une aide financière non négligeable, ça aussi c’est courant dans les années 60. Fernand abat un travail de Romain avec toute la gestion administrative mais ne joue pas au tennis de table ; il agit avec compétence, étant chef-comptable d’une importante coopérative agricole.
Grâce au remarquable travail d’un de mes collègues instituteurs, le club a fixé sa priorité sur les jeunes, la salle pouvant contenir cinq tables (et même plus).
Malheureusement ce collègue se mariera, partira aussi au service militaire… et le club ne le reverra plus. Les adultes se répartissent sur trois équipes respectivement en promotion, première et deuxième division. Je suppose qu’alors il n’y a plus qu’un championnat par équipes. Pierre a tenu sa promesse et attendu mon retour ; il me fait part de son souhait de quitter le club, ayant acheté un appartement à Tours où il désire habiter, cependant il jouera une partie de la saison avec moi en attendant que je revienne dans le coup ; il est le seul à se mettre à ma place et à penser que j’aurai des problèmes de réadaptation. Fernand m’explique que nous avons changé de ligue, formant avec la Vienne, la Haute Vienne et l’Indre la Ligue « Touraine Limousin », ce qui ne change pas grand-chose pour notre club dont le niveau ne dépasse celui du département ni par équipes ni en individuel.

C’est Noël Dubois, dit Nono, qui gère la sportive du district d’Indre et Loire au nom de la ligue ; Fernand ne tarit pas d’éloges à son égard car Nono l’a aidé à structurer le club. Dans les jours qui suivent, je reprends l’entraînement, du moins ce qu’on nomme ainsi, c’est à dire des enchaînements de matchs. Je remarque que mes partenaires utilisent un matériel qui m’est inconnu, qu’ils appellent « raquette mousse » : la palette est tapissée d’une couche de mousse elle-même recouverte d’un revêtement en caoutchouc avec des picots tournés vers l’extérieur, ça fait penser au soft actuel sauf que la mousse ressemble plus à l’éponge avec laquelle les écoliers nettoient leur ardoise qu’à ce qui aujourd’hui garnit nos raquettes ; d’ailleurs l’une d’elles se nomme « Sponge- Picot», avec un bois «Amouretti» caractéristique, presque semi-circulaire avec un manche conique. J’utilise toujours ma raquette armée et, ma foi, je retrouve tant bien que mal ma gestuelle… mais quant à être opérationnel, c’est une autre histoire.

Vient le jour du barrage contre le P P C Tours. J’apprends du juge-arbitre que ma raquette n’est plus homologuée. Coup dur, car saurai-je jouer avec le matériel de mes équipiers ? Mais arrive un messager qui nous annonce que, suite à un forfait, nos équipes respectives sont qualifiées. D’un commun accord, nous décidons de ne pas jouer le match et d’aller terminer la soirée à « Chante- Clerc », célèbre brasserie de Tours. Ouf, sauvé par le gong !

Le jeudi suivant, je me rends à Tours pour acheter une raquette et décide d’essayer la mousse, comme mes équipiers. J’opte pour la marque « Haguenauer », à la palette rectangulaire (aux coins arrondis) et au revêtement d’un vert qui fleure bon le printemps. Pour me tester, je décide de participer à des tournois ; je suis classé « 35 I R » (insuffisance de résultats, rien de plus logique puisque je n’ai pas joué durant trois ans). Je constate que mon classement est juste, je n’ai pas trop perdu la main, puis, un jour…après avoir battu un 35, je tombe sur un des favoris.
Ce jour-là, je fais la connaissance du top-spin (dont j’ignorais tout, y compris le nom). Je suis rapidement mené 10 à 0, incapable de remettre le moindre démarrage, le moindre service. Très courtois, mon adversaire s’enquiert de ce qui m’arrive, je lui explique comment après trois ans d’interruption j’ai l’impression d’être projeté dans un monde parallèle. Il ne dit mot, mais se contente de m’éliminer sans m’humilier, en me laissant marquer des points. Puis, très gentiment, il m’invite au bar et m’explique que la technique est en pleine mutation, me parle du top spin et des services latéraux. Il me conseille de suivre une formation d’entraîneurs qui doit se dérouler à l’Institut National des Sports (I N S qui deviendra I N S E P). Jetant un coup d’œil à ma raquette, il me dit que ce n’est pas avec ce genre de matériel qu’on peut apprendre le jeu moderne et me donne l’adresse d’un magasin parisien où je trouverai l’outil adéquat (Tous Articles de Sport, T A S bien connu à l’époque). Je ressors du tournoi complètement anéanti en me demandant si je ne ferais pas mieux de tout arrêter. Puis, je songe au club.

Saison 61-62.

Finalement, je téléphone à T A S qui m’envoie son catalogue. Peu au fait des dénominations modernes et prêtant au mot soft son sens général : doux, tendre, moelleux…je ne commande pas la même raquette que celle de mon généreux adversaire mais décide cependant de la garder. C’est une Ehrlich reconnaissable à son manche biseauté et perforé : bois Stiga, revêtement Yasaka Cobra, picots extérieurs (évident quand on sait) sur une mousse ferme. Elle est verte, le hasard fait que c’est la couleur de mes deux précédentes raquettes. Mes attaques s’en trouvent plus appuyées, mes coupés tournent plus mais le contrôle est plus difficile. Je fais une saison honnête perdant peu de matchs, battant les deux 35 qui traînent en honneur, appréhendant le moment où je serai confronté à un adversaire adepte du jeu moderne contre lequel je me sais impuissant. Ce moment ne vient pas, au cours de cette saison, la nouvelle vague n’ayant pas encore frappé les côtes de la Touraine. En tournois, je réalise quelques performances, dont Claude Arribey (qui montera plus tard à 15). Cela me vaudra de récupérer le classement 35. Je sais que je n’irai jamais au-delà n’ayant pas de partenaire fort au club et aussi en raison de l’arrivée prévisible du jeu moderne en Indre et Loire.

Comme prévu, Pierre quitte le club. J’ai un pincement au cœur car il a tenu parole et c’est un homme bien, que je ne reverrai plus au tennis de table.

Mais mon esprit est ailleurs car, entre-temps, P J nous a contactés, Paul Rougeux et moi pour suivre le fameux stage de moniteur de tennis de table. Nous avons donné notre accord et rempli un dossier ; P J nous a appris que Robert Amarger a refusé, ce qui nous a semblé regrettable compte- tenu qu’il est certainement celui qui a le plus réfléchi à la technique ; refus courtois, laconique, sans donner d’explication. Il agira de même avec Paul et moi. Nous avons reçu une liste d’ouvrages à lire avant le stage, je me souviens de « Physiologie du Sport » et de « Psychologie de l’Enfant et de l’Adolescent », ce qui laisse présager que le stage ne portera pas que sur le tennis de table. Nous avons aussi été avertis d’avoir à nous préparer physiquement. J’essaie de faire le point sur ma saison d’entraîneur car évidemment j’ai dû, au pied levé, remplacer l’instit. C’est un bilan mitigé.
Comme mon prédécesseur, j’ai bénéficié d’une bonne fréquentation d’élèves du cours complémentaire, nous y avons glané quelques titres et accessits en jeunes mais il faut préciser que peu de clubs sont alors opérationnels en ce domaine. La salle que je jugeais agréable est en réalité un pis-aller comme je l’ai signalé, elle subit les variations climatiques en les amplifiant. Par temps froid, l’humidité se condense sur la charpente métallique de sa verrière, il pleut alors sur les tables, parfois l’eau gèle sur le sol pavé et c’est le verglas, c’est injouable. Quand il fait chaud, la même verrière provoque l’effet de serre, on respire mal, il faut s’arrêter fréquemment. Pour ces raisons, j’ai dû annuler plusieurs séances, ce qui m’a conduit à organiser tout un réseau pour prévenir les jeunes, le téléphone pour tous étant alors une chimère.
Ajoutons à cela que les allées et venues des usagers de la mairie perturbent l’entraînement ; quant à ce dernier, conformément à mon expérience personnelle, je me suis borné, pour chaque séance, à l’étude d’un coup suivie de matchs ; cinq tables pour quinze à vingt joueurs, c’est peu…d’autant plus que certaines, à force d’être montées et démontées sont plutôt branlantes et doivent être étayées avec des chaises.

Le stage de moniteur.

En juillet donc nous nous présentons à l’Institut National du Sport (I N S). Sis à Vincennes, c’est une ville dans la ville avec ses impressionnants bâtiments de brique rouge. Dès notre arrivée, on nous remet les clés de nos chambres pour y déposer nos bagages, Paul et moi sommes ensemble, puis nous devons nous rendre dans une salle de cours. C’est le président Pierre Ceccaldi en personne qui prononce l’allocution de bienvenue. Il brosse un tableau qu’il juge défaillant du tennis de table français puis définit notre rôle. La formation nous préparera à l’animation du sport de masse, nous aurons à enseigner une technique juste à un maximum de joueurs, jeunes et adultes, cet enseignement étant alors anarchique, peu développé voire inexistant. Bien entendu, nous travaillerons dans nos clubs mais nous devrons aussi être capables de nous en affranchir pour opérer au profit de la ligue et aussi d’autres clubs en espérant que notre exemple fera tache d’huile et suscitera d’autres vocations. Entrée en matière impressionnante, le Président Ceccaldi, haut- magistrat et haut- fonctionnaire de la justice en impose à l’auditoire.

Tout aussi charismatique est Alex Agopoff, entraîneur national et directeur du stage dans sa présentation du contenu. Il nous remet un emploi du temps qui paraîtrait aujourd’hui démentiel à ceux qui trouvent les stages actuels de formation trop chargés. De 6h 30 à 7h 30, footing. Petit déjeuner de 8h à 8h 30. De 9 h à 12h 30, cours, soit en salle de classe, soit en gymnase, soit en plein air. Déjeuner servi de 12h 30 à 13h 30 (on doit être en tenue de ville). Cours de 14h à 18h 30. Dîner servi de 19h à 20h (tenue de ville). Cours de 20h 30 à 22 heures. Le contenu est divisé en trois parties: un tiers est consacré au tennis de table ( pratique en gymnase, théorie en salle de classe), un autre tiers à la mise en condition physique générale, le reste comprend de la législation, de l’anatomie, de la physiologie, de la médecine du sport, de la psychologie, auxquelles s’ajoutent une formation complète d’arbitre et de juge-arbitre, dispensée par le colonel (très bientôt général) Jean Mercier, également secrétaire,  général de la FFTT, encore un personnage impressionnant; c’est ce cours-là qui nous sera donné le soir. Alex nous explique pourquoi le programme inclut des matières autres que le tennis de table : il s’agit d’une part de sortir notre discipline du ghetto des sports secondaires, d’autre part de conquérir de nouveaux publics plus branchés sur le besoin de mouvement que sur la compétition (voyez comment cette politique des années 60 résonne comme actuelle aujourd’hui alors qu’on l’a par la suite négligée des décennies durant. Si le mot développement n’est pas prononcé, il est en filigrane dans les intentions). Il nous met aussi en garde : ne pas nous prendre pour des psychologues, des médecins, des profs d’éducation physique,on nous offre une culture générale sportive pour mieux cerner nos limites.

Puis le stage démarre à une cadence infernale mais l’emploi du temps a été bien étudié qui alterne travail physique et cours en classe, ce qui fait que nous résistons à la fatigue. Je n’entrerai pas dans les détails afin de ne pas alourdir plus ce texte. Les cours autres que le tennis de table sont dispensés par les profs, médecins, psychologues de l’INS, autant dire que le niveau est assez élevé mais bien mis à notre portée. Chaque matin, la forme du footing évolue pour ne pas lasser, sur piste, sur terrain gazonné, en sous-bois avec ou sans relief, avec ou sans changements de rythme.
Les profs insistent sur le travail en aérobie, c’est à dire sans dette d’oxygène (endurance cardio-vasculaire), nous apprenons à prendre les pulsations au poignet et à surveiller la survenue d’un éventuel essoufflement. Les séances de mise en condition physique se rapprochent de ce qu’on peut voir dans les établissements scolaires de l’époque: des mouvements d’ensemble genre «gymnastique suédoise» visant à améliorer souplesse et coordination motrice et à renforcer des groupes musculaires; parfois on utilise du petit matériel genre haltères légers, médecine-balls, massues…on fait également appel à des jeux inspirés des sports collectifs, on effectue des parcours dits naturels venus tout droit de l’hébertisme. Le but recherché n’est pas la performance mais plutôt la détente la bonne santé, la résistance à la fatigue nécessaires à la pratique sportive mais aussi à un public soucieux de bien s’entretenir.

C’est évidemment Alex Agopoff qui se charge du tennis de table. Il effectue un sondage pour savoir comment on s’entraîne dans les clubs et fustige le procédé en vogue qui se traduit par une suite de matchs. De cette façon, il est difficile de corriger les défauts, d’acquérir des techniques nouvelles, chacun tentant d’utiliser ses points forts et évitant de jouer avec ses points faibles. Mais il y a pire : ainsi se créent à l’intérieur du club de petits clans, les bons jouant entre eux, les faibles ayant du mal à trouver des partenaires et se voyant privés de la possibilité d’apprendre correctement et de progresser. Si nous voulons faire du tennis de table un sport de masse, nous devrons nous organiser autrement. Le travail par exercices tolère des différences de niveau entre deux partenaires, il suffit de rendre les consignes plus contraignantes pour le fort que pour le faible.
Dans les deux salles (elles sont cependant attenantes, chacune étant trop petite pour contenir l’effectif au complet), nous faisons connaissance avec la séance traditionnelle, nouvelle pour nous à l’époque, très connue de nos jours même si de nombreux clubs la négligent : échauffement physique, échauffement à la table, corps de séance (exercices) puis compétition. Les exercices sont de deux sortes:réguliers, il s’agit de garder la balle en jeu le plus longtemps possible et tactiques, après un enchaînement imposé, les deux joueurs s’efforcent de gagner le point en jeu libre.
Alex insiste sur le rôle du moniteur (on ne parle pas d’entraîneur) qui observe, analyse, conseille. Ensuite, il nous expliquera comment concevoir un exercice, puis une séance… nous sommes tantôt joueurs, tantôt moniteurs. Alex profite de ces séances pour enseigner la technique qu’il juge correcte car nous devons être capables de démontrer ce que nous prétendons obtenir. A chaque exercice, nous nous décalons d’une table pour varier les partenaires…et il y a du beau monde : des premières séries Gérard Chergui et Vincent Purkart (futurs champions de France), René Demulder (classé 5 et qui entraîne déjà ), quelques 15, une Kyrielle de 20 et 25…Paul et moi sommes dans nos petits souliers avec notre  modeste classement.

En salle de classe, Alex donne des cours sur la technique gestuelle, la tactique, la balistique, le double. Mais nous sommes loin d’être pleinement satisfaits. Des objections s’élèvent. Les conditions du stage sont loin de ce que nous avons en club : nous ne disposons pas d’un nombre de tables égal à la moitié de celui des joueurs, les niveaux ne sont pas homogènes, nous faisons coexister des juniors et des minimes, des débutants et des joueurs confirmés, des forts et des faibles…quid de la séance modèle ? Mais il y a pire, lorsque la question du jeu moderne est posée, c’est le silence. Alex donne une définition succinte du top spin « Un lift très accentué », que contredit Purkart: « Une frite à la balle » (il entend par là un toucher fin et rapide), je saurai plus tard qu’ils avaient tous deux raison. On nous passe bien un film 16 mm sur la finale des championnats du monde 1961, Chuang Tse- Tung vainqueur de Li Fu -Jung, manifestement ils pratiquent un jeu ultra- rapide mais pas le top-spin.
On nous projette également un court-métrage sur deux Anglais (l’un d’eux s’appelle Jacobson) qui ont fait une tournée européenne pour démontrer le top-spin, mais les angles de prise de vue ne montrent rien d’intéressant et surtout personne n’est en mesure d’effectuer un commentaire. Ceci dit, je ne voudrais pas donner l’impression de dénigrer le stage qui est très bien construit et qui a fait ses preuves au niveau des jeunes. Alex a su motiver toute une génération qui a entraîné très longtemps et bénévolement. Le département d’Indre et Loire lui est redevable d’un formidable essor de clubs axés sur la formation. Seuls deux d’entre nous feront carrière : Roger Baetens comme C T R dans la ligue des Flandres et Jean-Claude Laffargues en Île de France.

Le soir, après les cours, Paul et moi révisons,vu notre petit classement, nous ne sommes sûrs de rien, ce qui se traduit par coucher vers minuit et lever 6 h, les nuits sont courtes…car l’examen qui nous est promis le samedi est réputé difficile.

Le samedi après-midi nous attendent deux épreuves écrites, l’une sur l’entraînement, la technique et l’enseignement sportif (pas uniquement du tennis de table) et l’autre sur les règles du jeu, l’arbitrage et le juge-arbitrage. Cette seconde épreuve peut nous octroyer l’écrit d’arbitre et juge-arbitre national mais compte également dans l’examen de moniteur. A cela s’ajoutent une note calculée sur notre comportement durant le stage et une autre qui tient compte du classement. Nous repartons un peu indécis, les résultats seront envoyés deux semaines plus tard et, là, surprise ! Je suis reçu premier et Paul second, mais, avec du recul, je pense que nous avons l’habitude des examens (c’est mon onzième) et l’avantage d’être enseignants.
En tout cas, je ne me suis jamais considéré comme meilleur que les autres. Autre surprise, l’échec de Chergui et la modeste place de Purkart,comme l’a  dit Alex: «Un bon classement ne fait pas d’office un bon moniteur.» Malheureusement, certains dirigeants ne sont pas de cet avis ! Il faudra y revenir. A noter que dans les stages qui suivront, l’Indre et Loire occupera les podiums (virtuels) avec Jean Bigot, Jean Olivieri, Jean- Jacques Brion, Monique Rougeux (sœur de Paul), Henri Paillet…Nous sommes également admis à l’écrit de juge-arbitre national qu’il nous faudra confirmer dans un championnat de France.

Avec les résultats, nous recevons une liste de stages pour valider l’examen. Et là, nouvelle surprise ! Nous devons payer pour travailler, la FFTT considérant qu’il s’agit toujours de notre formation. Qui de nos jours oserait demander à un entraîneur de débourser de l’argent pour un stage où il va travailler ? Il est courant aujourd’hui que des clubs financent tout ou partie d’une formation. Nous- autres, les anciens, nous prenons tout à notre charge mais nous y gagnons en liberté.

Petit lexique

Avant de poursuivre, je voudrais lister quelques mots désignant des amis ou des ennemis du développement. J’y serai confronté dans ma vie pongiste et, parfois, l’ennemi se présente sous le masque d’un ami. Vous-mêmes les avez rencontrés.

Passé : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ». Winston Churchill. Mettez sport, club, fédération …à la place de peuple et ça fonctionne…ce qui veut dire qu’on est prêt à réitérer les mêmes erreurs, sans en tirer la moindre leçon.

Abnégation Oubli de soi pour le bien des autres. Altruisme : Disposition bienveillante pour autrui.

Egocentrisme: Tendance à faire de soi le centre du monde. Égoïsme : Amour exclusif de soi, recherche de son intérêt personnel.

Élitisme :  Attitude ou politique visant à former et à sélectionner les meilleurs éléments d’un groupe sur le plan des aptitudes intellectuelles ou physiques aux dépens de la masse. (Larousse). L’élitisme est une attitude ou un système politique qui cherche à former ou sélectionner une élite au détriment des autres membres du groupe, de la communauté, de la société. La recherche d’une élite est une mission du sport de compétition, elle ne devient une faute que si elle est le projet unique. On a tendance à l’imputer aux grands clubs alors que très souvent ils développent tous les aspects du tennis de table. Un petit club qui n’a d’yeux que pour son équipe première, un entraîneur qui ne s’occupe que des meilleurs, des dirigeants qui accordent des avantages ou une plus grande considération aux mieux classés font de l’élitisme.

Démocratie. (Du grec démos, peuple et kratos, pouvoir). La loi de 1901 prévoit une gestion démocratique du sport, ce qui suppose que les licenciés sont souvent consultés, informés, écoutés. Cette démocratie est bafouée quand un dirigeant ou une minorité agissante s’emparent du pouvoir et décident à la place des autres. Mais parfois, ça arrange bien les consommateurs de ping-pong.

Responsabilité. Fonction, position qui donne des pouvoirs de décision mais implique qu’on en rende compte.

Autoritarisme. Système basé sur une autorité absolue (contraire de démocratie).

Idée reçue. Préjugé, idée non vérifiée qu’on donne pour vraie (ce qui était juste dans le passé ne l’est pas forcément aujourd’hui).

Standardisation:Fait de rendre quelque chose conforme à un même type, à un modèle unique. Contraire : Individualisation : fait de tenir compte de la personnalité, des aspirations, des opinions de chaque personne. Les entraîneurs qui imposent un système de jeu à un joueur sans lui demander son avis, les dirigeants qui ne tiennent pas compte de l’avis des minorités (être minoritaire ne signifie pas qu’on se trompe) font de la standardisation dans un sport censé être individuel. On n’a jamais estimé les impacts sur le développement et le turn-over de la standardisation.

Education.  Action qui tend à l’heureux épanouissement du sujet en vue de sa perfection, de son bonheur, de sa destination. Contraire.Dressage.Répétition à caractère obligatoire d’actes qui deviendront automatiques. Attention, nous sommes des éducateurs, pas des dresseurs !

Démagogie. (Du Grec démos, peuple et agô, je conduis) Système qui flatte les intérêts et les passions populaires pour mieux les exploiter. Malheureusement, la démocratie fait qu’on vote pour le plus sympathique, pas forcément le plus capable. Un démagogue évite de prendre une décision juste mais qui contrarierait pour rester populaire.

Conservatisme. État d’esprit de celui qui se veut et se dit défenseur de l’ordre, des idées et des institutions du passé, hostilité au changement. Contraire. Progressisme. Souvent le progrès est freiné sous prétexte qu’il dérange.

Cette liste n’est pas exhaustive mais elle m’évitera des répétitions.

Saison 1962- 1963, routine et découvertes.

Routine car en qualité de joueur, je me prépare à revivre chaque année la même saison qui consiste à rejouer sensiblement les mêmes rencontres, contre les mêmes adversaires, avec comme perspective unique d’assurer le maintien en honneur. J’y perdrai peu de matchs en dix ans, réalisant quelques performances en tournoi ce qui me permettra de maintenir mon classement à 35 sans espoir de faire mieux, une longue route fastidieuse dont peu de souvenirs me restent. Je le fais pour le club qui me récompensera par la plus noire ingratitude, mais ce sera pour plus tard, en 1962 amitié et cohésion règnent. Pierre et moi avons formé Pierrot un ancien footballeur, pour devenir le troisième joueur de l’équipe, le second pour le moment étant Jean le plâtrier qui est adroit mais très émotif. J’aurai par la suite l’impression de vivre sur deux planètes différentes, l’une, le club, où le temps semble s’être figé, l’autre, la fédération où tout s’emballe dans un maelstrom qui m’emporte presque malgré moi et où je découvre en permanence un tennis de table moderne, changeant, montant sans cesse en puissance.

Paul et moi avons décidé de poursuivre l’aventure ensemble et notre choix s’est porté sur un stage espoirs nationaux qui se déroulera à Poitiers et où Mme D., issue du stage précédent, passera l’examen pratique de moniteur fédéral sous la direction de Charles Roesch. C’est le moment de préciser en quoi consiste la suite de la formation. A chaque stage, le directeur nous note et, quand nous sommes jugés aptes à passer au grade supérieur, nous devons d’abord assurer la gestion administrative d’un stage. En cas de réussite, nous nous présentons à l’examen de moniteur fédéral. Il s’agit ni plus ni moins que d’établir un programme pour cinq jours, séance par séance, de distribuer les rôles des autres cadres, de démontrer, explique, faire jouer les exercices, analyser ce qui se passe en vue d’éventuelles modifications, coordonner les observations qui seront mises par écrit sur des fiches individuelles, tirer un bilan global, faire des propositions à l’entraîneur national ( Alex). En cas de réussite, nous devons attendre notre nomination au grade de moniteur Fédéral décerné par la F F T T.
Comme on peut le voir, rien que du pratique. C’est en fait un examen de directeur de stage destiné également à fournir aux ligues des cadres susceptibles d’organiser leur enseignement technique.

La vie au club. Pour plus de clarté dans cet exposé,je vais séparer ma vie au club de mes activités fédérales, mais en réalité elles s’entremêlent; cela va considérablement compliquer mon existence: en période scolaire, je suis en prise avec toutes les difficultés d’un petit club rural disposant de moyens réduits; Pendant les congés ( petites et grandes vacances) je travaille avec les meilleurs espoirs français en attendant d’intégrer la D T N de 1968 à 1975, même si c’est à titre provisoire.

A la rentrée 62, je tente de mettre en place un entraînement structuré, mais dans des conditions déplorables. Si l’aire de jeu est spacieuse, je ne dispose que de cinq tables dont certaines sont branlantes, sonores, avec un faible rebond. Le hall de la mairie où nous jouons est un lieu public sans cesse traversé par des curieux, des usagers, des passants sans le moindre respect de notre activité. La charpente métallique de la verrière condensant l’humidité, l’hiver il pleut dans la salle et parfois se forme du verglas. De toute façon, quand il fait vraiment froid, la température ne permet pas de jouer. Par temps chaud, la verrière accentue l’effet du soleil et c’est injouable. Je ne compte pas le nombre d’entraînements annulés, de matchs reportés ou joués chez l’adversaire. En 1966, la mairie nous offre, à titre provisoire, la salle des fêtes d’une maison de retraite elle aussi installée provisoirement dans un hôtel désaffecté. On peut y disposer six tables, mais il y a une condition : le club doit mener une politique de développement pour y rester car nous ne sommes guère plus de vingt-cinq, avec surtout des enfants. Les dirigeants estimant qu’ils ne sont pas en nombre suffisant pour mener une telle politique, la salle nous est reprise pour être attribuée au judo (je ne suis plus alors au comité directeur, suite à des départs d’adultes, c’est une équipe plus jeune qui a pris le relais). On nous propose une petite salle (où on peut mettre trois tables maximums sans beaucoup de recul). Je conseille de refuser mais les dirigeants acceptent.
Nous sommes en 1970. Après deux années où j’essaie vainement de mettre en place un entraînement cohérent, j’abandonne tout espoir.

Revenons à 1962. J’ai de quinze à vingt jeunes de neuf à quinze ans à faire jouer sur cinq tables le jeudi après-midi. J’essaie d’appliquer tant bien que mal ce qu’on m’a appris. En première partie, je programme des exercices avec des expédients : en régularité à quatre par table (deux contre deux) soit dans les diagonales, soit dans les longueurs), en ateliers, avec des changements à un signal sonore, en relais (au temps) …La deuxième partie est consacrée à la compétition. J’ai le hall de 14 à 18 h.
Aucune fille ne vient à mes entraînements, cela s’explique car la mixité scolaire n’interviendra que vers 1970, ce qui s’avère négatif, les clubs ne se souciant guère de l’absence des féminines, on finit par trouver cela normal, depuis le temps que ça dure…je n’ai qu’une fille durant les années 60, la fille d’un joueur. Elle devient championne départementale cadette. J’ai eu le temps de constater deux faits significatifs : faute d’un lycée de proximité : nous perdons nos jeunes à l’entrée en seconde, synonyme d’internat; les adultes se montrent réfractaires à des entraînements structurés, ce qui a des conséquences graves sur le développement. Nos jeunes cependant grappillent quelques places d’honneur, voire des podium.

Nos finances sont insuffisantes car la majorité de nos licenciés est composée de jeunes. Pendant cinq ans nous organiserons un tournoi censé être inter-régional mais qui recrute plus loin puisque nous recevons des clubs franciliens, aquitains… (Goeman alors à Bordeaux remportera l’épreuve). Nous y arrivons parce que nous avons l’important sponsoring d’une célèbre marque de pastis et aussi grâce à la 4S qui fournit un nombreux contingent dans tous les tableaux ; Noël Dubois nous assistant pour l’organisation et en qualité de juge-arbitre doit diriger des épreuves dans trois salles différentes, avec les moyens de communication réduits de l’époque, c’est une prouesse. Comme il ne veut rien accepter, nous constituons tous les ans un panier garni que nous offrons à son curé, l’abbé Latapie. Je suis sûr, connaissant le brave homme, qu’il le partage avec ses paroissiens. La loi sur l’alcool et le sport mettra fin à notre tournoi. Pendant ces cinq années, la 4S remporte sans coup férir le challenge général. Un temps, nous organisons quelques bals…
De 1968 à 1974, l’équipe première ayant changé, je ne joue plus que pour la renforcer dans les rencontres difficiles… En 1975 je fais un break dans ma vie pongiste tout en continuant à régler mes cotisations au club.

Stage de décembre 1962.

Paul et moi nous nous retrouvons au C R E P S de Poitiers, pendant les congés de Noël. L’hébergement se fait dans le château de Boivres que nous connaissons bien pour y avoir effectué des stages durant notre séjour à l’école normale car Tours, à cette époque, dépend de l’académie de Poitiers. L’hiver est particulièrement rigoureux et nous allons en pâtir. Nous dormons dans un immense dortoir, stagiaires et cadres mélangés ; il y fait si glacial que la nuit, pour espérer dormir, il faut enfiler le survêtement par-dessus le pyjama, malgré les trois couvertures kaki de type militaire ; ceux qui l’ont souhaité ont apporté leurs propres draps. Je connais peu de cadres actuels qui accepteraient de telles conditions d’autant plus que l’eau qui sort des douches (collectives) et des lavabos est plutôt froide. La nourriture est correcte et, comme à l’I N S, on est prié de prendre ses repas en tenue de ville, comme le rappelle le directeur. Mais nous ne sommes pas là pour la villégiature…

En lisant la liste des stagiaires je ressens un moment d’affolement. Les classements s’étalent de 15 à 25 pour les nationaux, les régionaux en ont de plus modestes mais nous avons bonne mine avec notre petit 35. Charles Roesch nous donne un aperçu de l’emploi du temps tout en précisant que le programme serait élaboré en commun chaque soir. J’ai su plus tard que, connaissant les joueurs, il aurait pu le faire seul mais il cherche aussi à former les cadres, peut-être à les tester. Ce stage devait servir de support à l’examen de moniteur fédéral de Mme D., mais elle a la grippe et ne sortira guère de sa chambre. C’est en revanche une chance pour nous car nous aurons la révélation du tennis de table moderne.

La première matinée se passe à faire connaissance, à s’échauffer physiquement, c’est Charles qui dirige la séance mais il exige que les moniteurs la fassent comme les joueurs. Puis vient un échauffement spécifique avec une partie commune et une autre individualisée (au choix du joueur). Le reste de la matinée s’écoule en exercices de régularité puis se termine par une compétition montées-descentes que nous découvrons alors qu’elle est devenue un lieu commun à notre époque. Charles nous explique qu’elle permet de placer chaque stagiaire face à un partenaire de son niveau. Pendant la partie tennis de table, il nous confie un groupe que nous devons observer et c’est de nos observations que naîtra le programme. Nous venons de découvrir que tout entraînement est adapté aux entraînés et non l’inverse.

La séance suivante est en somme la présentation des thèmes majeurs du stage, le jeu de jambes, le top-spin coup droit et ses remises, les services. Charles explique qu’aucun coup n’est bien exécuté sans une position juste par rapport à la balle, d’où les exercices de déplacement latéraux, en profondeur et mixtes. Il dit en plaisantant : « Le jeu de jambes est le coup essentiel du tennis de table ». Dans notre stage de formation le sujet avait été tout juste effleuré. Puis vient le top-spin (je devrais dire les top-spins) avec les différentes façons de le remettre car, à cette époque, il fait figure d’épouvantail, il est à lui seul démarrage et coup terminal Charles démontre les mouvements à des rythmes variés tout en commentant. Bien entendu, cela débouche sur des exercices et je constate avec stupeur que des jeunes principalement venus des Flandres, de l’Île de France et de la Lorraine sont familiers du top-spin qu’ils ont déjà intégré à leur système de jeu.
Force est de constater les insuffisances de notre formation. La séance se termine par un travail sur les services latéraux, Charles donne beaucoup de détails, sans doute à l’intention des cadres (il nous rassurera plus tard en disant que les jeunes attendent surtout de nous que nous sachions les observer pour leur dire ce qui va ou ne va pas). Le soir, après le dîner, a lieu une causerie débat sur un thème de règlement, de technique, de tactique, de préparation physique… Ensuite nous avons réunion pour établir le programme du lendemain, nous nous couchons vers minuit, avec réveil à 6 h pour un footing de 7h à 7h 45. La nuit sera courte…

En gros, la matinée comprend une séance de travail physique suivie d’un entraînement de tennis de table (ou l’inverse), même chose l’après-midi qui se termine souvent par du sport collectif.
Pour le physique, on travaille avec les moyens qu’on peut constituer en club: corde à sauter, haltères légers, médecine-balls… Charles encourage les jeunes à se prendre en charge en ce domaine car  n’existent alors ni pôles, ni groupe France à l’ I N S (ou ailleurs), ni clubs en mesure de s’organiser en ce sens; c’est le cas de la plupart des nôtres. La France est très en retard à ce niveau parmi les grandes nations pongistes. En tennis de table, la séance suit en gros le même plan que celle d’Alex mais paraît plus tonique car les exercices se font avec des déplacements variés, rythmés, de l’incertitude, des enchaînements parfois très élaborés. Une grosse différence avec la place accordée au travail des services (déjà très nombreux).

En plus, chaque exercice est introduit par un service déterminé, régulier et efficace. Notre rôle consiste aussi à adapter le schème de jeu en cours à chaque joueur : simplifier ou compliquer, modifier si quelqu’un le désire, par exemple, jouer en défense. Quand un moniteur demande pourquoi on n’impose pas le jeu d’attaque rapide qui est celui des champions du monde, la réponse est que chacun est là pour jouer comme il le sent en fonction de ses moyens, de son tempérament, de ses souhaits. Les filles, beaucoup moins nombreuses, ont un jeu en retrait par rapport à celui des garçons, de la poussette, du bloc ponctués d’attaques appuyées. Je fais la connaissance d’un stagiaire du Nord, Dufour… c’est le futur père de ma future présidente à la 4S, France Jonquel. J’ai beaucoup parlé de ce stage, c’est à ce moment-là que j’ai décidé de continuer ma formation que, subitement, je trouve dérisoire, car j’ai beaucoup de lacunes à combler. Je rencontre le même avis chez Paul.

De retour en Touraine, si nous sommes capables de donner une idée claire du top-spin en frottant la balle comme on le fait aujourd’hui au panier de balles, nous ne nous risquons pas à faire une démonstration car nous manquons de sûreté, le geste d’alors, en raison de l’adhérence moyenne des revêtements, exige un élan énorme pour être efficace, nous devrons le travailler. De plus, j’ai un souci supplémentaire : la préfecture ne considérant pas un officier comme conducteur militaire ne convertit pas son permis en version civile. Il est vrai que conduire une jeep en tous terrains ou sur une piste n’a qu’un lointain rapport avec la circulation urbaine. C’est au début des années 60 que l’on comprend que la fonction d’entraîneur sera indissociablement liée à l’auto. Je dois passer le permis. Bien sûr, c’est aussi à ce moment-là là que je me commande une raquette back-side.

D’autres stages.

Nous effectuons deux stages à Reims mais ils nous apprennent peu car dirigés par des moniteurs qui passent l’échelon fédéral, donc, à peu de chose près, qui ressortent ce qu’ils ont appris en stage. Nous recevons même un mois avant, un programme pré établi, standard et qui forcément ne tient pas compte des stagiaires. Plus tard, j’aurai un problème avec un partisan de ce système… c’est évidemment très confortable pour les encadrants qui peuvent se préparer mais est-ce bénéfique pour les stagiaires ? A Reims nous retrouvons le long dortoir où dorment ensemble stagiaires et cadres mais le C R E P S semble plus récent donc plus confortable avec un lieu idéal pour le footing, le parc Pommery. Puis nous effectuons un deuxième stage d’hiver à Poitiers avec, cette fois-ci, une température extérieure plus clémente. Nous avons à faire à des stagiaires que nous connaissons déjà, à de nouveaux aussi car les plus « anciens » ont passé la limite d’âge (l’âge minimum admis dans les C R E P S est alors 14 ans et la F F T T ne nous confie plus des seniors suite à des problèmes de discipline antérieurs). Je repère avec plaisir un certain Jean-Pierre Ménier, de la 4S.

Preuve que ça bouge en Touraine. C’est d’ailleurs Jean- Pierre qui sera l’importateur du premier top-spin en Touraine, il réussira là où Paul et moi avons échoué ; l’apprendre et le rendre régulier en l’espace d’un stage. C’est Charles Roesch qui de nouveau dirige ce stage où un moniteur de la promotion précédente passe l’examen, mais, selon son système, nous participons tous à l’élaboration du programme. Je suis chargé de la partie administrative, ce qui signifie que mon prochain stage sera celui où je me présenterai au « moniteur fédéral ».
Des éléments nouveaux apparaissent dans la préparation physique, la course avec des accélérations en footing, le circuit- training. En tennis de table on insiste plus sur les liaisons d’éléments, le coup terminal, la préparation du point dans des situations variées. Avec Charles, on ne refait jamais le même stage. Il montre également comment, à partir d’une même position, on peut envoyer des services différents et aussi comment combiner les effets, ce qui élargit considérablement le champ des possibles en ce domaine.

Des épines dans les roses.

Naturellement, ces stages sont des moments privilégiés où nous pouvons échanger entre moniteurs et certains font remonter des éléments susceptibles de nuire au développement. Nous sommes dans une période où le gouvernement instaure une politique destinée à faire de la France une nation sportive. Suite aux J.O. de Rome (1960), le Président De Gaulle s’est indigné des résultats catastrophiques enregistrés par notre pays : 5 médailles et aucune en or ! L’état mais aussi les départements et les communes se mobilisent. Évidemment, l’effort doit en priorité porter sur les jeunes et le paysage pongiste est appelé à changer.
Des clubs jadis renommés mais prisonniers de vieilles mentalités vont décliner et disparaître, émergeront des clubs au sang neuf qui misent sur les jeunes et qui donneront naissance au tennis de table moderne. J’ai déjà signalé ceux qui envoient des éducateurs en formation. Curieusement, la 4S qui pourtant mise sur la jeunesse ne se presse pas d’avoir des moniteurs bien qu’aujourd’hui elle puisse affirmer qu’elle a été et est encore à l’origine du plus grand nombre de vocations professionnelles dans notre ligue. Si on ajoute à tout ça la croissance immense du parc automobile français (la politique gouvernementale va dans ce sens), nous sommes dans les fameuses « trente glorieuses », tout est en place pour le développement du sport, y compris un vaste chantier de construction d’installations sportives. Seulement, voilà ! certaines mentalités héritées du passé freinent le progrès. Certains moniteurs signalent qu’ils ne trouvent aucune aide dans le club : « Tu veux des jeunes ? Nous n’avons pas le temps, alors débrouille -toi !». Pire, dans certains cas, les joueurs les mieux classés regardent d’un mauvais œil celui qui prend leur place de gardiens de temple de la technique. Et parmi les dirigeants, beaucoup pensent que pour bien entraîner il faut et il suffit d’être bien classé, cette mentalité sévit encore à notre époque et a contribué à décourager bien des bonnes volontés.
Enfin, des moniteurs ont remarqué que pour certains dirigeants, la formation des jeunes constituait un activité marginale, l’essentiel étant le niveau des équipes seniors : « les jeunes, on ne les garde pas, ils partent dès l’entrée en seconde. Les grands clubs vont nous les piquer. etc…». Arguments qu’on vous sert encore aujourd’hui, bien que, jusqu’à preuve du contraire, les jeunes restent notre meilleure source de développement. Le problème réside à faire admettre qu’il s’agit là du secteur le plus important dans les missions du club, transmettre le relais. Nous y reviendrons.

Encore des stages.

En avril 1964, lors des championnats de France individuels, je passe la partie pratique de l’examen de Juge-arbitre national. Rassurez-vous, on ne me confie pas les seniors mais les vétérans ; en ces années-là, toutes les catégories jouent dans le même lieu. C’est Jack Proust, également rédacteur en chef de France- tennis de table qui me supervise. J’ai ainsi l’occasion d’assister à la victoire en messieurs de Vincent Purkart sur Jacques Hélaine (Purkart défendant à l’ancienne sur Hélaine qui utilise un excellent top-spin), de Martine Le Bras sur Christiane Mathieu (rien du jeu moderne) et de Christian Roesch en juniors (il s’agit du fils de Charles qui se refuse à topspiner préférant utiliser le soft et l’attaque rapide et percutante). Pris par l’entraînement, je n’aurai guère l’occasion d’exercer mes talents de J A, je ne me souviens que du tournoi de Descartes. J’arbitre aussi quelques parties et me voici arbitre national.

Stage d’été 64. Il a lieu à Poitiers. Cadeau empoisonné, il est franco-allemand mais, heureusement, je suis supervisé par Charles Roesch qui parle la langue de Goethe comme sa langue maternelle ! J’arrive la veille pour apprendre que, le gymnase n’étant pas libre, on nous alloue…trois salles. Je me demande comment faire tourner l’affaire. Charles, dès son arrivée, tape du poing sur la table et menace de téléphoner au ministère. Il obtient une salle dans Poitiers et un bus pour nous véhiculer. Ces stages sont à la fois subventionnés par la jeunesse et les sports et l’office franco-allemand pour la jeunesse (c’est la période de réconciliation des deux pays). Nous avons frôlé l’incident diplomatique, ouf !

Je n’aurai guère la maîtrise du programme car il faut concilier le point de vue des Allemands qui recherchent un sport basé sur la puissance et celui des Français plus axés sur la perfection technique. Charles Roesch intervient pour rappeler que nous sommes à l’intersaison, loin des grands rendez-vous et que la priorité est au travail foncier en physique (en aérobie) et à la régularité en technique. Il fait un cours rapide sur la périodisation (certains disent planification) de l’entraînement, expliquant que la forme se construit, s’établit, se maintien, puis se perd. Nous sommes donc en période de construction de la forme. Ses arguments portent et le consensus s’établira aisément sur le programme. Compte tenu du contexte particulier, le physique se fera le matin (longs footings en sous-bois) et le soir sur les pelouses du C R E P S. Après le dîner, des débats auront lieu sur divers sujets, gestuels, tactiques, psychologiques…

A l’issue de ce stage, je suis proposé au grade de moniteur fédéral. Ça ne me réjouis qu’à moitié car j’estime que tout est allé trop vite. En deux ans je passe du statut de petit joueur d’honneur à celui de directeur de stages nationaux. Je fais part de mon désarroi à Charles qui me propose de venir, pendant les petites vacances, travailler avec lui dans sa ligue en Lorraine, ce que j’accepte avec enthousiasme mais ça me vaudra une certaine inimitié de P J qui ne comprendra jamais mon désir d’en savoir plus quand la F F T T me confère une compétence.
J’ai cependant compris que, notre sport évoluant à la vitesse grand V, rien ne serait jamais acquis et qu’il y aurait toujours du nouveau. A 86 ans, j’apprends encore auprès de mes amis entraîneurs quatrésiens. Le grand reproche qu’on peut faire à nos formations est l’absence d’un recyclage systématique et obligatoire comme cela se pratique en arbitrage.

Je reçois ma nomination en janvier 1965, mais, auparavant, j’ai dirigé un stage à l’I N S, pendant les congés de Noël… J’y constate avec plaisir la présence de Jean- Claude Marchand du R S St Cyr sur Loire, décidément, ça continue à bouger en Touraine.

Consciente que les plus jeunes ne peuvent faire des stages en C R E P S (âge minimum 14 ans), la F F T T décide d’en créer un spécial pour eux sous forme d’une colonie de vacances et d’une durée de trois semaines. Elle m’en confie la direction administrative car j’ai un diplôme m’autorisant à diriger une colo de 48 enfants, nombre retenu par le comité directeur fédéral. Je partagerai la direction technique avec Guy Avesque; Monique Rougeux et Jean Clamond  compléteront l’encadrement. Ce stage se déroule,en 1965, à l’ École du Bâtiment et des Travaux Publiques  d’Egletons (Corrèze). C’est un lieu idéal, hébergement très confortable, nourriture saine et variée, un superbe gymnase, des terrains de sport, une piscine, un chef d’établissement cordial et très prévenant. Malheureusement, le stage n’a pas eu le succès espéré, il n’y a pu avoir de sélection et il a fallu le remplir…et nous nous retrouvons avec un effectif hétéroclite allant d’espoirs nationaux à des débutants dont certains n’ont jamais vu une table de près ou de loin, je pense que beaucoup de jeunes pongistes n’ayant jamais quitté le cocon familial ont eu peur de la séparation. Néanmoins, nous pouvons faire quatre groupes de niveau et ça se déroule plutôt bien. A signaler que l’École du B T P a aussi hébergé les inter-ligues jeunes.

Tchou Jen Long.

La FFTT décide de reconduire le stage colonie de vacances en 1966 mais, afin d’encourager les ligues à faire de même, on décide de l’organiser en un autre lieu, à Dignes, ce qui me paraît risqué car cette ville est excentrée par rapport au public pongiste. A l’arrivée, j’ai des sueurs froides. Nous sommes logés dans un lycée professionnel de jeunes filles, lesquelles n’ont rien trouvé de mieux pour nous souhaiter la bienvenue que de décorer le hall et le grand escalier avec des guirlandes multicolores, de petites culottes. Mais le pire est à venir car on a mis à notre disposition un seul lieu de couchage, un immense dortoir de soixante lits où sont censés dormir ensemble jeunes et cadres, garçons et filles, hommes et femmes… Malgré nos protestations, le responsable local n’a rien d’autre à proposer et, de toute façon, estime que s’agissant de jeunes ça ne tire pas à conséquence.

Tant bien que mal, nous arrivons à compartimenter la salle avec des armoires pour séparer garçons et filles, adultes et enfants. Mais ce n’est pas tout, la salle de tennis de table est à plusieurs kilomètres ce qui nous contraindra à organiser un va et vient de voitures. Je trouve que les responsables fédéraux ont été bien légers, car, apparemment, le lieu a été choisi sans aucun contrôle préalable. Nous ne pouvons annuler sans créer un trouble au niveau des familles. D’autant plus que…vont débarquer à la colo un entraîneur chinois, Tchou Jen Long, spécialiste de l’enseignement du tennis de table et un interprète Liu Chi Yi délégué par l’ambassade.
Pressentant qu’il y avait un décalage entre le niveau du stage et celui du personnage, nous avons une fois de plus un mélange de jeunes espoirs et de débutants, j’ai lancé un appel au secours qui, heureusement a été entendu. Si Alex n’a pas jugé utile d’être présent, nous pourrons compter sur Jean Devys vice-président fédéral et connaissant bien la commission des jeunes, (qu’il a présidée), ainsi que le monde pongiste international, sur Robert Parmentier, entraîneur national et sur Charles Roesch qui, lui, n’a pas hésité à écourter ses vacances. Le président Duclos viendra également pour quelques jours. Ouf !
Les Chinois auront devant eux des interlocuteurs à leur niveau. Quant à l’encadrement, je dispose des mêmes que l’année précédente, le couple Louis et Louise Sugliani remplaçant Jean Clamond. Nous avons quelques jours pour faire démarrer le stage, trouver un hôtel confortable et assez proche pour les Chinois que nous ne pouvons pas loger avec nous, dans des conditions aussi minables que les nôtres.

Après leur installation, nous faisons connaissance. Tchou Jen Long est ce qui correspond chez nous à un professeur d’E P S, il est spécialiste de l’enseignement du tennis de table et de l’entraînement des jeunes. D’emblée, il se renseigne sur le stage et ce que nous attendons de lui : Entraînement ? Enseignement ? Initiation ? Animation ?… alors que la formation que nous avons reçue ne fait aucune distinction, nous comprenons que la Chine développe les divers aspects de la pratique. Bien évidemment, nous souhaitons qu’il enseigne et symboliquement je lui remets la direction technique du stage ne gardant que le côté administratif, nous travaillerons désormais sous ses ordres. Il ne parle pas Français mais Liu Chi Yi l’interprète maîtrise notre langue avec une perfection telle que beaucoup de nos compatriotes pourraient en pâlir.

Tchou Jen Long nous laisse la responsabilité du travail physique, pour faire court disons que celui-ci se résumera à du sport collectif, des jeux de cour ou de colo, des marches, du footing, de la piscine…pour tenir compte du fait que les enfants sont en vacances.

Lors de sa première séance, il demande d’abord à observer les jeunes en jeu libre pour avoir une idée du niveau. Il montre du doigt un bambin tout souriant et signale, qu’à son avis, c’est le seul qui a un avenir de champion : il s’agit d’un certain François Gentil, de l’A S Salbris…

Ensuite, il dirige un échauffement physique en mettant l’accent sur la mobilité, la souplesse, la coordination motrice, la réactivité (certains mouvements paraissent empruntés aux gymnastiques chinoises traditionnelles (Tai Chi Chuan, Qi Gong…) le tout avec légèreté et beaucoup de décontraction.Comme Charles Roesch, il fait la séance avec les stagiaires et demande aux cadres d’y participer. Ensuite il sépare les jeunes en quatre groupes de niveau (rappelons qu’il y a des différences énormes) et affecte chacun d’entre nous à un groupe mais nous fera tourner pour que nous puissions suivre tout le monde. J’aimerais raconter ce stage mais il me faudrait écrire un livre entier.

Dès la première séance, il met l’accent sur le jeu de jambes et la position de base qui est beaucoup plus fléchie que l’européenne (le joueur est presque assis) avec des jambes plus écartées. Les déplacements ne se font pas en pas chassés (comme on le dit si souvent dans nos salles) mais en bonds rasants : il faut « voler au ras du sol », glisser, évoluer en pas croisés sur de longues distances. Pour cette première séance, il ne s’attache pas aux gestes techniques mais au travail des membres inférieurs qui doivent amener le joueur en posture idéale par rapport à la balle. Il exige que tous les services soient réguliers en insistant sur le lancer de balle plus haut que celui des Français de l’époque.

Dès la deuxième séance, il semble connaître tous les joueurs car chaque exercice sera adapté au niveau de chacun (individualisation). Il met l’accent sur le relâchement : éviter toute crispation, ne contracter les muscles agonistes qu’au bon moment ; la vitesse en dépend. Il insiste sur le rôle du coude et de l’avant-bras dans la majorité des gestes au moment de l’accélération. Ceux-ci sont plus courts que ceux préconisés par Alex, mais plus efficaces car s’appuyant sur les lois de la biomécanique (j’entends ce mot pour la première fois mais on en devine le sens). Il met aussi l’accent sur la rotation du tronc, le rôle des appuis, le transfert du poids du corps. Il fait toutes les démonstrations et invite les enfants à l’observer sous des angles différents. Bien qu’utilisant la prise porte-plume avec un revêtement sur une seule face, du soft, il est à l’aise pour exécuter tous les coups, y compris le top-spin et la défense coupée.

Ses séances sont équilibrées au niveau du revers et du coup droit, alternant temps forts et temps faibles. Dès qu’un coup est acquis, il l’intègre dans un exercice de liaison d’éléments jusqu’à obtenir des enchaînements complexes avec les meilleurs La séance se termine toujours par une petite compétition, jamais la même.

Entretiens avec Tchou Jen Long.

          Nous avons une foule de questions à lui poser. Je ne retiens ici que les éléments majeurs.

Choix du système de jeu. Quand on lui demande quel est le système le plus efficace, il répond que c’est fonction du joueur. Celui-ci doit apprendre tous les coups du tennis de table y compris la défense. Ce n’est que lorsque qu’il sera en possession de toutes les techniques qu’il pourra opter pour le système qui lui conviendra le mieux. En aucun cas l’entraîneur n’a le droit d’imposer sa façon de voir à un joueur. Il faut « laisser cent fleurs s’épanouir », la richesse d’une nation est aussi dans la diversité, un joueur qui évolue dans un système où il se sent mal à l’aise abandonnera tôt ou tard. « Personne ne peut jouer contre soi-même ».

Le top-spin. Il faut le pratiquer ne serait-ce que pour savoir le remettre mais il le considère comme les autres coups et ne devine pas qu’il sera le geste royal plus tard. Il est vrai que le champion du monde Chuang Tse Tung et son dauphin Li Fu Jung privilégient l’attaque rapide qui, à l’époque, ne laisse pas au top-spineur le temps d’armer le bras car les revêtements n’accrochant pas si bien que de nos jours., l’élan est considérable si on veut obtenir une rotation efficace.

La prise porte-plume. Il s’étonne que peu d’Européens l’utilisent et préconise qu’elle soit systématiquement enseignée en alternance avec la prise orthodoxe durant l’apprentissage. Le bloc du revers avec cette prise est une arme redoutable. (Personnellement, je suis surpris que les joueurs à prise porte-plume actuels y aient renoncé). Durant le stage, il fait jouer les débutants de temps à autre avec cette prise, mon fils, arrivé orthodoxe, repartira porte- plume convaincu.

Place de la France dans le concert des nations pongistes. A la question « Pensez-vous que la France puisse espérer devenir une grande nation de tennis de table ? la réponse est lapidaire : -Commencez par faire du tennis de table un sport populaire ». Il s’étonne ensuite de la taille de nos clubs et écarquille les yeux quand nous lui disons que beaucoup de ceux-ci ne comptent guère plus de dix à vingt licenciés. Il déclare tout net qu’il y aurait urgence à se développer et à se réunir car il ne voit pas comment attirer les foules à l’aide de si petites structures. Il s’étonne aussi de ne pas voir une équipe éducative dans nos clubs qui s’estiment heureux avec un seul moniteur qui, selon lui, ne peut appréhender tous les aspects de la technique. On constate ici que développement, diversification des pratiques, mutualisation des moyens qui sont des thèmes majeurs actuellement nous ont été conseillés voilà plus de cinquante ans.

Y-a-t-il des gestes-types ? Non car trop de variables entrent en ligne de compte, la taille du joueur, son tonus musculaire, la qualité de l’opposition, la raquette, la température de la salle même etc. L’entraîneur juge ce qu’il y a lieu de modifier en fonction de l’efficacité, du respect du corps, de la sûreté, du rendement… il faut aider le joueur à découvrir son propre geste et non lui imposer un modèle. Toutefois, il ne faut pas laisser s’installer des défauts, il est plus facile de prendre de bonnes habitudes que d’en perdre de mauvaises. Et surtout ne pas faire de la copie d’un champion, sa technique est personnalisée, et il peut comme les autres avoir des défauts. Il en va de même pour la tactique, il n’existe pas de recette universelle, la tactique juste tient compte de l’opposition et de ce que le joueur peut faire et non de ce que l’entraîneur ferait à sa place.

Méthode(s). Nous n’avons pas interrogé Tchou Jen Long pour savoir si une méthode est préférable à une autre puisque nous l’avons vu travailler. Il ne s’enferme pas dans un système, au contraire. On sent bien que ce n’est pas à l’élève de s’adapter à la méthode mais l’inverse. Il sait se comporter de différentes façons selon le degré de réussite du joueur. Il peut le guider vers une acquisition globale du geste ou, au contraire, utiliser un processus où les difficultés sont vaincues une par une. Il sait quand il faut démontrer et à quel rythme le faire (trop d’entraîneurs, dans le but d’impressionner les élèves, jouent à une vitesse telle qu’eux-mêmes n’y arrivent pas toujours et ainsi sèment le doute, ou agissent de telle sorte que l’essentiel n’est pas perçu par les intéressés). Parfois il mime ce qu’il convient de corriger, d’autres fois il parle (par le truchement de l’interprète). Il dose et modifie les exercices en fonction de la réussite.
Il n’hésite pas à remettre à plus tard pour quelques- uns ce qui se traduit par un échec dans l’immédiat. En bref, l’exercice est personnalisé table par table ce qui n’est pas sans rappeler, à l’instit que je suis, l’ambiance des classes uniques de nos écoles de campagne. Il est dommage que nous soyons si peu nombreux à le voir faire car on peut affirmer qu’il s’agit là d’un modèle d’organisation tel qu’il devrait exister dans les clubs. Par la suite, la F F T T lui confiera l’élite, ce qui ne concernera qu’un très petit nombre de techniciens. Trop d’entraîneurs de clubs vont s’orienter vers un entraînement standardisé, confortable pour eux mais sans doute agent du turn-over qui nuit à notre développement. Je conclurai ce passage sur ce stage qui a marqué ma vie pongiste en évoquant une excursion à l’Île de Porquerolles, malheureusement gâtée par le seul jour de pluie du séjour. Lorsque nous raccompagnons nos amis chinois à la gare de Dignes, tous les enfants sont en pleurs. Je ne les reverrai brièvement que lors du colloque technique qui clôturera leur tournée.

D’autres stages.

En 1967, je décline l’offre qui m’est faite de reconduire la colo, d’une part parce que, pour des raisons pratiques, la F F T T désire l’inclure au sein d’une autre colonie de vacances, ce qui réduirait notre liberté et d’autre part parce que je veux passer des vacances avec ma famille. Je suis redevable à mon épouse d’avoir accepté ces longues périodes de séparation, je lui dois au moins ça.

J’avoue pour ce qui va suivre j’ai un peu perdu la mémoire des dates. En quittant Charles Roesch à Dignes, j’ai accepté de venir travailler avec lui dans la ligue de Lorraine car je réalise que ma formation fédérale est incomplète et surtout très éloignée du jeu moderne. Charles m’a demandé en échange d’étudier les techniques de relaxation et de concentration, ce qui m’oriente vers le Yoga et plus généralement les philosophies asiatiques. J’entre en contact avec le Yogate Institute de Bruxelles (dont je possède plus de 15 ans de cours dans ma bibliothèque).
Je rencontre Maître Taisen Deshimaru, un maître Zen venu enseigner le Bouddhisme en Europe ( il me dit que le Zen,   ne pourra m’aider car on ne le pratique pas dans un but utilitaire, néanmoins je me lance dans la méditation Zen: Zazen et la marche Kin-Hin ). Je ne m’intéresse pas par hasard à ces disciplines car deux grandes fédérations le ski et l’athlétisme cherchent à en tirer parti.

Je contrôle deux stages l’un à Wattignies, l’autre à Nancy, tous les deux pour faire passer la pratique du moniteur fédéral. Le premier est dirigé par Roger Baetens qui maîtrise fort bien le sujet et connaît ses stagiaires, et je sais la ligue des Flandres à la pointe du progrès.Ce sera pour moi l’occasion de vérifier que les Nordistes savent vivre et bien vivre, mais c’est une autre histoire. Roger ambitionne de devenir C T R de sa ligue, il le sera.
Le second concerne Robert Constant, père de Jean- Denis, dont on reparlera. Robert est à la Lorraine ce que Roger est aux Flandres mais il ne donnera pas suite à sa carrière. Là encore le sujet est dominé, c’est pour moi l’occasion de m’entretenir avec Charles Roesch qui projette de créer en France une annexe de l’école Tibor Harangozo dont il fait partie, les événements ne lui en laisseront pas le loisir.

Le stage que j’aurais aimé diriger.

La ligue de l’Orléanais me propose de diriger un stage avec ses meilleurs jeunes. J’accepte avec enthousiasme, d’autant plus que PJ m’a fait part d’un projet de ligue Touraine- Orléanais. Malheureusement, un cadre pressenti pour m’aider me demande de lui faire parvenir le programme. Je lui réponds que, dans l’ignorance de l’âge, du niveau, des systèmes de jeu des stagiaires je suis incapable de satisfaire sa demande et qu’un programme s’élabore sur place en coopération avec tous les cadres. Il me réplique que, dans ces conditions, il ne participera pas. Ne pouvant animer un stage dans une ligue qui n’est pas la mienne en conflit avec l’un de ses techniciens, je me désiste ce qui laisse le champ libre à mon contradicteur qui prend la direction, c’est peut-être ce qu’il voulait. La standardisation vient de pointer le bout de son nez. Cependant Gérard Jacob (AS Salbris) et Maurice Labière (Cour Cheverny) me demandent d’organiser dans leurs clubs respectifs des stages pour leurs jeunes. Le problème c’est qu’ils me logent dans des hôtels gastronomiques où j’aurai du mal à faire admettre que le menu ne convient guère à la pratique sportive. Le temps pour moi de voir un réel potentiel dans ces clubs.

J’effectue quelques stages en Lorraine et, lors des inter-ligues jeunes d’Egletons, je fais mes débuts dans la préparation rapprochée (échauffements, récupération). En réalité, Charles et moi expérimentons les effets de la relaxation en période compétitive, cela sera perçu par PJ comme une trahison et ma réputation à la ligue va en souffrir.

Tibor Harangozo.

Je fais sa connaissance lors d’un stage en Lorraine. C’est un entraîneur de réputation mondiale et qui dirige « L’Ecole Internationale Tibor Harangozo » qui compte parmi ses cadres Charles Roesch, Le Docteur Hudetz, Schreiner, Erwin Berg, Tomislav Térecik… et bien d’autres techniciens d’Europe Centrale. Le siège de l’école est à Sarrebruck où je serai invité pour un compte-rendu de mes recherches en relaxation et en concentration. Les thèses de Tibor sont proches de celles de Tchou Jen Long.

Pour lui, le geste sportif est ergonomique( il entend par là adapté au joueur et non l’inverse, en aucun cas il ne doit causer le moindre traumatisme), efficace ( l’action sur la balle est importante mais le joueur doit aussi rester capable de la diriger avec précision, doser l’effort, mettre l’adversaire en difficulté), évolutif ( le geste s’adaptera selon la taille, le changement de matériel,la relance adverse, il ne faut dons pas le figer),économique (rendement maximum pour un effort minimum). Il s’en suit que tous les gestes enseignés sont étudiés avec une précision d’horloger dans le moindre détail lors de la prise d’élan, la phase active, le retour à la position de base, en ce qui concerne le savoir de l’entraîneur. Il rejoint Tchou Jen Long sur le principe « C’est compliqué pour l’entraîneur mais ça doit rester simple pour le joueur ». Tibor a le souci principal de la bonne santé du joueur et se montre intraitable pour une prise de raquette défectueuse ou un geste traumatisant (il a fait médecine). Il ne tient rien pour vrai sans l’avoir soumis à l’expérience.

Féru de modernisme, il organise avec ses cadres des discussions interminables sur des détails qu’il estime cruciaux. Il utilise le robot, mais de façon intelligente surtout pour obtenir la régularité avec des déplacements importants. Pour lui, la précision dans la technique est indispensable pour devenir un joueur performant. Cependant, il s’intéresse surtout au sport de masse, l’élite étant la chasse gardée des fédérations. La technique qu’il enseigne ressemble beaucoup à celle de Tchou Jen Long, notamment avec la position par rapport à la balle, le rôle du coude, la nécessité de gestes courts, terminés près de la position intermédiaire.

L’évolution du matériel.

A Wattignies, j’ai rencontré Eugène Secrétin, le père de Jacques ; ayant laissé sa raquette au soleil, il constate qu’elle subit très peu l’effet adverse qu’elle retourne presque intégralement à son auteur, ce qui provoque des fautes. Il en a informé la fédération mais personne n’a bougé. Dommage car il vient de découvrir le principe de l’anti-top qu’un Autrichien, Tony Hold mettra au point !

C’est paraît-il un ingénieur de Moulinex qui a construit un prototype de robot à l’aide de deux moteurs de moulin à café (des témoins que j’ai bien connus l’ont vu pendant un stage). La fédération, là encore, n’a pas donné suite et c’est Stiga qui sortira le premier robot.

Si au début le backside a désorienté les joueurs- picot, c’est maintenant l’inverse qui se produit car la raquette picot retourne une partie de l’effet du backside vers celui qui l’a produit. On met au point la première raquette- combi avec une face backside et une face picot permettant une grande variation dans les effets, c’est l’Allemand Schöler qui la rendra célèbre en s’illustrant aux championnats du monde 1967 (bronze) et 1969 (argent) en pratiquant un jeu de défense.
Révolution culturelle oblige, la Chine sera absente de ces championnats et pour un certain temps, laissant ainsi le champ libre au Japon et à l’Europe.

Pendant ce temps, en Touraine.

On constate l’émergence des clubs qui ont fait le pari des jeunes et qui s’apprêtent à prendre le pouvoir: on peut citer l’Alauda ( entraînée par J. J. Brion), l’ US Joué (Paul Rougeux), la 4S (toujours sans entraîneur), le RS St Cyr (Henri Paillet),… l’étoile du P L La Fuye pâlit car il ne vit plus que grâce au recrutement d’adultes, le P P C Tours vieillit et est sur le déclin. Si le président Ceccaldi pense que le développement sensible à cette époque est dû à une tournée de l’équipe de Chine, j’ai tendance à penser que l’accès à l’automobile y est pour beaucoup.
Quant à moi, j’ai du mal à concilier ce que je vis au plan national et ce qui se passe au club où j’arrive à quelques accessits avec des jeunes que je ne peux pas à entraîner dans de bonnes conditions et que j’abandonne pendant les congés scolaires à cause de mes activités fédérales. D’ailleurs, au club, personne ne s’intéresse aux jeunes, aucune question ne m’est posée sur mes stages donc on ignorera ce que j’y fais car je n’en parlerai jamais.
J’ai alors acquis la conviction que beaucoup de licenciés aiment leur tennis de table et non le tennis de table. Ce qui a fait dire à un grand président : « Le tennis de table est un sport individuel pratiqué par des individualistes ». C’est malheureusement encore vrai aujourd’hui où l’on constate le peu d’empressement de nos licenciés à venir assister à des manifestations de haut-niveau, malgré la somme modique du billet d’entrée, entrée qui est parfois même gratuite.

Avec Charles Roesch, la révolution en marche.

Fin 1967, je reçois un courrier du président Duclos expliquant que la FFTT constate que le dispositif mis en place par Alex Agopoff ne fonctionne ni au niveau des seniors, ni au niveau des juniors, il s’agit bien entendu des résultats des équipes de France. Il envisage donc de demander au secrétariat d’état (nous n’avons pas encore droit à un ministère) la nomination d’un directeur technique national (D T N) et me demande si j’ai un nom à lui proposer.
Bien évidemment, il pose la question aux autres moniteurs fédéraux qui encadrent les stages nationaux. L’unanimité se fait sur un nom, Charles Roesch. Ça ne va pas traîner, très vite le comité directeur entérine et transmet la demande au secrétariat d’état. Charles Roesch n’attend même pas sa nomination officielle et se lance dans l’action, si bien, qu’un certain temps, il est à la fois prof de math dans son collège de Lorraine et D T N à la FFTT, ce qui prouve son formidable potentiel de travail qu’il s’apprête à démontrer pendant dix ans. Le moment est venu pour moi d’essayer de brosser le portrait d’un ami très cher doublé d’un patron comme on n’en fait plus, capable de se donner entièrement à sa mission.

Charles Roesch.

Ce qu’on sait le moins de lui c’est qu’il est un héros de la guerre 39-45, mais ça, je l’apprendrai par bribes quand nous serons intimes et surtout auprès des siens car il n’en parle guère. Alsacien de naissance, il est incorporé de force (« Malgré-nous ») dans l’armée allemande, envoyé dans une école d’officiers d’où il ressort lieutenant, expédié sur le front polonais d’où il déserte pour rejoindre la résistance polonaise. Il termine la guerre avec le grade de chef de bataillon (commandant ou lieutenant- colonel) chez les partisans puis avec l’armée rouge. Cette parie de sa vie, dont on parle peu en raison de la guerre froide, lui a forgé une volonté à toute épreuve. Il ne craint pas de prendre des risques, mais ceux-ci sont toujours calculés. Très rapidement, il élabore un plan de dix ans qui doit permettre à la France de sortir du ghetto des petites nations du tennis de table. Je ne pense pas qu’un autre DTN ait pu travailler autant que Charles car il assume plusieurs fonctions.
DTN, il s’attaque d’emblée aux trois secteurs clés que sont la promotion des élites, le développement du sport de masse, la formation des techniciens. Ne disposant au début d’aucun entraîneur national si ce n’est Alex dont il sait qu’il sera difficile de le convertir aux méthodes modernes (Alex est proche de la retraite), il fait appel aux moniteurs- fédéraux qu’il a pu former. Paul et moi donnons notre accord en précisant toutefois que nous nous retirerons dès qu’un encadrement professionnel sera en place, ce que Charles estime possible vers 1975 car il faudra former ces entraîneurs, ce qui est prévu dans le plan de dix ans… Il obtient cependant de la FFTT l’embauche de Tomislav Térecik (Tomi) pour le seconder car, à cette époque, les pôles n’existant pas, les jeunes internationaux sont dans leurs clubs auxquels seront à l’époque confiés des programmes d’entraînement que Tomi supervisera, ce qui lui promet une longue suite de voyages à travers l’hexagone.

Avec Tomi, il rédige un livret « Spécial-Technique » où il met à la portée de tous les éléments indispensables à un bond en avant : création d’écoles, initiation, formation fondamentale, prises de raquette, pré-initiation, initiation, sélection, programmation de l’entraînement sur dix ans, entraînement, forme et saisons, l’entraînement physique, plan de séances, circuit-training, auxquels il ajoute la formation des entraîneurs 1° degré. Jugeant la dénomination moniteur péjorative par rapport à celle des autres sports, il décide, non pas de repartir à zéro, ce qui ne manquerait pas de semer le trouble, mais de reprendre l’organisation d’Alex pour la faire évoluer selon le modèle des grandes fédérations (athlétisme par exemple). Les ligues formeront les entraîneurs premier degré (entraîneurs de club, initiateurs), pour le moment, la DTN poursuivra avec les entraîneurs deuxièmes degré aptes à encadrer des stages départementaux et régionaux et les entraîneurs troisième degré habilités à diriger des stages de ligue, à encadrer des stages nationaux, à former les entraîneurs premier degré, à organiser les commissions jeunes et technique régionales en attendant la nomination d’ un conseiller technique régional ( CTR) qui, lui, devra être titulaire d’un Brevet d’état  à l’époque le Brevet d’ État de Conseiller Sportif deuxième degré (le premier degré est un diplôme d’entraîneur professionnel de niveau club, à la rigueur de département et le deuxième degré est plus spécifique de l’entraînement de l’élite tout en préparant à la fonction de CTR, voire d’ entraîneur national); Charles demande à ses collaborateurs directs de passer ce brevet d’état et ouvre à L’I N S une école de cadres préparant à ces diplômes.

Je comprends le message et je vais m’atteler à la tâche, mais en autodidacte, car il n’est pas question que j’abandonne mon métier d’instituteur. L’ex moniteur devient deuxième degré, l’ex moniteur fédéral troisième degré mais il leur est conseillé une mise à niveau, soit en assistant comme auditeur libre à un stage correspondant à leur grade, soit à un stage spécifique qu’organisera un troisième degré dans leur ligue, ceci afin d’obtenir une certaine unité dans la technique au plan national. Chaque formation est sanctionnée par un examen théorique qu’il faut confirmer en passant la partie pratique en stage… on maintien le principe d’Alex : ce qui est acquis trop facilement n’a que peu de valeur pour le titulaire mais aussi pour les autres Charles, je l’ai déjà signalé, est à la fois au four et au moulin, coordonnant les actions, formant les cadres, entraînant et coachant les équipes de France, rendant visite aux ligues, montant des dossiers qu’il défend ensuite. Il est à la fois DTN, mais aussi homme de terrain dirigeant, démontrant, menant des séances de tennis de table et également de musculation, de décontraction, prenant la tête de footings…peu de DTN ont été aussi actifs, mais en 1968 il n’a pas les moyens humains dont les DTN disposent de nos jours. Charles visite notre ligue en janvier 1970.

De 1968 à 1975.

Durant cette période, je vais peu connaître de répit car je vais être employé pendant pratiquement  tous les congés scolaires, mon épouse et mon fils pourront me rejoindre une partie des vacances mais j’aurai peu de temps à leur consacrer. Je rappelle que beaucoup de cadres techniques opérant alors au niveau national sont des bénévoles, seuls nous sont offerts nos frais de déplacement et de séjour. Je ne vais pas raconter ma vie, primo parce que c’est sans intérêt, secundo parce que je suis loin de me souvenir de tout. J’évoquerai seulement ce qui me paraît essentiel, souvent à la lumière du développement. Tout d’abord, j’ai participé à l’encadrement d’un nombre de stages tel que je ne puis plus les évoquer avec précision.

Les stages.
Ils sont de quatre sortes : formation d’entraîneurs, détection des très jeunes, souvent de longue durée, stages-compétition, préparation des équipes de France jeunes.

Formation d’entraîneurs.

Ils ont en commun avec ceux d’Alex d’être très denses avec des horaires comparables et le recours à des intervenants extérieurs qualifiés, appartenant au corps enseignant de l’INS ou du CREPS. Ils s’en différencient par un enseignement du tennis de table plus pointu et en prise directe avec la compétition. Une part importante est dévolue à la préparation technique, la préparation physique, la préparation mentale, la préparation tactique. La pédagogie est également développée car, contrairement à l’idée reçue qui consiste à dire qu’un bon classement fait automatiquement un bon entraîneur, il y a un monde entre savoir-faire et capacité à enseigner, c’est à dire motiver, expliquer, se mettre à la portée de l’enseigné, trouver les procédés qui contribueront à sa réussite (échec rime souvent avec abandon). Les cours théoriques (en classe) alternent avec la pratique (terrain). Chaque fois que c’est possible, on fait venir des jeunes d’un club voisin.

L’ami Léo Bommer est un pourvoyeur avéré de jeunes à l’INS. Chaque geste technique est décrit avec minutie, on pourrait presque dire image par image, mais il s’agit de ce que doit connaître l’entraîneur, il n’est pas question de le réciter aux joueurs comme certains l’ont caricaturé, c’est une somme de connaissances qui doit permettre d’éviter les erreurs, de corriger les fautes, de perfectionner, de faire évoluer. On distingue trois familles d’exercices : réguliers ce qui ne signifie pas monotones mais dans la limite la plus efficace où l’on commet un minimum de fautes, tactiques ou semi-libres qui consistent à amener les joueurs dans une situation de match dont ils devront se sortir en jeu libre, en essayant parfois plusieurs solutions, compétitifs à thème (ex un joueur en top, l’autre en bloc).

Chaque entraîneur doit se montrer capable de faire la démonstration de ce qu’il exige et sera noté sur sa propre technique, le rôle des cadres étant aussi de lui fournir une analyse précise de son jeu. Au plan physique, Charles a fait réaliser par un professeur de l’INS un programme de 10 séances de musculation utilisant un matériel peu coûteux qu’on peut parfois confectionner soi-même : haltères légers, barres de musculation (qu’on peut fabriquer à parti de fers à béton, d’essieux de voitures), médecine-balls, manches à balai, bouteilles plastique lestées avec du sable ou de la limaille, etc… M. Pichon, le réalisateur des fiches, vient en personne les présenter quand le stage se déroule à l’INS.
Charles sait que les clubs ont peu de moyens ; son objectif est également d’intéresser un public recherchant la santé par le sport et différent de celui qui ne songe qu’à taper dans la petite balle. Il est convaincu de l’interdépendance entre le haut niveau et le sport de masse. C’est facile à vérifier dans notre ligue, les clubs opérant à haut-niveau sont aussi ceux qui ont une politique de développement.
Malheureusement, encore aujourd’hui, beaucoup pensent que l’excellence se mesure à l’aune du classement de l’équipe première plutôt qu’au nombre de licenciés. Quant à l’examen, il ne se fait pas obligatoirement dans la foulée du stage, on dispose du temps qu’on veut pour s’y préparer mais il reste noté avec rigueur au nom du principe qu’on ne peut pas confier des jeunes sans des garanties sérieuses.

La plupart de ces stages se déroulent à l’INS où nous disposons d’un vaste espace au centre de la grande halle d’athlétisme, ce n’est pas à proprement parler une salle mais au moins c’est très spacieux, bien éclairé, peu sonore et je ne peux m’empêcher de comparer ces conditions de jeu quasi idéales à celles misérables où évoluent mon club et bien d’autres. Ce stage a parfois été décentralisé dans un CREPS (Mâcon, Vichy) où tout semble parfait, loin de ce qu’est souvent la réalité du terrain. C’est presque toujours Charles qui les dirige, Tomi et moi l’assistons avec d’autres 3° degrés. J’en ai cependant dirigé deux à Mâcon.

Détection des très jeunes et apprentissage.

On retrouve là le principe de la colo mais cette fois-ci, le stage (sur sélection) se déroule dans un CREPS et dure de deux à trois semaines. Personnellement, j’en encadre un à Houlgate et dirige deux à Mâcon. Les jeunes sont proposés par les ligues. L’emploi du temps est partagé entre le tennis de table, le travail physique, un peu de théorie (préparation intellectuelle, le jeune doit comprendre ce qu’il fait et pourquoi il le fait). En tennis de table, tous les coups sont étudiés, y compris la défense car, en ces temps-là, on considère que l’option du système de jeu se fera entre 11 et 13 ans, selon les recommandations de la pédagogie sportive. Aux séances techniques sont ajoutées des compétitions sous différentes formes, par équipes, individuelles…afin de permettre à l’encadrement des observation précises du niveau, des progrès, du comportement, de la résistance à la fatigue, de l’intelligence de jeu…observations qui seront consignées sur le dossier du joueur. Au plan physique, est prévu un footing matinal (vers 7 heures) sous des formes variées, où le joueur apprend également à contrôler, au poignet, ses pulsations cardiaques afin de personnaliser son train étant convenu qu’au sortir du stage il doit être capable de se prendre en charge en ce domaine, c’est d’ailleurs vrai pour l’ensemble des disciplines (sauf s’il y a risque) car tous n’ont pas un entraîneur au club. Les séances de physique mettent surtout l’accent sur l’endurance, la souplesse, la coordination, la détente. On a recours à la gymnastique pour son côté acrobatique intéressant dans notre sport, aux sports collectifs qui procurent résistance à la fatigue mais aussi détente ainsi qu’à la natation, certains stagiaires apprennent à nager durant ces stages. J’y enseigne un peu la relaxation et des postures (asanas, étirements) simples de yoga qui améliorent la souplesse articulaire et préviennent les blessures…ces postures feront florès plus tard quand elles s’appelleront stretching. Chaque semaine, le jeune subit une batterie de tests physiques destinés à évaluer sa forme, ses progrès, ses aptitudes au sport de compétition. Il arrive que ce stage soit couplé avec un autre concernant des joueurs plus âgés pour permettre des confrontations entre générations.

Dois-je préciser qu’on rencontre beaucoup moins de filles que de garçons dans ces deux sortes de stages ? Et que le niveau technique de celles-ci est très en retrait, souvent un système à base de poussette et de bloc, ponctué d’attaques inopinées ? Une idée préconçue circule dans les clubs affirmant que la musculature des filles ne leur permettra jamais de développer les techniques masculines, ce que dément ce qui se passe dans certains pays étrangers et la façon dont elles jouent aujourd’hui. Seulement, voilà ! En tennis de table les préjugés ont la vie dure…et ceux-ci nuisent au recrutement des féminines. Les compétitions montées-descentes utilisées alors comme moyen pour varier les partenaires s’apprêtent à envahir les clubs bien que souvent elles génèrent les mêmes matchs avec les mêmes adversaires.

Stages-compétition.

Le principe en est très simple. Il s’agit d’aguerrir les jeunes en les confrontant à des situations proches de la vraie compétition contre des adversaires inhabituels.

Prenons un exemple : la FFTT se met d’accord avec la fédération belge pour en organiser un. Chaque nation présentera six garçons et six filles (c’est un exemple mais le nombre correspond à deux équipes de trois). Les jeunes sont prévenus, il ne s’agit pas de désigner un vainqueur mais de s’entraîner sous une nouvelle forme. On alterne compétitions et séances d’entraînement. Exemple : France A-Belgique A ; France B- Belgique B. par équipes de trois. A l’issue de la rencontre on fait le bilan de chaque joueur en y associant les intéressés eux-mêmes et leurs adversaires. On note les points forts, les faiblesses et, en commun, on construit une séance d’entraînement très individualisée où chacun va essayer d’améliorer son jeu. Bien entendu, un Français s’entraîne avec un Belge, ils deviennent partenaires d’entraînement. Puis on rejoue une compétition qui peut être individuelle…puis entraînement, etc.

Les cadres prennent des notes, consultent les coaches adverses, afin de remplir une fiche de stage où seront consignés la technique, le sens tactique et l’adaptabilité, les progrès, la concentration…afin d’établir un lien avec l’entraîneur du club. Ce n’est pas sans point commun avec l’actuel examen d’entraîneur fédéral. J’ai dirigé une délégation française à quatre reprises : à Londres (Cristal- Palace) et à l’INS avec les Anglais, à Wattignies avec les Néerlandais, à Bergamo avec les Italiens, fait partie de l’encadrement avec les Allemands plusieurs fois et avec les Soviétiques. Charles espère que ce type de stage se déclinera entre les ligues, les départements, les clubs, mais ses successeurs ne croiront pas bon de les continuer. J’y verrais une possibilité de créer une activité compétitive ponctuelle adaptable au développement et à un public qui souhaiterait ne pas s’engager toutes les semaines tout en se testant de temps à autre.

Stages de préparation.

Ils ont lieu tout au long de l’année puisque s’entraîner équivaut à se préparer. Dans les années 60-70, ils sont organisés pendant les congés scolaires, les jeunes étant en club le reste du temps. Il convient de bien les distinguer des stages d’apprentissage qui, eux, répondent à une intention de formation commune de base. Ils seront donc fortement individualisés. Ils répondent à des objectifs personnels : pour certains ce seront par exemple le championnat individuel régional et une qualification au championnat de France. Pour les meilleurs, le championnat de France et les championnats d’Europe des jeunes (je ne parle pas des seniors, n’ayant jamais eu à les entraîner). Ils obéissent à ce qu’on nomme à l’époque la périodisation de la forme. Quelques mots d’explication.

Contrairement à ce que souhaiteraient (et souvent pensent) certains dirigeants obnubilés par le championnat par équipes, un joueur ne peut être à son maximum (la forme) toute une saison. Le corps humain n’est pas une machine et quand on l’a trop forcé, il se défend et met en route un système de protection d’où une baisse de régime (il est prévenu par la fatigue, la douleur, des symptômes psychologiques tel le sentiment de saturation, la difficulté à se concentrer, la nervosité ou l’apathie…). Chacun le sait, il y a des jours où « tout va comme sur des roulettes » et d’autres ou rien ne marche. Périodiser (planifier) la forme c’est la programmer de telle sorte que le joueur soit au summum de ses moyens au moment de ses grands rendez-vous. Les stages de ce type ne se ressemblent pas au fil de la saison. Un joueur ne peut espérer que deux, voire trois moments de grande forme dans une saison sportive. Il faut la construire, l’amener, la maintenir, puis la laisser partir (période de récupération) et recommencer le cycle. Je ne vais pas vous infliger un cours qui nécessiterait tout un volume.

A titre d’exemple, en début de saison, que ce soit aux plans technique, physique, on travaille sur des efforts longs mais de moyenne intensité (endurance et régularité), on peut corriger, améliorer, enrichir la technique, au fur et à mesure qu’on se rapproche de l’objectif, ils deviennent plus intenses, plus brefs, plus proches de ce qui sera exigé en compétition (résistance, vitesse, force explosive…),  et on ne touche plus à la technique pour ne pas créer  le doute. Ce sont les stages que j’ai le plus encadrés avec ceux de formation d’entraîneurs. Nous n’avons pas à faire les programmes qui sont conçus par Charles et individualisés mais à les adapter et à transmettre par écrit toutes nos remarques Souvent organisés à l’INS, ils se déroulent, à l’approche de l’événement ciblé, parfois dans un CREPS plus proche du climat de la compétition. Ces stages ont été pour moi l’occasion de me lier d’amitié avec Tomi Térecik de qui j’ai beaucoup appris. Ils concernent les équipes de France mais aussi les élites régionales.

           Il va sans dire que de 1968 à fin 1974, je m’apprête à mener une vie sans répit, coincé entre mon métier, la préparation du diplôme d’état, les stages et les compétitions qui me mobiliseront durant tous les congés scolaires, sans compter les départs le jour de Noël pour ne rentrer qu’à la St Sylvestre, les voyages en train, parfois de nuit…mais pour moi ça n’a été que provisoire, c’est la vie du professionnel.

Pendant ce temps en Touraine.

1966, naissance du comité d’Indre et Loire avec Max Bourgeois comme président. 1968, celle de la ligue Touraine- Orléanais. Dans mon petit club, peu de personnes ne sont au courant car rien ne semble changer quand on reste au niveau départemental et, comme je l’ai déjà dit, chacun vit au rythme de son petit tennis de table, sans se préoccuper de ce qui se passe autour. Lors de l’AG fondatrice de la ligue, je pose une question sur ce qui se passerait au cas où un comité entrerait en désaccord avec la ligue. Je me fais incendier par PJ qui me rétorque qu’il faut avoir l’esprit tordu pour imaginer une chose pareille. Pourtant cela se produira en d’autres lieux, un comité entrera même en sécession (provisoirement heureusement !) avec sa ligue. Et si je dois reconnaître que le comité d’I&L a toujours été en symbiose avec notre ligue, je ne mettrai pas ma main à couper que ça ait été le cas partout. Il faut dire que j’ai un contentieux avec PJ : Il a obtenu un poste de CTR qu’il m’a offert et que j’ai refusé, m’estimant insuffisamment préparé et surtout dans l’attente de mon résultat au diplôme de conseiller sportif. A partir de là, certains dirigeants m’ont soupçonné de me désintéresser de la ligue, ce qui n’a jamais été le cas. Pris par la DTN, je ne serai jamais disponible pour la ligue, à mon grand regret. J’aurai plus tard du mal à m’y faire accepter.

En vue de cet examen, je me suis inscrit à la D R J S. Devant le préparer en autodidacte, je suis dans le flou pour la partie tronc commun :  histoire et législation du sport, anatomie, physiologie et médecine sportive, mise en condition physique, psychologie… Je dois, en ces domaines, une fière chandelle à la bibliothèque de Tours où l’on a su m’orienter et mettre à ma disposition les ouvrages de référence.

A la conquête du titre.

Charles me confie qu’il est persuadé que, s’il n’obtient pas de résultats probants dans les cinq premières années, les critiques ne manqueront pas de pleuvoir. Le titre qui lui apparaît le plus accessible est celui de champion d’Europe juniors garçons par équipes car il sent monter une

génération forte. Il n’en parle pas aux intéressés mais planifie leur carrière en ce sens. En attendant, il faut tirer le meilleur des titulaires actuels. Il m’incorpore au staff mais avec un rôle mineur : la préparation rapprochée. Je suis en charge de tout ce qui se passe avant et après les matchs ; échauffements physique et spécifique, et relaxation. Cela va jusqu’à planifier le sommeil, fournir en boissons et barres énergétiques, prévoir les horaires de repas, organiser s’il y a lieu les déplacements de l’hébergement à la salle et vice-versa, retenir des tables dans la salle réservée à l’échauffement et trouver des partenaires d’entraînement. Quelquefois, je joue les espions en allant observer les futurs adversaires. C’est un rôle obscur mais il faut bien que quelqu’un s’en charge.

  • 1966 Le tournoi européen des jeunes (on ne parle pas encore de championnat d’Europe) est précédé, à Vichy, au Centre International de Séjour, d’un stage de préparation franco-allemand.
    Le lieu est idéal, très confortable hébergement dans des blocs séparés, dans un parc immense que traversent plusieurs bras de l’Allier et comprenant une multitude de terrains de sport et d’espaces boisés, parfait pour une préparation. Ensuite, par le train, nous regagnons Paris, puis, en Wagons-lits, (pour limiter la fatigue du voyage) nous rejoignons Obertraum, en Autriche, lieu des compétitions (juillet du 14 au 19). Malgré une performance de Thierry Roesch sur le champion sortant, les résultats sont médiocres : garçons et filles terminent à la 11° place en juniors. Régis Canor remporte la consolante, réservée aux perdants des deux premiers tours, petite lueur d’espoir.
  • 1969 La dénomination championnats d’Europe des jeunes est adoptée. Ils se déroulent en Angleterre à Thornaby du 4 au neuf août (à noter le décalage qu’il peut y avoir entre deux éditions ce qui pose problème quant à la préparation). Le lieu d’hébergement est un ancien camp d’aviation de la R A F (où on logeait les aviateurs français pendant la seconde guerre mondiale), très confortable. Il faut se rendre en bus dans une cité à l’architecture futuriste, Teeside, dotée d’un très moderne gymnase : Signe encourageant : les garçons terminent à la sixième place, faisant entrer la France dans le cercle très fermé des huit premiers dominés par la Tchécoslovaquie, la Suède, la Hongrie, l’Union Soviétique, les pays de l’Est étant très forts à cette époque. Les filles sont onzièmes. Le challenge féminin porte le nom de « Coupe Pierre Ceccaldi » (offerte par la FFTT en hommage à son ancien président décédé dans l’année).
  • 1971 Les championnats du monde seniors ont lieu à Nagoya (Japon). C’est un junior suédois, Stellan Bengtson qui remporte le titre, ceci pour situer le niveau des championnats jeunes à venir qu’il remportera. La France se hisse à la sixième place, résultat inespéré dû bien sûr à la classe de Jacques Secrétin mais également à l’utilisation par Jean-Paul Weber de la raquette antitop qui lui permet d’être invaincu par équipes mais, lors des simples, l’effet de surprise ne joue plus.

Les championnats jeunes devant se dérouler à Ostende (Belgique), Charles, pour la préparation, a choisi le CREPS d’Houlgate proche de la Manche en raison du climat voisin de celui de la mer du Nord. Comme à chaque fois, c’est lui qui dirige la préparation tout comme il assurera le coaching. Il me fait part de ses préoccupations. Sa politique est contestée au congrès fédéral de Vichy, puis par le secrétaire général de la ligue Poitou-Charentes : en gros on l’accuse de vouloir favoriser les compétitions individuelles au détriment des championnats par équipes privilégiés par la majorité des clubs, c’est un faux procès mais, afin de ne pas charger ce paragraphe, j’y reviendrai plus loin. Il ne cache pas qu’il remettra son mandat en jeu en cas d’échec. Il ne compte pas trop sur la compétition à venir mais elle doit servir de rodage à une nouvelle équipe et tout se jouera en 1972.
Le stage de préparation se fait avec la délégation soviétique, une énorme pointure. Le passé militaire de Charles lui facilite les relations avec les pays de l’est. Les Russes nous sont nettement supérieurs, notamment au plan physique avec une grande amplitude dans le jeu de jambes, des coups terminaux explosifs, des attaques-revers puissantes. Les moustiques normands s’invitent la nuit, il faut y veiller. Le déplacement vers Ostende se fait en bus pour éviter les changements de train. Nous sommes logés dans une université protestante avec une bible sur la table de nuit. Il pleut, la Mer du Nord est grise mais impressionnante à cause de la longueur de la plage et du trafic maritime.

Août du 17 au 22.

L’épreuve est écrasée par nos amis soviétiques qui s’adjugent sept médailles d’or et cinq d’argent. Notre route s’avère semée d’embûches mais nous avons quelques raisons d’espérer. Garçons et filles terminent à la septième place par équipes, Claude Bergeret et Jean-Denis Constant y font preuve d’une énorme combativité. Et surtout, en simples juniors, Philippe Molodzoff conquiert une belle médaille de bronze bien que lésé dans son timing de préparation par l’abandon prématuré d’un Russe blessé. Enfin un podium !

1972.

Tout se jouera cette année-là. Charles dispose d’une équipe juniors garçons très solide avec des jeux variés, ce qui est un atout : Christian Martin défenseur très actif, utilisant la raquette combi (picot dans le coup-droit), Patrick Birocheau, top-spineur coup droit, Jean-Denis Constant joueur à rotations variées, dont le side- spin, Philippe Molodzoff et Jean- Claude Decret solides attaquants. Le coach peut faire tourner ses joueurs pour une meilleure récupération. Toute la saison, l’entraînement a été renforcé et très individualisé. Les championnats d’Europe devant se dérouler à Vejle, au Danemark, la préparation se déroule à l’INS pour les ultimes réglages, puis à Malente, dans une école de sport, en Allemagne du nord, près de la frontière danoise, toujours pour s’adapter à un climat proche de celui du lieu de compétition et éviter un trop long voyage avant les épreuves. La préparation se fait avec les Allemands au plan tennis de table avec le rythme de la compétition. Nos jeunes restent soumis à un entraînement physique drastique par intervalles brefs mais intenses. C’est un bus qui nous amène à Vejle, dans un centre de sport très confortable, les repas servis sous forme de buffet permettent à chacun de se sustenter de manière agréable,équilibrée et adaptée aux horaires.

Et c’est le résultat tant attendu. Les Français sont en finale contre les Tchécoslovaques… Ils le doivent beaucoup à Christian qui a gagné tous ses matchs et à Jean-Denis qui a été l’âme de l’équipe en stimulant ses partenaires. En finale, Christian assure ses trois points, Jean-Denis en marque un et Philippe remporte le match décisif à l’arraché avec une excellente vision du jeu. C’est le sacre qui se termine dans la piscine, DTN compris. Les résultats individuels ne seront pas aussi brillants. Christian est battu en quart par Savnik (Yougoslavie) futur vainqueur du tournoi… Savnik, après avoir amené Christian à la règle d’accélération, le déstabilise en jouant à l’envers, c’est à dire poussant lorsqu’il sert et attaquant dès le service adverse. Autre bonne performance : la paire Claude Bergeret-Brigitte Thiriet atteint les demi-finales. Pour la première fois depuis longtemps, la France obtient un titre européen. Voilà de quoi faire taire les détracteurs ; ironie du sort, Charles qu’on accuse de vouloir léser le championnat par équipes obtient un résultat probant dans ce domaine !

Côté négatif. Les jeunes, qui tout au long de l’année ont suivi un régime de vie sportive spartiate, éprouvent une sorte de ressentiment vis à vis de Tomi responsable de leur préparation alors qu’il n’a fait qu’appliquer le programme. Ont-ils pris conscience que c’était le passage obligé pour accéder au titre, car nous étions loin d’être favoris ? Les résultats des épreuves individuelles auraient pu tempérer leur euphorie. Mais comme l’exprime le dicton : « la victoire n’appartient qu’aux joueurs ».

1973.

A noter que cette année-là, Nicole Pillière, Touraine-Orléanais, est finaliste du championnat de France individuel face à Claude Bergeret, ce qui lui vaudra d’être sélectionnée en équipe de France. On n’a peut-être pas suffisamment dit que Nicole est une joueuse qui a eu le grand mérite de se faire seule, dans un style qui lui est propre, tout en menant de pair sa vie familiale et sa carrière d’enseignante alors que ses rivales ont bénéficié d’avantages appréciables.

En 1972, suite à l’excellent résultat des juniors et à ma réussite au deuxième degré de conseiller sportif, on m’offre un poste d’entraîneur national que je décline (j’y reviendrai plus loin). Dès lors, je sais que mes activités avec le haut- niveau vont cesser, mais Charles me demande de rester encore au moins deux années, en attendant que la première promotion de l’école des cadres qu’il a ouverte à, l’INS soit opérationnelle. Je reste donc attaché à la préparation des juniors qui ont perdu Martin et Molodzoff devenus seniors.

Juillet 1973

Les Championnats devant se dérouler au Pirée, le port d’Athènes, la préparation est prévue au CREPS de Boulouris, de Fréjus-St Raphaël, à cause de son climat méditerranéen, malheureusement cet établissement confortable, construit dans une pinède qui s’étend en pente douce jusqu’à sa plage privée n’a qu’un rapport lointain avec la canicule que nous allons devoir supporter en Grèce…mais s’il n’y avait que cela !
Depuis le début de saison, la FFTT s’est adjoint un nouveau médecin fédéral, que je nommerai le docteur P. Ce qui va suivre a été longtemps sujet tabou, mais,47 ans plus tard, on peut parler de prescription. Ce docteur P.soutient avec force une théorie basée sur la respiration contrôlée et l’économie d’énergie qui, selon lui, doit révolutionner la préparation physique et mentale du joueur. Il effectue même une brillante conférence sur ce sujet dans un amphithéâtre de l’INS bourré de médecins, kinésithérapeutes sportifs, de dirigeants et d’entraîneurs.
Malgré un médecin de l’INS qui affirme que ces thèses bien que connues n’ont pas résisté à l’expérimentation, l’auditoire reste subjugué. Nous n’avons, au cours de la saison, pas pu mener la préparation physique telle qu’elle avait été programmée, le docteur P interférant sans cesse dans nos séances et imposant aux jeunes un régime de vie draconien et épuisant: par exemple footing au petit matin donc lever à quatre heures (à l’aurore), petit déjeuner, « sieste!!! », reprise des activités, efforts en apnée (ex courir cent mètres en apnée, trottiner sur trois cents mètres en récupération, etc.., escalader une pente ,toujours en apnée…). Tomi et moi sentons que ça cloche quelque part, les jeunes se plaignent d’insomnie et de courbatures que le bon docteur prétend effacer avec des exercices respiratoires et l’auto-massage.

Août du 5 au 12.

Nous prenons le bus pour l’aéroport de Nice, Charles rate l’avion suite à une blessure au genou. Changement d’avion à Rome. A l’arrivée à Athènes, nous apprenons qu’une heure auparavant les fedayins (O L P) ont mitraillé la foule, la vue de traces de sang ne remonte pas le moral. Nous rejoignons notre hébergement et c’est calamiteux. Dans un hall de collège, on a improvisé un vaste dortoir où se mélangent toutes les délégations dans une chaleur de four. Charles, qui a fini par nous rejoindre et le délégué fédéral décident de chercher un hôtel. Nous logeons au « Cavo d’Oro », très confortable et climatisé avec deux inconvénients majeurs : il est loin de la salle de sport, nous aurons recours à des taxis ; l’énorme différence entre la température de l’hôtel et celle des aires de jeu est un handicap…
Nous essayons Tomi et moi de le pallier par un footing matinal léger sur la plage. Les choses se gâtent, le docteur P s’empare de la préparation des joueurs en proposant des exercices respiratoires, des étirements et surtout en leur imposant d’enfiler le survêtement après les rencontres alors qu’il règne une chaleur saharienne et que les autres nations circulent en maillot de bain. Les jeunes parmi lesquels on retrouve Jean-Denis Constant, Patrick Birocheau et Patrick Gernot, futur Quatrésien, les filles dont Brigitte Thiriet, Patricia Le Ny, Dominique Szalka suffoquent littéralement.
Une fille fait même une crise de nerfs que le docteur P soigne avec une paire de gifles et une douche. Les résultats sont décevants avec la 6° place des juniors garçons et la 11° des filles. Mais ça s’explique…Si je me suis étendu sur cette histoire, c’est qu’elle ne s’arrête pas là. Je me suis laissé dire que, par la suite, le bon docteur P, après avoir donné des cours dans des écoles de médecine, a été démasqué par ses « confrères ». Car il n’est même pas médecin, tout juste infirmier, mais il a réussi à berner des tas de gens.

Cet exemple montre bien que nous devons nous méfier car la délinquance se glisse partout. Notre ligue est bien placée pour savoir qu’également la pédocriminalité rôde dans les milieux sportifs. Dans ce cas que je viens de citer, personne n’a cru bon de se renseigner sur ce personnage tombé du ciel. La leçon à en tirer est que nous avons le devoir de nous informer avant de confier des responsabilités à qui que ce soit.

Pendant ce temps en Touraine-Orléanais.

Paul décide de mettre un terme à ses activités fédérales en raison de son club qui prend de l’importance et de la ligue qui, pour le moment, ne peut s’appuyer que sur le bénévolat. J’aimerais pouvoir en faire autant mais les conditions d’accueil de mon club sont si précaires qu’on peut craindre le pire qui d’ailleurs ne tardera pas à venir. En attendant, je m’attelle à la préparation de la première partie du brevet d’état. Pas simple avec mon travail, quelques jeunes que je ne veux pas abandonner, et mes déplacements à la bibliothèque de Tours, mes congés scolaires étant absorbés par mes fonctions à la DTN.

C’est en 1970 que j’ai prévu de me présenter. L’examen se déroule en trois parties. Un écrit organisé à la DRJS, pour moi donc à Orléans. En cas de réussite (obtenir la moyenne), on est convoqué à l’INS pour passer les épreuves pratiques puis orales qui s’étaleront sur une semaine entière.

1970, Mars ou Avril. Je planche dons à la DRDJS sur deux dissertations, chacune de quatre heures, la première portant sur la culture générale sportive, l’autre plus axée sur la législation, l’administration, l’éthique, l’histoire du sport. Sont également notées l’expression écrite, la construction et l’argumentaire. En juin, je suis convoqué à l’INS pour une semaine et il faut l’intervention du ministère pour que mon administration consente à me libérer. Je passe la partie pratique sur deux jours. Le premier je dois démontrer tous les coups du tennis de table sur différents types de balles, puis à mon tour relancer sur mon partenaire (un jeune d’un club francilien) dans des exercices imposés. Je reprends la démonstration des coups mais en en donnant la description ainsi que les erreurs les plus courantes. Ensuite je suis invité à conseiller mon partenaire sur quelques gestes demandés par le jury (Alex Agopoff, Robert Parmentier et un prof d’EPS garant de leur impartialité).Le lendemain, on me confie un petit groupe de jeunes que je dois étudier, c’est à dire évaluer avec points forts et points faibles, puis j’ai à leur construire et faire exécuter une séance de tennis de table d’apprentissage (thème principal: attaque revers), une séance de mise en condition physique générale, une deuxième séance de tennis de table (thème principal: démarrage sur poussette). Je n’effectue pas les séances entières, le jury choisit. Ensuite, muni d’un planning qu’on m’a remis, je me présente à différents ateliers d’oral selon les différentes matières du programme où sont notés le contenu certes mais aussi l’expression orale et la manière dont nous nous comportons devant un contradicteur. Les jurys sont composés de cadres de l’INS, de professeurs d’EPS et de titulaires du deuxième degré de l’examen.

Je reçois le résultat environ un mois plus tard, admis à la première partie, je suis dorénavant qualifié pour devenir entraîneur de club rémunéré. Il faut attendre un an avant de se présenter à la deuxième partie (acquérir de l’expérience).

1972, Si la deuxième partie s’agence comme la première, le niveau monte d’un cran et je sais gré à la bibliothèque de Tours de m’avoir préparé une liste complète d’ouvrages sur le sujet. L’écrit fait appel à des notions beaucoup plus pointues en biologie, biomécanique, balistique, pédagogie, psychologie, etc… C’est au candidat d’élever le niveau car il faut faire l’étalage de ses connaissances. Pratique et oral à l’INS comme pour la première partie. En pratique on me confie un groupe que je dois évaluer et qui est supposé être une sélection pour les inter-ligues (aujourd’hui championnat de France des régions). A partir de là, je dois construire une séance de tennis de table et une autre de mise en condition physique de début de saison, puis la même chose à proximité de la compétition (on retrouve la périodisation de l’entraînement). Dans le jury, Yvon Carles (dont je reparlerai) et un prof. Quant à l’oral, il se déroule comme la première partie si ce n’est que les questions du jury se font plus difficiles et requièrent plus de précisions dans les réponses.

Comme pour la première partie, je reçois le résultat un mois plus tard, et, grosse surprise, je suis reçu premier, tous sports confondus ! Le second est Gérard Leroy, également du tennis de table. Cet excellent résultat couplé avec la performance des juniors vaut à la FFTT un poste d’entraîneur national, on me le propose, j’hésite un moment puis je le refuse, c’est donc logiquement Gérard qui l’obtient. Voici les raisons qui m’ont poussé à ce refus: d’abord mon épouse accepte mal de se retrouver seule car la vie d’entraîneur  national exige des déplacements longs et fréquents; on me confierait l’équipe de France juniors alors que c’est le sport de masse qui m’attire; en qualité de joueur je n’ai aucun vécu dans le haut-niveau, ce qui me paraît indispensable pour assumer cette fonction; de plus, j’ai un métier que j’aime et le poste me semble devoir être attribué à un jeune ayant la vocation, j’ai à ce moment-là trente-huit ans. Quant à la place de premier, je n’en tire aucune gloire, d’ailleurs par la suite d’autres pongistes l’obtiendront, parmi eux Pascal Canteux, Yves Régnier, j’y vois plutôt l’excellence de nos formations fédérales qui préparent aussi à la fonction de CTR comme le B E 2. Je sais qu’en refusant ce poste je mets fin à mes fonctions à la DTN car l’entraînement de l’élite ne pourra plus être assumé que par des professionnels même au plan régional. 1973 et 1974, je suis du jury d’examen de conseiller sportif.

Charles crée un quatrième grade, entraîneur fédéral qui n’a rien à voir avec ce qu’on appelle ainsi de nos jours (il faut être 3° degré et titulaire du 2° degré du conseiller sportif). Pour lui, les entraîneurs fédéraux constitueront un corps de réserve (comme à l’armée) qu’on pourra mobiliser pour des opérations ponctuelles (stages, remplacement temporaire d’un professionnel, aide aux CTR, etc.) J’obtiens ce titre suite à une décision de la FFTT mais il sera tellement dévalué, avec le successeur de Charles qu’il ne me sera d’aucune utilité. Ce que je suis en train de raconter, je n’en ai jamais parlé, encore moins au club. Plus tard, j’aurai l’occasion de rencontrer beaucoup de dirigeants ignorants en la matière et n’ayant aucune idée de ce que peut représenter un brevet d’état au niveau du travail à fournir et des compétences à acquérir.

Dernières activités fédérales.

Je dirige encore, au CREPS de Mâcon, un stage de longue durée pour les plus jeunes couplés avec une formation (dite en situation) d’entraîneur deuxième degré, certains juniors nationaux la suivent. Sous la direction de Gérard Leroy, j’encadre, à l’INS, un stage de sélection pour les internationaux d’Allemagne juniors. Je suis en charge des filles à qui je propose une batterie de compétitions qui permet de retenir les trois premières (comme nous faisons d’habitude). Gérard s’y prend différemment en formant l’équipe garçons d’après ses observations (petit signal du désir de rompre avec les traditions). C’est moi qui conduis, par le train, la délégation française en Allemagne où Charles nous rejoint pour coacher les garçons. Pour ma dernière sortie internationale, j’aurai la satisfaction de voir Patricia Le Ny monter sur la plus haute marche du podium..Mon dernier stage me laisse un mauvais souvenir. Il se déroule à l’INS, entre Noël et le premier de l’an, en général on ne se bouscule pas pour encadrer en cette période de l’année ; des énergumènes d’un stage de judo viennent la nuit harceler nos filles. Après deux nuits sans dormir, je me résous à demander aux cadres du judo d’intervenir: ça ne traîne pas, les coupables sont immédiatement renvoyés chez eux et une sanction disciplinaire qui nous sera communiquée les bannira des stages pour une longue période. On ne badine pas avec la morale au judo !

Sous l’impulsion d’Yvon Carles (CTR Champagne- Ardennes) et avec l’appui de Charles Roesch, a été créée une Amicale des Entraîneurs Français de Tennis de Table (AEFTT), et, dans la foulée, sa revue: « Technique pour Tous ». Le but de l’amicale est de tisser des liens entre techniciens, participer à l’information et au recyclage, faire des propositions à la FFTT, éventuellement défendre un entraîneur victime d’injustice… Bien entendu, j’y adhère et écrirai quelques articles pour la revue où je suis bombardé rédacteur en chef adjoint.
Ce sera pour moi un lien précieux pour garder le contact quand j’aurai réintégré mes foyers.

Pendant ce temps en Touraine-Orléanais.

Je constate que notre ligue, si elle ne se signale pas encore par de grands résultats, démontre une activité débordante (lire « Histoire du tennis de table au cœur du Centre-Val de Loire » de Romain Bardin). Quelques exemples : Salbris organise la dernière édition du championnat de France des moins de 15 ans (qui se transformera en Premier Pas Pongiste où notre ligue s’illustrera par le nombre de participants) ; PJ et Max Bourgeois lancent les journées de l’amitié pongiste qui jumellent France vétérans et tournoi des grands vins de Touraine que le CILTT organisera durant 17 ans. Le même CILTT a accueilli France- Japon à Tours. En 1972, l’US Joué accède à la N2 par équipes (Paul a gagné son pari), l’US Alouette, impulsée par Jean-Jacques Brion, est meilleur club féminin, (Demay N° 10 française). Michel Delbord, premier CTR de la ligue et issu de l’école des cadres de l’INS lance le premier stage entraîneur 1° degré. Le général Jean Mercier est élu président de notre ligue en 1974 après un parcours brillant à la FFTT et l’ITTF et une carrière de Juge- Arbitre puis de formateur…etc.. etc… Je reviens donc chez moi dans une ligue très active. Mais je ne pourrai pas de sitôt m’y intégrer. Petite remarque : si on a pu reprocher à Alex ses manques de résultats internationaux, il convient de lui rendre justice quant au sport de base car une dynamique s’est enclenchée et de nombreux clubs se sont lancés dans la formation des jeunes.

De 1975 à 1978, petit break pour moi.

En 1975, j’informe le club que je ne serai pas disponible. Le dernier de mes jeunes est parti interne au lycée, je ne désire pas en former d’autres dans une salle aussi petite et malsaine mais une jeune femme se déclare prête à prendre le relais. Je dois me recycler en qualité d’instit, l’inspection académique me harcèle car j’ai pris du retard en ce domaine. Ma femme et moi voulons faire construire, mon temps libre sera absorbé par la recherche d’un terrain, sa viabilisation, la surveillance des travaux, les multiples bricolages qui suivront…et puis je souhaite souffler un peu. Le club paraît bien géré par la nouveau comité-directeur qui aligne trois équipes malgré l’exiguïté de la salle. Je paierai mes cotisations sans ne rien contrôler…c’est une erreur. En 1978, un joueur affolé viendra solliciter mon aide, le club étant au bord de l’extinction, ce que je redoutais…la suite dans la troisième partie…si j’y parviens… 

Petit appendice. Sommes-nous un vrai sport d’équipe ?

Dans ce qui suit, je ne voudrais pas passer pour un ennemi du championnat par équipes. Il concerne le gros de nos troupes, ce serait suicidaire de ne pas lui accorder l’importance qu’il mérite. Mais nous devons nous poser les questions suivantes : Pourquoi revendiquons-nous le tennis de table comme presque essentiellement sport d’équipes quand les autres sports de raquette ne le font pas ? La quasi dictature de l’équipe sur l’ensemble des clubs ne ferme-telle pas la porte à tous ceux qui voudraient jouer au ping-pong autrement ? Comment se comporterait-on vis à vis d’un joueur fort qui déclarerait ne vouloir disputer que des rencontres individuelles… Ce qui s’admet aisément dans d’autres disciplines ?

On a fait de faux procès à Charles Roesch en l’accusant de vouloir supprimer le championnat par équipes, alors qu’il a seulement mis en avant qu’il ne devait pas être l’unique préoccupation de l’élite car n’importe quel joueur ne peut progresser qu’individuellement. Je m’explique. J’ai dit, dans la première partie de mon exposé qu’à ses origines, le tennis de table n’avait pas eu le choix et avait opté pour la solution : un maximum de joueurs dans un minimum d’espace sur un minimum de tables. Mais les circonstances ne sont plus les mêmes. Reconnaissons d’abord que notre sport ne se compare pas avec les sports collectifs comme le foot, le basket, le hand où l’équipe prend tout son sens : on ne joue pas au foot individuellement, pas d’équipe, pas de match. Au tennis de table le score d’une rencontre n’est que l’addition de points marqués lors de duels, le seul moment par équipe est le double, les autres victoires sont individuelles. Imaginons un instant un match qui se déroulerait de la façon suivante.

Supposons une rencontre Centre-Val de Loire contre Bretagne, de telle façon qu’aucun des joueurs ne connaisse ses équipiers (formule à trois joueurs, sans le double). Les joueurs sont dans des chambres individuelles d’où ils ne sortent que pour jouer, à l’appel de leur nom, A et X font leur match, puis regagnent leur chambre, on appelle B et Y, même scénario, puis Cet Z etc. A la fin de la rencontre, le JA totalise les points, fait signer la feuille, déclare un vainqueur. C’est très faisable et cela démontre que le match par équipes n’est que la somme de performances individuelles. Où est l’esprit d’équipe là-dedans ? D’accord, ça n’est que pure fiction mais la réalité s’en approche. Dans certains cas, (Pro A ou B) les joueurs ne s’entraînent pas ensemble et ne sont réunis que pour la compétition. Sont-ils présents avec leurs coéquipiers ceux qui, après avoir joué, sortent fumer leur cigarette pendant la rencontre suivante ? Ou encore ceux qui, même sur le banc de touche, louchent sans arrêt sur leur smartphone ? Essayez de faire tout cela dans un authentique sport d’équipe ! Et qui pourrait affirmer sans broncher que seuls des motifs altruistes animent un joueur ? (On a perdu mais j’ai gagné tous mes matchs !) Que certains ne jouent pas en ne pensant qu’à leurs propres résultats ? L’entraînement, qui est une part importante de la pratique, est purement individuel. Une plus juste définition serait : « le tennis de table est un sport individuel joué majoritairement dans un championnat par équipes ». Nous ne saurons jamais si cette domination tyrannique de l’équipe (et souvent l’équipe première) n’éloigne pas de nous des publics qui verraient la chose autrement. Charles Roesch a aussi voulu dire que le championnat par équipes ne devait pas perturber la préparation des internationaux, il est évident qu’il ne visait nullement les compétitions régionales et départementale.

Avant de refermer ce chapitre de ma vie, j’exprime ma reconnaissance à tous les gens merveilleux que j’ai croisés, j’en ai cité, j’ai aussi rencontré Michel Haguenauer, Guy Amouretti, Victor Barna, Hans Alser à Malente et au Pirée quand il était devenu entraîneur,, Stellan Bengtson , de grands  dirigeants… parmi eux, Maurice Grainetier, prof d’un lycée privé de jeunes-filles, également entraîneur et dirigeant d’un club féminin remarquable, «Le Gai Castel de Voiteur ( Jura); hélas, Maurice est décédé tragiquement, envoyé comme missionnaire par sa hiérarchie à Madagascar, malade, il n’a pu être secouru.

Je voudrais également dire que nous pouvons être en désaccord, la pensée unique est une calamité mais ça ne devrait jamais déboucher sur l’animosité, voire la haine…Enfin, je vous laisse méditer sur cette pensée de Stephen Hawking:

           « L’intelligence est la capacité de s’adapter au changement ».

SOUVENIRS, SOUVENIRS  3. Des années 80 à 2007.

 

Avec le comité départemental et la ligue, riches heures.

Avec le club, le divorce; quel tennis de table voulons-nous?

Les sous-titres annoncent la couleur. Tout va se passer comme si tout pas effectué vers le CILTT et la ligue m’éloignait d’autant du club. J’ai un temps hésité à en parler, puis j’ai décidé de ne rien, cacher; je donnerai donc les raisons qui m’ont incité à quitter un club dont j’étais membre fondateur, que j’ai entraîné bénévolement (bien que titulaire d’un B E ce qui ne doit pas être si courant) pendant 20 ans comme entraîneur principal et plus de dix ans comme intervenant en milieu scolaire,dont j’ai été secrétaire et correspondant, que j’ai sauvé du naufrage voilà près de 40 ans. Mais peut-être n’ai-je pas su m’y prendre aussi vais-je relater les faits sans les commenter.  Auparavant, je souhaite rappeler quelques principes de l’éthique de l’éducateur sportif qui ont toujours guidé ma conduite.

Quelques règles d’éthique.

Énoncés voilà presque soixante ans, je pense qu’ils sont toujours d’actualité.

Chacun à sa place: le dirigeant dirige, l’arbitre arbitre, l’entraîneur entraîne; ne pas confondre les rôles et, en cas de divergence, éviter tout conflit et ne pas hésiter à recourir à l’arbitrage d’une instance supérieure. Le comité départemental, la ligue, la DDJS peuvent aussi conseiller utilement. Mieux vaut s’asseoir autour d’une table que d’aller à l’irréparable.

L’activité de l’entraîneur se fait au grand jour. Si d’autres adultes sont dans la salle, c’est mieux que de s’isoler avec des enfants. Éviter toute attitude équivoque avec ceux-ci. Ne jamais se retrouver seul avec un mineur.

L’éducateur est un exemple. Rien dans sa conduite ne prête le flanc à la critique. Son langage est châtié, sa tenue soignée, il se montre compréhensif et patient, sans jamais se mettre en colère. Tous ses joueurs ont droit à la même attention, pas de favoritisme envers les meilleurs. Il est évident qu’on ne fume pas et ne boit pas de l’alcool devant des enfants.

Chaque club doit avoir un règlement intérieur accessible à tous et si possible affiché dans la salle. Celui-ci prévoit qui statue en cas de faute grave, une commission de discipline élue, le comité directeur…là encore ne pas hésiter à consulter le comité départemental, la ligue, la DDJS et si besoin des représentant de la justice (ne pas étouffer une affaire grave). En aucun cas une personne seule ne rend la justice, l’éducateur comme les autres.

Primauté du diplôme. S’il faut nommer un directeur, c’est celui qui a le diplôme le plus élevé qui dirige. Néanmoins, le travail en équipe est toujours préférable et il est mieux d’associer aux décisions tous ceux qui sont en charge de les appliquer.

Seuls les titulaires d’un brevet d’état peuvent prétendre à rémunération. Cependant il est préférable que les professionnels sachent travailler avec des bénévoles car certains sports doivent encore compter sur ceux-ci. Au club d’envisager comment il peut récompenser, valoriser le travail des bénévoles qui s’investissent en permanence.

Au cas où un entraîneur ne trouve pas dans un club les bonnes conditions de travail, qu’il soit professionnel ou bénévole, ne pas chercher à changer le club, changer de club. On ne peut imposer à un éducateur d’agir en contradiction avec ses propres convictions. D’où la nécessité pour un professionnel de bien étudier son contrat…et pour un bénévole de faire établir un protocole précis (ce qui ne se fait presque jamais).

Registres à tenir par l’entraîneur. Au moins deux. Le premier pour les présences à chaque séance en vérifiant si possible les motifs d’absence, d’où un contact régulier avec les parents. Dans le deuxième, l’éducateur consigne ses horaires d’arrivée et de départ, le contenu de la séance, ses remarques, son bilan, le nom de ceux qui l’assistent, les incidents éventuels… C’est valable autant pour les pros que les bénévoles…et ça n’est pas toujours respecté.

Parler fréquemment avec les parents, organiser des réunions. L’entraîneur participe à

l’éducation . Bien entendu, dialoguer avec les jeunes eux-mêmes est impératif.. S’agissant de leur éducation, ils ont le droit d’avoir des explications, d’exprimer leur avis, leur adhésion est nécessaire ( ne pas imposer mais convaincre)

Ces règles, je les ai reçues pendant ma formation et je les ai transmises. Ce qui implique que, si les dirigeants n’ont pas à interférer dans la conduite des séances, ils ont un droit de regard sur ce que fait l’entraîneur et le devoir de se documenter sur l’entraînement. Nous en reparlerons.

1978. Retour vers le tennis de table.

J’ai expliqué plus haut pourquoi j’ai interrompu mon parcours en tennis de table. Je n’ai pas tout à fait perdu mon temps. Lors d’un stage de recyclage d’enseignants, je découvre un nouvel aspect de l’EPS. On s’éloigne du côté sportif mais pour mieux y revenir. Il s’agit de l’éducation psychomotrice. On va proposer à l’enfant des activités qui lui permettront de maîtriser son corps, l’espace, le temps. On améliore la latéralisation (gaucher ou droitier?), le schéma corporel (l’idée qu’on se fait de son corps et de sa position dans l’espace), l’organisation spatiale, l’organisation spatio-temporelle (l’espace et le temps), l’organisation temporelle, l’éducation de l’attitude.

Des exercices de coordination oculo- manuelle (l’œil et la main) sont particulièrement intéressants pour le tennis de table. Cette éducation psychomotrice est présentée dans « Spécial -Technique » et bien connue des animateurs de baby-Ping, mais en 1978 qui la pratique vraiment?
Elle est essentielle si nous voulons intéresser les très jeunes, mal faite elle se traduit en tennis de table par une suite de loupés, d’échecs le découragement, l’abandon, ennemi numéro 1 du développement. Le professeur qui me recycle s’intéresse au tennis de table, un champ idéal pour cette branche de l’EPS et je travaille avec elle toute une année scolaire. Elle accorde un rôle important à la créativité, ce que nous négligeons. Nous n’avons pas non plus exploré les possibilités de la psychomotricité avec les adultes sauf avec fit-Ping-tonic.

En 1978 donc, je suis prêt à repartir mais, me doutant bien que le tennis de table ne m’a pas attendu pour évoluer, j’aimerais auparavant me remettre à niveau. Beaucoup d’entraîneurs pensent qu’un fois le diplôme en poche, le monde leur appartient. Grave erreur!
Comme dans toute activité, il faut suivre l’évolution car rien n’est permanent et en tennis de table ça bouge très vite. L’entraîneur qui suit une formation puis, fort de ses certitudes, s’enferme dans son club, est rapidement dépassé. Je suis d’ailleurs surpris que la remise à niveau ne soit pas obligatoire comme elle l’est pour les arbitres et juges-arbitres.

Réfléchissez sur cette citation de Charles Roesch: « Si nous nous contentons d’imiter servilement les autres pays nous serons peut-être à même d’améliorer et le niveau d’ensemble et le niveau de l’élite, peut-être même atteindrons-nous le niveau actuel des meilleures nations européennes, mais comme entre temps celles-ci n’auront pas non plus chômé, l’écart entre elles et nous ne sera pas sensiblement réduit, ce serait donc une éternelle course poursuite avec tous ses aléas. » Évidemment, il s’agit ici du niveau national. Mais c’est très transposable à celui du club. Revenons à notre entraîneur qui, diplôme acquis, en reste à sa formation et à elle seule. En quelques années son enseignement est dépassé mais ce n’est pas tout: il va faire de l’imitation … de lui-même, c’est à dire propager un tennis de table arrêté à une époque donnée, avec ses propres défauts car il y a gros à parier qu’au fil des ans il risque d’oublier les principes fondamentaux et d’enseigner son propre tennis de table. Essayez un peu de vous rendre compte si vous avez en tête tout ce que vous saviez lors des examens que vous avez passés.

Nous avons besoin des autres qui nous apprennent beaucoup parce qu’ils regardent les choses autrement, qui peuvent nous dire ce que nous faisons bien mais aussi ce que nous devrions changer. Il y a cent façons de s’ouvrir: la fameuse mutualisation des moyens, travailler avec d’autres clubs, participer aux entraînements de son comité départemental ou de sa ligue, inviter le conseiller technique départemental, voire le CTR, tout simplement aller voir comment travaillent les clubs référents, le pôle, assister aux colloques techniques, aux journées à thème, aux manifestations de haut niveau…

Autre citation de Charles Roesch: « …Il va sans dire que parallèlement à ce sport de performance existe aussi le Tennis de Table, sport loisir, sport de détente, et auquel la fédération se doit d’apporter également toute son attention. Mais cet aspect loisir et détente de notre sport, aspect extrêmement important, capital même, à certains égards, ne sera pas évoqué aujourd’hui (NDLR il

rédige alors son plan de dix ans) mais le sera également en son temps, car rien de ce qui touche la petite balle blanche ne doit nous laisser indifférents»
Ce grand principe sera ignoré par la majorité de nos clubs alors qu’il s’agit d’un atout essentiel de notre sport car bien peu disposent d’un réservoir loisir aussi vaste que le nôtre; seulement, dans un monde où chacun a les yeux fixés sur les performances de son équipe, où la place de la première constitue la référence suprême, il est difficile de faire accepter un public différent à la recherche d’autre chose que la victoire et le classement. Pourtant, qu’on y réfléchisse bien, le loisir ne se limite pas à la licence promo, nos effectifs, dans leur immense majorité, sont composés de joueurs-loisir, compétiteurs ou non. Seuls quelques grands clubs l’ont bien compris qui développent tous les aspects du tennis de table et nous sommes bien contents de pouvoir utiliser nos licences- promo pour amortir la chute des licences traditionnelles.
C’est la raison pour laquelle, sortant d’une longue période de sport de haut- niveau, j’aspire à me recycler dans le sport de masse dont je sais par expérience que la principale difficulté réside dans le fait qu’il faut savoir répondre à des aspirations diverses tout en tenant compte des possibilités et du  niveau de chacun.

Je contacte donc la ligue mais aucun stage de remise à niveau n’est programmé hormis des journées à thème, ce qui est déjà bien. Je me tourne alors vers l’école Tibor Harangozo dont je fais partie. Elle est devenue la marque Tibhar car, persuadé que la diversité du public à satisfaire entraîne la variété du matériel, son chef a décidé de créer sa propre marque. Les autres firmes ne sont d’ailleurs pas en reste et offrent également un grand choix de bois et de revêtements. Tibhar édite une revue technique « Tischtennis  Aktuell» que je recevrai régulièrement, c’est déjà ça et me met en relation avec sa filiale française «Tibhar- France» dirigée par Marcelle Roesch, l’épouse de Charles et  qui me connaît bien. Elle me propose d’intégrer, comme cadre, les stages techniques que Tibhar organise à Vichy et à Chambéry pendant les vacances d’été.
Ce sera pour moi l’occasion d’une formation continue car je serai en contact avec d’autres entraîneurs européens et, dans le cadre de ces stages, se donnent des informations et se font des démonstrations. J’en profite pour avoir des nouvelles de Charles qui, après sa retraite, compte bien répondre favorablement à des propositions de fédérations étrangères, c’est ainsi qu’il organisera la technique en Suisse puis deviendra DTN en Allemagne. Je me tiens aussi au courant grâce à Technique pour Tous qui puise largement dans la revue japonaise de Butterfly « The Table Tennis Report ».

Mes recherches de recyclage sont brusquement perturbées par un ancien de l’USR qui vient solliciter mon aide car il estime le club en danger de disparition. Je lui demande de convoquer une assemblée générale où je me retrouve… face à quatre personnes. Le secrétaire finit par reconnaître que, depuis un certain temps, suite au départ de l’équipe dirigeante, il a établi des licences au nom de membres honoraires, c’est à dire de gens qui n’ont jamais eu l’intention de pratiquer, ceci afin d’obtenir une subvention municipale conséquente. Il ne réalise pas la gravité de la situation.

Je décide de demander une entrevue au maire qui me reçoit assez rapidement. La situation le fait sourire. Mais je lui explique aussi que le tennis de table va disparaître de la commune et lui en donne la raison principale: on ne peut pas faire sérieusement du sport dans une si petite salle, un ancien bureau pas même de la taille d’une classe.

Il me propose alors un marché: il peut faire fermer le préau de l’école où j’enseigne pour la rentrée de septembre 1978, en échange il me demande d’aider la municipalité à mettre en place un Centre d’Animation Sportive ( un CAS) et m’explique en gros de quoi il s’agit: Les CAS ont été concoctés par le secrétariat aux sports, ce sont des structures intermédiaires entre les clubs et l’école sur lesquelles peut être nommé un professeur d’EPS qui coordonne l’action de moniteurs municipaux et d’entraîneurs de clubs. C’est un carrefour sportif écoles-municipalité-clubs. On y vient pour découvrir les sports qu’on fréquente par cycles, ce ne sont pas des clubs, dès qu’on a effectué le parcours on est à même de choisir une spécialité, on ne fait pas carrière dans un CAS. Celui-ci peut aussi accueillir un public d’adultes. Comme c’est l’unique solution pour obtenir une salle plus vaste j’accepte. Je commets là une triple erreur comme je me propose de le raconter. Pourquoi n’ai-je pas consulté la ligue, le comité départemental, interrogé les autres clubs, essayé de voir si ça fonctionnait ailleurs? Jugeant qu’il y avait péril en la demeure, je fonce, ce qui est contraire à ma nature et j’en subirai les conséquences.

Rentrée 78.

Les travaux ont été effectués avec une belle et lumineuse structure alu type véranda à baies coulissantes. Cela donne une salle où l’on ne peut cependant monter que six tables à l’entraînement à cause de piliers et seulement deux en compétition officielle sur un sol en béton lisse, glissant les jours humides. Le plafond lambrissé est relativement bas. La municipalité offre cinq tables, vingt raquettes, une grosse de balles et un robot, au CAS et au club, c’est généreux mais c’est aussi un facteur d’ambiguïté pour l’avenir car le commun des mortels ne saura pas toujours où sont les lignes de séparation entre ces deux structures.

En attendant, je me suis renseigné sur les CAS auprès de la DDJS qui m’a remis de la documentation tout en précisant que, suite à des échecs, la municipalité doit d’abord prouver que ça peut fonctionner, autrement dit créer un CAS avec les moyens locaux. Cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille. On me conseille donc une association provisoire type loi 1901 résiliable en cas de création officielle, et on me recommande en tant que licencié d’une fédération de ne pas faire partie du comité directeur…la suite montrera que c’est de bon conseil.

Je pense logique de commencer par le tennis de table. C’est une erreur. Je prends contact avec des comités d’entreprise, diffuse des tracts dans les commerces et prévois une réunion d’information. Puis je prends rendez-vous avec les autres sports et, là, première douche froide! Le CAS n’intéresse personne; les entraîneurs y voient une concurrence à leur propre école de sport et déclarent que le public loisir ne les concerne pas. Pire! Des profs d’EPS me signalent que leurs syndicats sont vent debout contre les CAS qu’ils accusent de vouloir empiéter sur leur programme. J’ai eu tort de ne pas me renseigner avant, mais c’est trop tard pour reculer.

Réunion d’ouverture.

Une trentaine de personnes se présentent à « l’école bleue », où le préau couvert tiendra lieu de gymnase. Je décris sommairement le projet en spécifiant que le CAS n’est pas un club sportif, mais plutôt une sorte d’école qui offre la possibilité de découvrir plusieurs sports et en précisant bien que, si nous réussissons, il deviendra un organe officiel de la Jeunesse et des Sports.
En attendant, nous devons le faire démarrer sous forme d’association ce qui suppose d’élire un bureau et de déposer des statuts à la préfecture; ceux-ci préciseront que la pratique ne débouchera pas sur un quelconque championnat mais pourra inclure de la compétition strictement limitée à ses membres actifs toujours dans un objectif d’apprentissage.
Je signale aussi que, pour le moment, je n’ai de réponse positive que du tennis de table local et invite les gens qui ne seraient pas intéressés à partir s’ils le désirent. Mais tout le monde reste.

Quelques personnes se présentent pour former un comité directeur, parmi elles des employés, de la SNCF qui deviendront des dirigeants très actifs et motivés. La semaine suivante, je donne un premier cours mais le nombre a encore grossi, ce qui me conduit à opter pour le dispositif suivant. Trois séances hebdomadaires les mardi, jeudi et vendredi, pour commencer CAS et club ensemble, puis par la suite, club mardi et vendredi, CAS le jeudi, car, rapidement, certains se déclarent favorables à l’adhésion au club pour faire de la compétition, ce sont en général des jeunes.
Bien entendu, je dois prendre la responsabilité des locaux car il s’agit d’une école. Nous gardons notre vilaine salle pour les matchs officiels.

Pour commencer, j’assume l’administration (secrétariat et comptabilité) du club, le président de l’omnisports en prend provisoirement la présidence.
La saison 78-79 est succincte avec deux équipes adultes en D4, je m’applique à former les jeunes afin qu’ils abordent la compétition suffisamment armés, à cette époque on ne précipite pas dans les matchs des joueurs débutants comme on le fait de nos jours dans le cadre de la détection.

 

De 1979 à 1982, course contre la montre.

Je vais devoir faire vite car, le directeur d’une autre école devant prendre sa retraite en 1982, j’ai l’intention de briguer sa succession, ce qui risque de bousculer l’édifice que je suis en train de construire: tout n’a été possible que parce que j’enseigne dans l’école qui héberge le tennis de table, rien ne dit que les autorités académiques prorogeront l’autorisation si je n’y suis plus et que la direction verra d’un bon œil des gens étrangers à l’établissement en posséder les clés.
Je suis donc condamné à la réussite sur deux plans: régler le problème du CAS et développer le club d’une manière telle que sa disparition ne puisse être envisageable. De plus, je sais que la fonction de directeur d’école m’accaparera pendant les horaires d’entraînement, j’ai trois ans pour trouver un ou des successeurs qui ne se bousculeront pas en cas d’échec.

Avec le CAS.

Au début, je donne un cours d’initiation devant permettre à tout un chacun de tenir un échange, puis de disputer une partie, avec à chaque fois l’étude d’un geste technique ouvrant sur une possibilité tactique. Au bout de six mois, on me demande d’organiser des matchs amicaux par équipes et là, je sais que le terrain devient dangereux. A la DDJS on me rappelle que c’est possible tant qu’il ne s’agit que de compétitions internes, c’est à dire que seuls des titulaires de la carte de membre actif du CAS pourront les disputer et qu’en aucun cas un licencié FFTT ne devra y participer. Je transmets donc ces recommandations et le bureau du CAS se jette sur le projet, qui va d’ailleurs accroître ses effectifs dès que ce sera connu dans la ville où se constituent des équipes d’entreprise ou de quartier.

Toutefois, je me tiens à l’écart, me contentant d’assurer des cours techniques; tôt ou tard, l’absence d’autres spécialités que le tennis de table entraînera l’impossibilité d’une création officielle. La fusion club-CAS serait la meilleure solution mais aucune des deux parties ne voudra en entendre parler.

Avec le club.

Celui-ci se remplume très vite, de nombreux jeunes quittent le CAS pour l’intégrer car ils ont envie de faire de la compétition. Il est convenu que la première année sera consacrée à l’apprentissage. J’ai beaucoup de cadets déjà licenciés dans un autre sport (surtout le football). Ils apprennent très vite et peuvent jouer en équipes seniors dès l’année suivante. Cependant je sais que ce n’est pas dans leur catégorie que l’USR peut briller, les clubs de Joué-lès-Tours et la 4S ont bien trop d’avance.
Il faut viser dans les benjamins et les minimes. L’opportunité m’en est offerte par deux directeurs d’écoles rurales qui m’ont demandé d’entraîner leurs élèves en vue des compétitions USEP. Quelques enfants prennent une licence FFTT et sont très doués. Dès la seconde année, ils disputent le critérium fédéral et les championnats par équipes jeunes du CILTT.
Mais mon objectif est le premier pas pongiste, à cette époque ouverte aux clubs, très prisé et considéré comme le championnat de France des moins de onze ans ce qui constitue un sésame vers les stages régionaux, voire nationaux.

Après une apparition symbolique, l’année suivante un de nos joueurs, Stéphane, remporte le premier pas pongiste départemental, puis régional, terminant quatrième au national; un an plus tard Cyrille fait de même au niveau du département, puis de la ligue, échouant en huitième du national, Ce même Cyrille sera numéro un de ligue en minimes deux années de suite mais sans jamais remporter le titre, il échouera en finale, toujours sur le même joueur. Même chose pour Stéphane qui cependant quittera le club avec le titre de champion de ligue cadet, son frère Philippe sera aussi vice-champion de ligue en juniors. Nous remporterons des podiums aux individuels départementaux jeunes, un benjamin sera champion départemental puis gagnera le premier pas pongiste d’I&L (3 fois de suite pour un club, ça n’a pas dû se faire souvent)

Par équipes, mes jeunes remporteront le titre départemental, puis régional en minimes, le titre départemental en cadets mais, cette année-là, le jour des finales régionales, l’un d’eux est qualifié pour le championnat de France minimes et un autre a un regroupement national cadets. Nous cédons notre place à une autre équipe tourangelle qui obtient le titre. Pour un club qui était moribond trois ans plus tôt, ça n’est tout de même pas mal !
En 1981, deux joueurs se déclarent prêts à suivre une formation d’entraîneur, bien qu’ ils s’y décident trop tard, la ligue les autorise exceptionnellement à participer directement à l’ «entraîneur régional» sous réserve de suivre ultérieurement l’ «entraîneur départemental», je n’ai jamais eu connaissance qu’ils s’en soient acquittés. (Voir plus loin les nouvelles formations).

Relations CAS-USR.

En juin 1980 a lieu à la mairie une réunion avec des représentants de la DDJS, des membres du CDOS, du comité d’Indre et Loire des médaillés de la jeunesse et des sports, du conseil général, du conseil municipal. J’y suis invité à y exposer l’expérience CAS qui apparaît alors comme une méthode de recherche de publics désirant faire du sport autrement, c’est à dire sans les contraintes générées par la compétition. Je suis chaleureusement félicité sans me douter que la suite sera moins drôle, « Il y a des épines aux roses ». Persuadé qu’il faut rechercher dans ce sens une méthode pour faire venir des publics attirés par le tennis de table mais ne désirant pas en être trop accaparés, je fais une communication à la revue «Technique pour tous» et une autre vers la DTN.

De cette dernière, je n’aurai pas de réponse car elle est en pleine tourmente (voir plus loin). La revue de l’amicale des entraîneurs publie mon article et, dans le numéro suivant, une volée de bois vert m’est administrée par le président Massaloux qui m’accuse ni plus ni moins de créer un organisme concurrent à la FFTT et un « championnat sauvage ».
Je m’apprête à protester véhémentement en mettant en avant l’accord de la DDJS, l’approbation de diverses instances sportives, le fait que je viens de sauver le tennis de table à Château-Renault…et qu’il s’agit d’un procédé pédagogique simulant la compétition laquelle demeure interne donc légale. Je mesure à ce moment-là qu’une polémique entre un président de ligue et l’un de ses ressortissants dans une revue ferait plus de mal que de bien, je décide donc de me taire.

La suite lui donnera raison en partie, bien que ce soit contre mes intentions. Je retourne voir le maire et nous faisons le constat de l’échec d’un CAS omnisports; lui et moi pensons que l’idéal serait que le club absorbe le CAS comme section loisir afin qu’il n’y ait pas deux associations pour le même sport dans la commune.  Mais l’affaire se corse! …car nous essuyons deux fins de non-recevoir, l’une de la part du club qui ne souhaite pas s’encombrer d’une section loisir susceptible de perturber ses « entraînements », l’autre de la part du CAS qui ne voit pas l’intérêt de payer une cotisation pour un service qu’il assure lui-même (à cette époque, la licence-promo n’existe pas). Mon argument, l’engagement initial mais seulement tacite, tombe à plat.

Je dois dire que l’ensemble du dispositif m’échappe totalement car, lors de la réunion à la mairie citée ci-dessus, le proviseur du lycée professionnel m’a signalé qu’un jeune professeur de son établissement aimerait intégrer le CAS. J’ai répondu que ce serait avec plaisir de ma part car je suis terriblement seul à ce moment-là. Je viens d’introduire le loup dans la bergerie (les bergeries).
De plus, le contexte extérieur est défavorable.

Cela tombe au mauvais moment.

 La DTN est en plein bouleversement. Une sorte de mutinerie du haut niveau attribuée à des problèmes de sponsoring mais aussi au rejet par les joueurs des équipes de France de Jean- Paul Weber, DTN adjoint, pressenti pour succéder à Charles Roesch parti à la retraite en janvier 1978, a éclaté, entraînant la démission du président Georges Duclos et d’une partie importante du comité directeur de la FFTT.
Jean- Paul Weber, licencié en droit, est titulaire du diplôme supérieur de l’INS, le plus haut grade pour un technicien, c’est un ancien international (il s’est illustré aux championnats du monde à Nagoya). Ce rejet paraît tout le moins incompréhensible vu de loin. Mais à cela s’ajoutent les revendications de jeunes internationaux qui voudraient accéder au staff technique de la DTN et s’opposent aux cadres déjà en place.

Le nouveau président Jean-Paul Courtier fait appel à Jean-Pierre Dequirez comme DTN, un choix qui peut sembler bizarre quand on sait que l’intéressé lui-même avoue son incompétence pour le haut-niveau bien que précisément c’est là que se pose la question. Le nouveau DTN prend parti pour les jeunes contre les anciens alors qu’il aurait sans doute été plus sage de rechercher un compromis car une lutte intestine est partie pour diviser les techniciens des années durant. Je n’ai donc aucun conseil à espérer de ce côté-là car la DTN a d’autres chats à fouetter.
C’est aussi le mauvais moment à cause de la maladie de notre CTR, Michel Delbord, maladie qui le contraindra à quitter son poste. Michel était un ami et aurait été de bon conseil.

Nouvelle DTN, nouvelles formations.

 En convainquant deux licenciés de prendre ma succession comme entraîneurs, je suis amené à m’intéresser aux nouveaux diplômes fédéraux.
Les nouvelles formations s’appuient sur des constats qu’on ne peut nier. Pour répondre à un énorme besoin de cadres techniques dans les clubs, il faut réformer un système qui certes a fait ses preuves mais qui se montre trop lourd et trop lent.
On s’oriente donc vers une formation décentralisée, plus rapide donc allégée, accessible au plus grand nombre. C’est celle qui a été en vigueur pendant une trentaine d’années. Je me garde bien d’émettre la moindre opinion à ce sujet, avec cependant quelque inquiétude.

Le premier grade se nomme « entraîneur départemental » avec une ambiguïté sur l’appellation: son titulaire est un entraîneur adjoint non pas habiliter à organiser le tennis de table départemental mais seulement à assister un entraîneur au sein d’un club; le contenu fait la part belle à la technique gestuelle.

Le second grade, « entraîneur régional » n’est pas pour autant cadre de ligue mais plus un adjoint voire un entraîneur de club à ambitions limitées; on y apprend notamment à construire une séance, à la diriger, à conseiller. Ces deux premiers grades sont octroyés, il suffit de participer au stage.
Le troiième, lui, est sanctionné par un examen assez difficile mais il accorde les vraies compétences d’entraîneur de club: on y apprend à observer, analyser, individualiser, conseiller, corriger, construire et conduire des séances qui correspondent aux besoins du joueur.

En revanche, l’examen comporte des démonstrations qui barrent la route aux joueurs disposant d’une technique déficiente: c’est le «35 technique » dit «35 T K » qui sera plus tard « entraîneur fédéral ». On a compris que le titre implique le lieu de la formation et non le degré de compétence, j’insiste car on le verra plus tard, ce n’est pas clair pour tout le monde.
Quant aux anciens grades, l’ex deuxième degré obtient le 35 T K, mais le troisième degré et l’entraîneur fédéral( formule Roesch) passent à la trappe et ce sera cause d’abandons car le troisième degré consacrait des cadres de valeur. Cette nouvelle formation suscite des réflexions: peut-on décerner un diplôme sans examen avec le risque que son titulaire ne sache pas jouer? (ce qui se produira).
Si l’on s’en tient au premier grade, aura-t-on la capacité de former des jeunes? Pense-t-on qu’on peut confier des enfants à une personne formée en quatre jours? Et comme le disaient Alex et Charles, quelle valeur accorder à un diplôme non soumis à examen? Ne risque-t-on pas de le considérer comme négligeable qu’on en soit titulaire ou pas? Et ainsi de faire en sorte que les bons joueurs s’en détournent? Il va sans dire que toute la culture du sport, condition physique, médecine, psychologie, etc.…a disparu des programmes et on ne se préoccupe même plus de savoir si l’éducateur est physiquement apte à enseigner, je dis ceci parce que j’ai rencontré des entraîneurs incapables de conduire un footing ou un échauffement physique.

En revanche, l’idée de créer une formation «pilote» (moins de 18 ans, plus tard jeune entraîneur) est excellente car elle permet de déceler très tôt les vocations et les jeunes, formés dès le départ au jeu moderne, ont plus de facilité à le transmettre que certains adultes englués dans une technique d’un autre âge.
A ce moment-là, je pense à un jeune du stage de Dignes qui s’était signalé par une conduite exemplaire qui le poussait à venir en aide aux petits en difficulté…il se nomme Michel Gadal mais je n’aurais jamais osé prédire qu’il ferait carrière et deviendrait DTN. Quant à la nouvelle formation, elle serait bonne à condition d’aller jusqu’au bout, même si on ne se présente pas à l’examen 35 T K, ce qui est spécifié par les formateurs à ceux qui pensent ne pas pouvoir le réussir car le stage à lui seul élève considérablement le niveau du cadre technique.

Assurer la suite.

Sachant que je serai peu disponible pendant sept ans au moins, je dois faire en sorte que tout puisse fonctionner sans moi.

Côté CAS, c’est réglé, il est surtout composé d’adultes qui se gèrent très bien. Je m’engage à y donner des conseils techniques, voire des cours à la demande, mais il s’agit plutôt pour ce public loisir de prendre du plaisir tout en étant capable d’organiser des manifestations sportives ou autres. Il n’en va pas de même avec le club, surtout composé de jeunes. Il faut constituer un bureau solide et susciter des vocations d’entraîneurs.
Des CTR avec qui je travaille dans les stages Tibhar me conseillent plutôt qu’un homme seul de former une équipe d’entraînement en raison des tâches multiples de la fonction qui accaparent énormément, de la difficulté de faire coexister dans une même séance des âges, des niveaux, des aptitudes différents, du découragement qui peut naître car on travaille sur de l’humain. Je fais une première constatation négative: ça n’intéresse pas les bons joueurs et les deux volontaires qui se présentent n’ont pas de vrai vécu pongiste car venus tard au tennis de table, ils jouent en D3 et D4, avec une technique peu conforme aux normes.
La ligue a accepté de les inscrire directement à l’entraîneur régional alors qu’ils auraient eu besoin du premier échelon; par la suite, je constaterai que mes successeurs se recruteront dans une frange de joueurs de faible niveau, venus tard au tennis de table donc avec peu de vécu.

C’est Pierre Grandjean entraîneur national que je connais bien qui dirige le stage de formation. A mon inquiétude à la pensée que mes candidats n’ont pas suivi le premier échelon, il répond que, de toute façon, à chaque fois il faut refaire ce qui est censé être acquis tant le niveau général est faible, ce qui est loin de me rassurer mais j’aurai par la suite l’occasion de vérifier cette affirmation.

Quant au club, j’ai motif de m’inquiéter. Instruit par les déboires du passé, je n’ai pas souhaité apparaître comme l’homme providentiel bien qu’on soit venu me chercher pour le sauver du sinistre. Je voudrais au contraire faire naître une équipe capable de travailler en auto-gestion et non sous une quelconque autorité. Ça n’en prend pas le chemin car le professeur( appelons-le L) que m’envoie le proviseur du lycée technique, après m’avoir déchargé de la trésorerie, s’impose très rapidement comme un leader à la fois au CAS et au club, il est partout et on sait fort bien qu’à l’omniprésence  succèdent assez vite l’omnipotence puis l’omniscience mais je me dois de  reconnaître que ça arrange beaucoup un petit monde pas du tout empressé à prendre des responsabilités: nous sommes déjà entrés dans l’ère des consommateurs de sport qui laissent volontiers le pouvoir à d’autres afin de jouer tranquillement leur petit ping-pong personnel.
Ça n’est pas comme cela que je vois la gestion du club, mais, pris par le temps, je laisse faire. Autre chose me chiffonne, j’assiste à un mélange CAS-USR au niveau des activités alors qu’on m’a bien recommandé de les séparer.

Les deux stagiaires reviennent avec un diplôme tout neuf d’entraîneur régional, avant de me retirer je leur confie un groupe tout en leur conseillant de prendre contact avec la CDJT, qui m’a bien aidé en permettant à quelques-uns de nos joueurs de bénéficier, par semaine, d’un entraînement supplémentaire; ce conseil ne sera pas suivi.

En 1982, je suis nommé directeur d’école et je confie mes jeunes à l’un des deux nouveaux entraîneurs (appelons-le E), l’autre quitte le canton, adieu l’équipe d ‘entraînement! Je demande à E de ne pas hésiter à faire appel à mes conseils, il s’en gardera bien. Chaque soir, je ne serai plus libre aux horaires d’entraînement car pendant ce temps je recevrai les familles, réglerai les questions administratives, recevrai les fournisseurs, assisterai à des réunions et en organiserai…je demeure joueur et conserve le secrétariat du club dont personne ne veut…je laisse ainsi le champ libre à ceux qui veulent prendre le pouvoir. J’assure encore un an le coaching de deux joueurs, à leur demande.

Divers stages, j’apprends le sport pour tous.
Je rappelle que pour la commodité de l’exposé je compartimente des activités qu’en réalité je mène de front.

Dès 1979, j’intègre les stages « Tibhar-France». Ceux-ci se déroulent à Vichy et à Chambéry, pendant les vacances d’été. Ils sont ouverts à tous les publics, de tous les âges, de tous les niveaux, de toutes les nationalités. J’ai déjà évoqué le Centre International de Séjour de Vichy, un cadre idéal à la fois pour les stages et les vacances car tout est réuni dans un immense parc doté de terrains de sport de toutes sortes, avec un hébergement dans des chambres individuelles avec douche, réparties dans des blocs posés sur des pelouses au bord d’un bras artificiel de l’Allier et sur lequel on peut pratiquer le canoë- kayak. Un vaste restaurant nous reçoit à chaque repas dans une ambiance assez bruyante car beaucoup de sports le fréquentent.
Nos tables sont installées au Palais du Lac, sur un excellent sol avec vue sur le bassin olympique.
Les horaires sont adaptés aussi aux vacances: footing à travers le parc de 7h15 à 8h. Petit déjeuner. Tennis de table de 9h à 12h 30. Déjeuner. Suit une période de repos jusqu’à 17h pendant laquelle les stagiaires sont libres et peuvent au choix pratiquer une des activités du centre (natation, sports nautiques, ski à roulettes, tennis…), faire du tourisme ou du shopping ou tout simplement se reposer car certains font en une journée plus de tennis de table qu’en une semaine ordinaire.
Reprise du tennis de table de 17 à 19h, puis dîner. Le premier, le 3° et le 5° soir, compétitions de 20h30 à 22h. On arrive au stage le premier jour à 14h pour en repartir le 6° à la même heure, ceci afin que l’hébergement soit toujours occupé comme l’exige la direction du centre.

Dès le premier jour, la directrice, Marcelle Roesch réunit les cadres pour donner les consignes de travail. Nous sommes là pour le sport de masse, chaque stagiaire a droit à la même attention que les autres, il faut donc s’efforcer de consacrer le même temps à chacun. Les stagiaires étant (à cette époque) en majorité des adultes, un dialogue est indispensable pour adapter les projets du joueur à ses capacités et à la durée de cinq jours. Nous serons à tour de rôle directeur technique et à ce moment-là, nous ferons le programme, ceci afin qu’aucune hiérarchie ne s’établisse entre nous (tout le monde est BE2). Le directeur de stage établira le programme en tenant compte des remarques des collègues et des fiches des stagiaires, chaque exercice sera personnalisé table par table, par le responsable de travée en fonction du niveau, du système de jeu, du matériel utilisé, des souhaits des joueurs.
La fiche est un carton plié à l’équerre et posé contre le filet, la face verticale fait apparaître le prénom et le nom du joueur (ce qui nous permet de le connaître rapidement), son classement, son système de jeu, son club. Sur les deux faces internes, l’entraîneur inscrit ses remarques et ses conseils; comme nous changeons de travée tous les jours, le stagiaire aura été observé par tous les cadres; ce changement de travée obéit à deux impératifs: éviter en cas d’incompatibilité d’humeur de reproduire les mêmes situations gênantes et enrichir analyses et conseils.
La fiche permet également de programmer les exercices du lendemain et de placer rapidement les  partenaires. Sur la 4° face, le stagiaire note ses résultats aux diverses compétitions.

A la fin de la séance de l’après-midi, une montée-descente permet de changer les partenaires pour le lendemain. Autre particularité: pour programmer les exercices, l’école utilise des signes graphiques (un par coup technique); ce procédé présente un double avantage, on dessine avec facilité le déroulement du schéma de jeu sur une table stylisée et l’exercice est compréhensible pour quelqu’un qui ne parle pas le Français car nous recevons beaucoup d’étrangers.
Malheureusement je n’arriverai jamais à convaincre les techniciens de la ligue de la commodité d’utilisation et de la fiche individuelle et du système des signes.

Le soir, après le dîner, nous avons une réunion de travail à laquelle peuvent se joindre les stagiaires qui le désirent; au programme bilan de la journée, propositions pour le lendemain, puis discussion sur des thèmes divers, beaucoup sur les difficultés rencontrées par les collègues, les solutions qu’ils y apportent, leur vision sur le jeu et son avenir, les pédagogies et les méthodes… je vérifie qu’on apprend énormément en écoutant les autres.
Tibhar nous offre une remise à niveau pendant les séances, c’est à dire à la fois aux stagiaires et aux cadres.

Dans la période concernée (de 79 à 82), elle portera sur les variations du bloc, l’utilisation du panier de balles (qui sera plus tard réactualisée), le flip (qui était à l’état embryonnaire quand j’ai fait le break), les services à déviation. Les compétitions s’appuient beaucoup sur le principe des montées-descentes (qui permet un respect strict des horaires).
La première permet de donner à chacun un partenaire de son niveau (c’est devenu classique), la seconde réunit « un fort et un faible » et se joue sur le principe des changements du double( tous les cinq points à cette époque) en associant deux partenaires de niveau différent et qui se relaient.
La troisième, le tournoi final (en soirée) se dispute en partant de la position acquise, chaque joueur à chaque tour marque les points du numéro de la table où il monte ou descend, c’est donc celui qui a le moins de points qui gagne. La dernière matinée est un concours de contrats où les deux vis à vis s’efforcent de réaliser un maximum d’échanges selon des thèmes donnés.

Durant ces stages, je constate l’évolution rapide de notre sport et l’impérieuse nécessité de la formation continue. Celle-ci se présente sous deux formes: un cours et une démonstration sur le, thème choisi, suivis d’une courte discussion questions- réponses juste avant l’entraînement du matin pour la théorie et une application en séance pour la pratique.
Des plages horaires sont consacrées à « l’entraînement à la carte »: un joueur programme son exercice puis se prête ensuite à ce qu’exige de lui son partenaire. Le rôle des cadres est de vérifier la pertinence du travail, d’analyser et de conseiller comme pour une séance programmée. Je rappelle que chaque exercice est adapté au niveau, au matériel, au système de jeu, au taux de réussite.

J’assiste aux premiers essais de l’utilisation de la vidéo; le matériel de l’époque étant lourd et encombrant, un studio est aménagé dans une aire de jeu, le stagiaire prend conscience de ses défauts et de ses efforts pour les corriger, chacun peut emporter sa cassette (le DVD est à venir). Les stages se déroulent tout le mois de juillet et tout le mois d’août avec parfois un débordement en septembre selon la date de la rentrée scolaire (plus tardive qu’aujourd’hui). Je choisis de ne faire que la session d’août à Vichy afin de pouvoir également travailler à Chambéry en juillet.

Les stages de Chambéry se présentent ainsi: deux périodes de cinq jours en juillet et la même chose en août. Ils sont dirigés par Tomi Terecik.
Deux stages sont séparés par une journée de repos. Inconvénient majeur, hébergement, restaurant, gymnase sont dispersés d’où une noria de voitures pour se rendre à ces lieux divers. Nous logeons soit dans un foyer de jeunes travailleurs (prix basique, confort correct mais beaucoup de bruit), soit à l’école hôtelière (luxe qui réclame un supplément de prix), les cadres devant se répartir dans les deux établissements, question de responsabilité.
La restauration, chez un traiteur qui fournit 5 OOO repas par jour dans les collectivités, est bonne et adaptée au sport. Le gymnase comprend trois salles sur trois étages: certes, il y a moins de stages qu’à Vichy mais ils sont plus importants par le nombre qui oscille entre 80 et 100, quelquefois plus.

Les horaires sont semblables à ceux de Vichy mais sans activités après le dîner en raison de la dispersion des lieux, Tomi, qui connaît bien les stagiaires, établit le programme en fonction de la réunion de travail du soir, la journée se déroule sensiblement comme à Vichy sans les cours théoriques et le « un fort-un faible ».
En raison de la disposition sur trois étages, Tomi dirige sans prendre une travée en charge. Pour le footing du matin, il faut d’abord gravir une pente abrupte avant d’accéder à un plateau semi-boisé d’où l’on a une vue superbe sur la ville et ses environs.
L’après-midi, les stagiaires sont libres pour le tourisme soit dans la vieille ville et le célèbre château des ducs de Savoie soit dans les Alpes, dans la fraîcheur des lacs de montagne ou la chaleur torride de cols célèbres à l’instar du Granier où passe parfois le tour de France…mais il est prudent de faire la sieste si on veut tenir le coup, certains choisissent la pétanque (surtout les Belges qui lancent le défi: «Belgique contre le reste du monde»)..
Aux exercices, Tomi ajoute une touche personnelle en exigeant des services spécifiques, réguliers, efficaces, dans l’esprit du schème de jeu avec des variations pour les meilleurs. L’incertitude trouve une juste place même dans le travail de la régularité. Il a toujours en tête la cohérence technique- tactique.et le plaisir du jeu qui n’est pas obligatoirement lié à la compétition mais plutôt à la satisfaction de vaincre une difficulté. Il veille toujours à ce qu’un stage soit différent des précédents par la forme et par l’esprit.

Que ce soit à Vichy ou à Chambéry, le souci de la perfection gestuelle est omniprésent; cependant, avec des adultes, l’entraîneur doit être en mesure de discerner ce qui est corrigible et ce qu’on ne peut plus modifier sans nuire à l’efficacité du joueur.

Avec la ligue et le CILTT.

Pendant la maladie de Michel Delbord, c’est un quatuor tourangeau qui assure la fonction du CTR, avec Jean-Jacques Brion à la tête de la CDJT et Paul Rougeux, Antoine Bernard et Dominique Bodin (tous les quatre jocondiens) sur le terrain. Ils me remettent en phase avec la ligue pour laquelle je participe à trois stages.
Le premier se déroule au lycée St Grégoire de Tours, il est dirigé par Antoine et Dominique, j’y retrouve un vieil ami, Charles Rottreau que j’ai connu à l’école normale et qui, sur le tard, a rejoint le tennis de table; les deux autres sous la direction de Paul ont lieu à Amboise, (à l’ancien lycée) et Salbris. Je participe également à des CPS jeunes du CILTT ainsi qu’à des formations sous la houlette de Charles, très compétent en ce domaine, n’a-t-il pas été Conseiller Pédagogique en Education Physique et Sportive à l’éducation nationale? Le CILTT, qui ne dispose pas de lieu d’hébergement fixe, organisera un stage à l’I M E la Boisnière, à Château-Renault dans d’excellentes conditions de logement et de restauration grâce à l’intendant qui est à la fois mon ami, un ancien instit et ancien pongiste. Les séances sans hébergement du CILTT se font souvent au palais des sports de Tours, sur un palier.

J’ai été obligé de reprendre la raquette de joueur dès 1980 pour aider l’équipe première à monter, je suis alors encore classé à 50, ayant interrompu mon activité de compétiteur; la compétition ne me motive plus et j’espère passer le relais, cette année-là, je suis encore le meilleur joueur du club, plus pour très longtemps.

De 1982 à 1989.

Je ne garde que les postes de secrétaire et correspondant du club, personne ne s’étant présenté pour les assumer, ce ne sera pas facile car souvent j’arrive à la salle quand les joueurs en repartent. Le club, sur le papier, a un comité directeur, un président mais je sens bien que L est en train de s’imposer comme leader. On ne peut le lui reprocher entièrement car peu de licenciés souhaitent prendre des responsabilités et ça convient à la plupart: ainsi ils peuvent jouer sans se coller des soucis sur le dos. Mais ça va en sens contraire de ce que javais imaginé; on risque de voir le pouvoir de décision aux mains d’une minorité agissante. Ce sera le cas. Vers le milieu des années 80, je me présente à une élection partielle au comité directeur du comité d’I&L, désirant servir le tennis de table d’une autre manière, mes fonctions de directeur d’école ne me permettent plus d’entraîner le soir.
Pour moi, c’est le coup de foudre et je découvre à ce moment-là ce qu’est vraiment le rôle du dirigeant et la façon dont il s’assume. Au début, nous nous réunissons dans notre petit bureau du palais des sports de Tours, où nous sommes à l’étroit, puis dans une salle prévue à cet effet, nous serons aussi accueillis par le TT Joué avant de pouvoir enfin emménager à la Maison des Sports de Touraine où nous trouverons des conditions de travail idéales. Pour le moment, nous nous serrons un peu dans une petite pièce qui sent l’encre de la ronéo que Claude Errant fait tourner à fond, la photocopieuse, ce sera pour plus tard. Les séances du comité directeur du CILTT se déroulent dans le strict respect de la loi de 1901, à savoir dans celui de la démocratie et cela devrait inspirer bien des clubs.

Chaque réunion commence par des informations sur la FFTT par Jean-Jacques Brion, le président, très au fait car il fait partie de plusieurs commissions fédérales. Puis nous prenons les décisions de l’ordre du jour: après un tour de table où chacun s’exprime, nous votons. Je dois avouer qu’en écoutant les collègues il m’arrive souvent de changer plusieurs fois d’opinion; Jean-Jacques est là pour nous rappeler quand nous sortons de la légalité ou des règlements fédéraux.

Vient ensuite le moment où les présidents de commissions rendent compte de leurs activités.
La séance se clôture par les questions diverses, s’il y en a. Cette façon de mener une réunion de travail devrait inspirer les clubs…mais combien sont-ils à procéder ainsi? Pour mes débuts au CILTT, j’entre à la CDJT; au début, il n’y a pas de CTD, tout est géré par les bénévoles, l’organisation des stages, leur lieu d’implantation, leur encadrement, la sélection des stagiaires, les compétitions départementales… j’en serai un temps président mais j’acquiers vite la conviction qu’il n’est peut-être pas judicieux qu’un entraîneur occupe ce poste et qu’il serait  souhaitable qu’un regard différent puisse veiller sur ces organisations…aussi, quand un collègue revendiquera la place, je la lui céderai sans regret; je suis un homme de terrain plus à l’aise autour des tables. J’aide aussi Charles Rottreau pour la formation des entraîneurs départementaux et des pilotes.

Pendant cette période, l’US Renaudine ayant un nombre important de licenciés d’ Auzouer en Touraine, ceux-ci nous quittent pour fonder un club dans leur commune, ce que je trouve encourageant au niveau du développement car mon club est dans un désert pongiste; malheureusement, les dirigeants de l’ U S R vont laisser les liens se distendre. En tant que secrétaire, je suis témoin de l’évolution que prend la vie du club, j’en parlerai plus loin. Dans le milieu des années 80, celui-ci accède enfin à un gymnase grâce à l’amicale complicité de la ligue et du CILTT qui ont déclaré le préau non homologable à partir d’un certain niveau de championnat et de l’inspecteur primaire ainsi que la directrice d’école qui s’opposent à la présence de personnes étrangères à l’établissement sans un responsable appartenant au personnel enseignant.
La municipalité a accolé à la salle un appentis où il est possible de ranger vingt-cinq tables.
Le club et le CAS conservent les mêmes horaires, le premier peut obtenir le gymnase le samedi après-midi et le dimanche matin pour les compétitions.
Tout est en place pour mener une politique de développement. Ironie du sort! Pendant plus de vingt ans je me suis battu pour obtenir une vraie salle de sport et c’est mon successeur qui en bénéficie!

Pendant les grandes vacances, j’encadre toujours les stages pour tous où j’apprends beaucoup les formations que j’ai suivies ne traitaient pas entièrement de l’entraînement de la base et les nouvelles sont axées uniquement sur les jeunes, or, pour le moment, nous avons surtout des adultes et cela me conforte dans la conviction qu’il y a un public de seniors pour l’entraînement dirigé et structuré.
Durant cette période, je suis une formation sur l’échauffement en musique, les picots longs, la raquette combi, son utilisation selon l’adversaire et les tactiques à développer contre ses utilisateurs.

D’un stage d’hiver à Chambéry, combinant tennis de table le matin et ski de fond l’après- midi et dirigé par Jean- Paul Weber, je ramène une pneumonie qui me clouera deux semaines au lit, j’ai pu rentrer grâce à mon fils Luc qui a conduit tout au long du retour.
Lors de discussions avec les autres cadres, j’apprends qu’un climat de haine s’est instauré entre les membres de l’ancienne DTN et ceux de la nouvelle; c’est très mauvais pour note image mais, en prenant parti pour un camp, le président  et son DTN ont aggravé le conflit, la négociation et le compromis sont toujours préférables, il faudra attendre la présidence de Bernard Jeu qui «aura le culot (Jean Devys dixit) d’aller chercher un DTN dans une autre discipline (Pierre Albertini) pour que la paix revienne».

Essai de retour au club, vers la rupture.
Questions de principes.

Je ne voudrais pas qu’on puisse penser que j’ai été en conflit permanent avec le club. Les événements que je vais relater s’étalent sur vingt-cinq ans. De plus, cela ne concerne pas tout l’effectif mais seulement un triumvirat escorté de quelque(s) courtisan(s). Enfin, je ne voudrais pas paraître régler mes comptes, tout cela est loin et je suis en fin de vie, je n’éprouve aucune rancœur, d’autant plus que beaucoup des protagonistes ont quitté la scène. J’ai pensé un instant faire l’impasse sur ces événements. Néanmoins, ils sont révélateurs de modes de pensée et d’usages qui règnent dans de nombreux clubs. Tout ce qu’on peut me reprocher, c’est le délit d’opinion, j’ai eu le tort de ne pas épouser les idées d’une minorité agissante, je ne suis responsable d’aucune décision, d’aucune orientation car on m’a tenu soigneusement éloigné de toute forme de pouvoir.

Ce sur quoi je ne puis transiger.

L’entraînement des seniors.

D’après bon nombre d’entraîneurs de la première heure, il leur a été impossible de convertir la majorité des adultes à un entraînement structuré; bien que disposant maintenant d’espace et de tables en nombre suffisant, on continue à « s’entraîner à l’ancienne », c’est à dire en enchaînant des matchs.
Bien entendu, les partisans de cette façon de procéder ne manquent pas de faire remarquer que cela correspond au vœu de la majorité des seniors. C’est fort possible, mais aucune étude n’a été faite sur ceux qui auraient aimé jouer au tennis de table et s’en sont détournés faute de pouvoir l’apprendre correctement. J’ai dit plus haut le mal que je pensais de cette coutume, je n’y reviendrai pas. Cependant, si elle convient aux forts qui se retrouvent à jouer entre eux, je doute que ce soit le cas pour les faibles qui souhaiteraient progresser et à qui on n’en accorde pas la possibilité.
Il faudra bien un jour se demander ce qu’est un club.
Est-ce une sorte de libre-service où tout un chacun vient consommer du ping-pong proportionnellement à ses moyens? Au contraire est-ce une association où les riches sont prêts à partager avec les pauvres, c’est à dire où les forts acceptent de donner un peu de leur temps pour aider les faibles à progresser? Si on adopte ce deuxième point de vue, cela ne peut se faire que dans le cadre de l’entraînement structuré car un match entre un joueur très fort et un débutant n’a pas de sens.

 Si l’on adopte le premier point de vue, alors qu’on cesse de brandir la convivialité du tennis de table comme un étendard. Il ne s’agit pas non plus de tout bousculer mais de trouver un juste milieu en programmant régulièrement une séance collective. La FFTT vante les mérites du tennis de table qui permettrait à des sportifs arrivés au bout du parcours dans des disciplines comportant des risques d’envisager une seconde carrière compétitive sans dommages pour la santé. C’est bien beau, mais comment vont-ils apprendre, qui va s’en charger, et de quelle manière?
Je doute fort qu’habitués à des entraînements dirigés ils se sentent attirés par un milieu où il faut se débrouiller pour trouver des conseils, des leçons et ne serait-ce qu’un partenaire.

L’entraînement des jeunes.

Les formations d’entraîneurs bénévoles actuelles ne concernent plus que les jeunes (années 80-90). Nous devons nous poser la question de savoir quelle place occupe la formation dans les priorités de nombreux clubs: une priorité absolue car il s’agit de la transmission et de l’éducation? Est-ce une simple obligation par laquelle il faut passer pour pouvoir qualifier les seniors dans une division supérieure?
Selon les réponses, le club met en place une structure performante ou se repose sur un individu qui veut bien décharger les autres de cette corvée, tout en lui laissant une autorité absolue et sans contrôle; qu’il se débrouille donc et nous laisse accomplir la mission essentielle de faire grimper la première en R1, par exemple!

Or, regardons-y de près: les jeunes, c’est peut-être vingt licences, la première quatre à cinq individus; d’après le principe d’égalité, est-ce que quatre comptent plus que vingt? Y a-t-il des licenciés supérieurs aux autres?
Mettons-nous d’accord, je ne prêche pas pour tout sur les jeunes mais ceux-ci doivent occuper une place privilégiée dans le projet du club, ce qui a pour conséquence que ce problème majeur doit être celui de tous.
Autres questions à se poser: pensez-vous qu’on peut former un éducateur en quatre jours? C’est possible si celui-ci, à la formation initiale qu’on lui a donnée avec son diplôme, ajoute l’effort de continuer à se perfectionner auprès de cadres référents (conseil donné par les formateurs), dans des journées à thème comme en offre la ligue, de se documenter, de se rendre dans les grandes manifestations où l’on voit jouer techniquement juste, n’hésite pas à recourir aux conseils du CTD, du CTR.

Ces recommandations sont d’autant plus pertinentes si l’entraîneur a un petit niveau de joueur. Si, fort de son diplôme, il se renferme dans son club et ne s’appuie que sur sa propre expérience, il risque de diffuser un tennis de table qui ne suit pas l’évolution rapide de la technique, voire d’enseigner la sienne propre et sa vision personnelle du jeu.
C’est ainsi que la défense, mal connue de beaucoup de techniciens, n’est même plus programmée. Les cadres techniques pros que je rencontre à cette époque (années 80) préconisent d’encourager la mise en place non pas d’un entraîneur unique mais d’une équipe d’entraînement. Les raisons en sont multiples: difficile dans la même séance de faire évoluer des tranches d’âge du poussin au junior, des niveaux allant du débutant au joueur confirmé, des styles différents; difficile également de coacher des jeunes dans des salles éloignées les unes des autres; difficile toujours de trouver des voitures et des responsables dès qu’il est question de déplacement.

Dans une équipe, on se soutient mutuellement, on n’est pas obligé d’annuler une séance en cas de maladie de l’encadrant, on peut conseiller le collègue qui est dans l’erreur. Enfin, personne ne peut garantir que l’unique technicien ne sortira jamais du droit chemin, une équipe si… J’entends déjà les récriminations de ceux qui vous diront que trouver un candidat c’est difficile, alors une équipe! … Mais si nous manquons de candidats, c’est parce qu’on a laissé la fonction se dévaloriser.
En 1964, des joueurs très forts se présentaient à la formation et ont entraîné longtemps.
Vingt ans après, ce n’est plus le cas, tout simplement par refus d’y voir un secteur essentiel alors que nos partenaires institutionnels mettent toujours en avant le rôle social et éducatif du club. Et notons que nos clubs les plus performants en seniors le sont également en jeunes…malheureusement, ils sont peu nombreux…mais c’est très souvent de leurs rangs que se déclarent les meilleurs éducateurs, tout simplement parce qu’ils ont été très tôt à bonne école. Ce qui implique que chaque entraîneur doit se donner pour mission de susciter des vocations et d’aider les autres à le rejoindre.

Club et tennis de table.

En s’affiliant à la FFTT, chaque club, à son niveau, hérite des trois missions essentielles de celle-ci: la formation qui concerne autant les joueurs que les éducateurs, dirigeants et arbitres, au moins au niveau du recrutement; le sport de masse et celui-ci se présente obligatoirement sous des aspects variés, on retrouve là le principe du développement, le club qui refuse des licenciés, l’entraîneur qui ne veut pas de certains joueurs manquent gravement à cette mission; la performance et la recherche d’une élite, celle-ci est toute relative, tout le monde n’est pas armé pour envoyer des joueuses et des joueurs en équipe de France, il s’agit plutôt d’aider chacun à parvenir au maximum de son potentiel. Hélas! Trop de clubs ne s’intéressent qu’à la performance et aux meilleurs.

Autre aspect de la question: on peut servir le tennis de table en dehors du club. Celui-ci n’est pas synonyme du sport qu’il représente et certaines prises de position, attitudes, certains comportements nuisent parfois gravement à notre image; Et n’oublions jamais que, lorsqu’un licencié nous quitte parce que nous n’avons pas su lui donner ce qu’il était venu chercher, c’est de la contre-propagande.

Gouvernance du club.

Je ne voudrais porter aucun jugement sur ce qui va suivre car c’est souvent le contexte qui décide de la façon dont le club est géré. Schématiquement, deux méthodes se distinguent et chacun a le droit d’avoir une opinion là-dessus sans déchaîner l’ire de ceux qui pensent différemment, la vie associative est aussi l’école de la liberté de pensée et de la tolérance. En nous appuyant sur des références historiques, nous pouvons discerner deux tendances peut être enracinées dans notre inconscient collectif.

Structure autoritaire, référence à la féodalité.

Vous avez tous en mémoire le système féodal. A la tête le suzerain (le roi ou un seigneur tout puissant). Sous ses ordres, les vassaux, eux-mêmes régnant sans partage sur leur fief. Remplaçons le suzerain par le président de club, les vassaux par des responsables de secteurs d’activité et nous avons l’image de l’organisation de bien des clubs, surtout les plus modestes.
Ça peut fonctionner si chacun rend régulièrement compte de ses actions et surtout s’il est contrôlé par le comité directeur. Mais ça peut aussi se dévoyer quand chacun de ces personnages se mue en petit chef qui, s’estimant maître absolu dans son domaine, prend des décisions qui, normalement, relèvent du comité directeur. C’est notamment vrai pour l’entraîneur à qui on confie des enfants et qui n’a par exemple pas à décider qui il inscrit, de qui il s’occupe ou non, de punitions sévères, à faire preuve  de favoritisme ou de conduite répréhensible comme cité ci-dessus.
Mais d’une façon générale, c’est vrai pour tout  responsable qui doit soumettre chaque décision importante au vote des élus, voire de l’assemblée générale. Et tout doit se faire dans la transparence.

Structure collégiale, la voie démocratique.

Elle fonctionne dans les grands clubs où les activités sont gérées par des commissions, ce qui permet à tous ceux qui souhaitent s’investir dans la vie associative d’avoir voix au chapitre. C’est transposable dans les petits clubs à condition de participer à plusieurs commissions, je suppose qu’être dans la sportive d’une structure de quarante licenciés donne moins de travail que dans une autre qui en compte plusieurs centaines.
Je sais qu’il n’y a pas foule de volontaires dès qu’il s’agit de prendre des responsabilités mais former des dirigeants, des animateurs, des entraîneurs, des arbitres, est une mission de tout club qui se respecte et de tout président qui souhaite développer son sport. Et rappelons-nous que le travail en équipe est une assurance contre les erreurs, le laxisme, le parti-pris, l’injustice et toute conduite répréhensible.

Je n’insisterai pas là-dessus, vous savez de quel côté je penche, ce que j’ignore à cette époque c’est que s’exprimer librement puisse être considéré comme une faute et ne pas partager les vues de quelques personnages influents comme un sacrilège.

Long chemin vers le départ. Premières pommes de discorde.

Premières escarmouches.

Peu avant mon départ de la fonction d’entraîneur, je reçois deux courriers l’un du CTR, l’autre de la DTN, demandant d’augmenter le volume d’entraînement de Cyrille et de Stéphane ce que le club n’est pas en mesure de faire, ne disposant que de deux jours par semaine pour les entraînements. Je communique ces courriers aux familles, seules, avec les joueurs eux-mêmes, habilitées à prendre une décision.
Pour Cyrille, la famille choisit la mutation à l’US Joué qui peut offrir plus de possibilités quant aux horaires et aux compétitions seniors avec la garantie d’un excellent entraîneur en la personne de Paul Rougeux; Stéphane entre à la section sport-études de Rennes (dirigée par Yves Régnier) et ne s’entraînera plus au club. Ces choix me seront reprochés car ce sont deux des meilleurs joueurs en seniors.

Deux ans plus tard, la D T N et la section sport- études m’écrivent pour signaler que Stéphane ferait mieux de se reposer quand il rentre plutôt que perdre son temps dans un championnat par équipes départemental. Le C T R s’empare du dossier et Stéphane choisit de revenir en Touraine tout en mutant pour un club qui le ferait jouer en nationale. Malheureusement, le lycée d’Amboise n’étant pas adapté à cette situation, il devra abandonner le tennis de table pour sauvegarder ses études. Quant à Philippe, malgré une finale aux championnats de ligue où il sort presque toute la sélection des inter-ligues et la promesse par Patrice David d »un plan de carrière intéressant, il fait le choix personnel de se consacrer uniquement au football, son sport d’origine. Je sais qu’on me rend responsable de la perte des trois meilleurs joueurs du club, c’est mal me connaître, je n’ai pas l’habitude de prendre des décisions à la place des autres…et en aucun cas, un club n’est propriétaire d’un joueur. J’entendrai des réflexions du style: « C’est bien la peine qu’on se donne du mal à former des jeunes… » même si les « on » en question n’ont jamais entraîné.

La situation locale.

Le maire et moi pensons que deux clubs pour un même sport dans une petite commune est une anomalie d’autant plus qu’ils ne se font pas concurrence, recrutant des publics différents, et sont plutôt complémentaires. Et puis le sens de l’engagement pris était la fusion en cas d’échec du CAS omnisports, celui-ci avait vocation d’être école et non club. Mais les dirigeants de l’USR tennis de table n’en ont rien à faire n’ayant rien promis.

Néanmoins, une saison, le CAS se rend à mes arguments et ses membres se licencient au club, sans toutefois dissoudre le leur. Le CILTT se montre compréhensif en agréant le championnat local. Nous passons près d’un grand moment.
Malheureusement, à l’entraînement, les compétiteurs les condamnent à jouer entre eux, se refusant à la moindre concession, ne changeant en rien leurs habitudes. Résultat: en fin de saison les membres du CAS reprennent leur autonomie en déclarant qu’ils n’ont aucun intérêt à payer une cotisation qui ne leur apporte aucun avantage, étant capables de se gérer seuls (ce qui est juste).

A cela je dois ajouter que, contrairement aux conseils de la DDJS et aux consignes de la ligue, des licenciés participent aux compétitions du CAS. Un jour un article de la NR signale un tournoi à Château- Renault; un jeune du RS St C (je crois) y participe en toute bonne foi puisqu’il y reconnaît des joueurs qu’il rencontre d’habitude. Il est vainqueur, cela lui vaut les honneurs de la rubrique locale de la NR mais par la même occasion un blâme du CILTT car il n’aurait pas dû s’inscrire à un tournoi non homologué.
Je pense qu’il s’est trouvé piégé…mais L (comme leader vous l’aviez deviné), qui s’est imposé comme dirigeant des deux structures malgré mes recommandations qu’on a toujours refusé d’entendre, a contribué à créer la confusion. Certains licenciés FFTT disputent même le par équipes du CAS lequel, lorsque j’évoque une fusion éventuelle, on m’accuse de « vouloir tuer » (sic) .

Lecture de France – Tennis de Table.

En qualité de correspondant je reçois trois numéros de la revue fédérale. Au dos de chaque exemplaire j’agrafe une liste de noms pour indiquer comment le faire circuler. Je ne mets pas longtemps à constater que la circulation s’arrête à quelques personnes. Tout se passe comme si certains étaient dignes de recevoir l’info et d’autres pas. Je le signale mais là encore j’agace.
Je me résous à déposer les revues dans le club-house, un nom ronflant pour un réduit obscur qui sert à la fois de bureau, de bar, de réserve et que certains n’hésitent pas à transformer en fumoir. Je n’ai aucune illusion quant aux revues, elles finiront chez les mêmes.

Pendant la période 1982- 1989, je réponds favorablement à la C R A qui me désigne comme juge-arbitre de la Nationale par équipes. Je me souviens de Montoire (où je vais souvent c’est à 20 minutes de chez moi en voiture), Suèvres chez les filles, de la 4S chez les garçons. Je participe aux entraînements techniques du CILTT le mercredi mais je ressens comme une animosité du club pour ces activités extérieures qui s’ajoutent aux stages Tibhar bien que j’évite d’en parler.

L’entraînement du club.

En 1989, je suis à la retraite et disponible pour reprendre l’entraînement des jeunes. La situation est délicate car je ne puis demander à E (comme entraîneur vous le saviez) de me rendre ma place, mais telle n’est point mon intention. Je propose une gestion collégiale avec l’objectif de convaincre d’autres membres du club de suivre une formation et de nous rejoindre. Je soumets ce projet au président qui, quelques jours plus tard, me donne la réponse: je peux entraîner (c’est encore heureux!) mais E reste le patron. Le sujet n’a pas été proposé au comité directeur, qui a pris cette décision? Le président? C’est mon vieil ami Pierrot, j’en doute. L? C’est possible. E?
Je ne le saurai jamais.

A cela je réponds que c’est impossible, primo parce que solidaire de tous les brevetés d’état je ne puis me mettre dans une telle situation, secundo parce qu’en qualité de formateur FFTT je me dois de respecter la hiérarchie des diplômes, tertio parce que je ne voudrais pas courir le risque de me retrouver à enseigner une technique approximative avec des exercices inappropriés. E formé voici huit ans en quatre jours n’a jamais éprouvé le moindre besoin de participer aux journées de recyclage du CTR, il a un faible vécu de joueur et une technique personnelle assez primaire…et je sais pertinemment que les connaissances s’estompent vite quand on ne prend pas la précaution de le réactualiser régulièrement. Cela va être considéré comme de l’orgueil de ma part.
Il est vrai que les formations sont sans doute très mal connues. L lui-même, maître à penser du club, m’a une fois demandé de le faire embaucher chez Tibhar, je lui avais alors répondu que je n’en avais pas le pouvoir et que de toute façon, pour entraîner contre rémunération, il fallait être titulaire d’un brevet d’état, ce qui au bas mot prend deux ans. Il avait paru surpris, mais beaucoup de gens pensent que savoir jouer suffit pour savoir entraîner.
Quand E est revenu au club avec son diplôme flambant- neuf, L m’a dit: «Maintenant, il a le même diplôme que toi»; je lui ai alors conseillé de se renseigner, ce qu’il n’a sans doute jamais fait comme la suite le montrera.

En attendant, faute de pouvoir m’occuper des jeunes licenciés, je propose d’encadrer l’intervention en milieu scolaire, ce qui est alors fortement encouragé par le ministère sous le nom de « contrats bleus », puis « aménagement du temps de l’enfant », le secrétaire d’état, M.Bergelin, ami du maire, vient même en personne à Château-Renault en donner le coup d’envoi.

Parallèlement, je lance une école du mercredi après-midi, ouverte aux huit- neuf ans, et qui rapporte une trentaine de licenciés au club. Étrangement, aucune de ces opérations ne figure dans les comptes rendus des A G, cela aurait dû me m’alerter de ce qui arrivera.
Le collège ayant exigé la salle le mercredi pour ses compétitions scolaires, je suis obligé de fermer l’école. Ce qui se traduit par une baisse d’effectifs mais personne ne semble faire le rapprochement. Je reviendrai plus loin sur la façon plutôt cavalière dont le club traite les diplômes.

L’entraînement des adultes.

Comme presque partout ailleurs, ceux-ci « s’entraînent » en faisant des matchs. On ne met pas longtemps à s’apercevoir que le club n’est pas un bloc homogène mais une sorte d’archipel dont les îlots correspondent grosso-modo aux équipes avec de faibles échanges entre îlots voisins (de niveau); Si ça fait l’affaire des meilleurs qui jouent entre eux, il n’est pas difficile de réaliser que c’est « la galère » pour les plus faibles quand il s’agit de trouver un partenaire et « mission impossible » pour tout nouvel arrivant de niveau faible ou débutant.
Pas de quoi intéresser ceux qui, carrière terminée dans un autre sport, souhaiteraient se reconvertir, car cette ambiance ne favorise pas non plus l’apprentissage. J’évoque ce problème au comité directeur, on feint de m’écouter et on m’accorde huit tables pour un entraînement dirigé, mais je sais d’emblée que tout est réuni pour que ça ne marche pas.

D’abord « les ténors » le boycottent, ensuite les autres, se retrouvant une fois de plus entre eux, traînent un peu les pieds, arrivant en retard pour couper à l’échauffement physique, manquant de rigueur dans les exercices de régularité, quittant la séance pour aller faire un match; au bout de quelques essais, j’annule cette activité et on ne manque pas de me faire remarquer que les joueurs n’en veulent pas. Ce qu’on ne sait pas, c’est que je ne me faisais aucune illusion, instruit par l’expérience d’autres entraîneurs mais je me devais d’essayer.

Ensuite, on ignore combien de gens ne se licencient pas chez nous faute de structures d’apprentissage. La conclusion que j’en tire est double: les pongistes ne souhaitent pas rompre avec leurs habitudes; l’égoïsme règne en maître, chacun ne voit que ce qu’il estime être son propre intérêt, je ne suis pas le seul à le penser; de grands présidents, comme Bernard Jeu et Pierre Albertini, lequel est issu du judo qui se revendique de l’altruisme, l’ont en leur temps signalé. La devise des mousquetaires de Dumas « un pour tous, tous pour un », nous en faisons « chacun pour soi ».

Ça ne va guère favoriser la mise en place d’une politique de développement. La question est simple: est-elle souhaitée par la majorité de nos licenciés actuels? Ou exprimé différemment: peut-on penser sérieusement que cette politique de développement est envisageable sans la solidarité? Sans que chacun aide plus faible que soi?

Je ne suis pas un kamikaze et je sens bien que mes positions m’attirent une certaine hostilité.
D’un côté, un comité directeur qui a trouvé un équilibre en satisfaisant ses licenciés (du moins les meilleurs mais ce sont eux qui sont aux commandes).
De l’autre côté, moi seul qui porte un regard critique et propose des changements susceptibles de mettre en danger cet équilibre. Je sais que c’est perdu d’avance mais je ne puis pas avoir une certaine position au CILTT, dans les stages et une autre à l’opposé dans le club. J’aurais dû me souvenir du conseil reçu d’un ancien: « Si un jour tu entres au service de la ligue, ne te mêle plus des affaires du club ».

En attendant, j’accepte une demande du club qui, voulant offrir un cadeau au président pour son anniversaire, a imaginé de lui faire gagner le championnat de D4 (avec la coupe qui va avec).
Je dois donc pour cela être présent dans cette division toute une saison, ce qui ne m’enchante guère car je déteste jouer la nuit. Nous parvenons à notre objectif après une victoire arrachée de justesse en finale à l’ABC Tours où évolue le jeune… Michel Debruyères.. Le titre est obtenu parce que j’ai réussi à gagner tous mes matchs tout au long de la saison, ce qui n’est nullement une performance, nous sommes en D4 et je me situe encore autour du classement 50. Mais à l’AG, aucune allusion à mon rôle, aucun remerciement…là encore j’aurais dû me méfier.
Pour l’anecdote, la saison suivante, on me sollicite pour renforcer la même équipe en finale de D3…et là, la même équipe de l’ABC Tours nous donne une bonne leçon de tennis de table; jeunes ils ont su progresser, vieux nous avons stagné, c’est la vie.

Les quarante ans du club.

En juin 1994, on décide brusquement de fêter le quarantenaire. Je m’étonne de cette précipitation car le club n’aura quarante ans qu’à la mi-octobre, date de son homologation, en principe un anniversaire se fête à terme échu, certains clubs le rappellent tout au long de la saison par des organisations diverses pour conclure par une cérémonie.
Tout se fait dans la hâte. On me demande les adresses d’anciens joueurs et dirigeants, ça n’est pas simple car il faut chercher dans les annuaires puis téléphoner pour vérifier.
Ensuite on me dit de fournir par écrit les éléments de la vie du club antérieurs à 1980, c’est à dire connus de moi seul car « on a décidé » que l’équipe féminine allait écrire l’histoire du club demandée par le rédacteur en chef du bulletin municipal. Où a été prise cette décision? Par qui? En tout cas pas en comité directeur.
Je fais remarquer que ce serait plus simple que je le fasse moi-même. Le rédacteur en chef veut son article et peu lui importe par qui il est écrit. Je lui envoie ma copie estimant être le mieux placé pour relater des faits dont j’ai été l’un des acteurs et l’unique témoin toujours au club… C’est très mal pris et je sens que quelqu’un (que je devine) tient à avoir le contrôle de A à Z; à mes yeux, jouer en régionale féminine ne constitue pas obligatoirement une référence littéraire.

Arrive sur le tapis la question de la forme à donner à cette cérémonie. En dehors de la réception officielle, L voudrait organiser un bal. Nous sommes quelques-uns à rétorquer que ça semble inapproprié. Difficile de trouver un choix de danses pour un public qui ira de l’ado au septuagénaire, les personnes présentes viennent plutôt pour se retrouver, parler que danser. Le comité directeur opte pour un simple buffet après la cérémonie, ce qui permettrait des retrouvailles et des va et vient multiples. Mais L ne s’avoue pas vaincu et, quelques jours plus tard, il nous annonce qu’un orchestre de sept musiciens dirigé par un de ses amis propose de jouer gratuitement pour le club. Personne ne s’étonne bien que ce genre de formation donne rarement dans le bénévolat. Nous ne saurons non plus jamais son nom. Revirement du comité directeur qui choisit le bal.

Peu avant la fête d’anniversaire, L, la mine désolée, nous apprend que le miraculeux orchestre a un empêchement et ne pourra venir, s’évanouissant dans les brumes de la désillusion… Cependant qu’on se rassure! il nous a déniché un duo-musette qui jouera en ouverture et un disc-jockey qui assurera le bal (mais ces deux-là ne sont pas gratuits). Si ça n’est pas de la manipulation, ça lui ressemble étrangement, mais le comité directeur gobe la couleuvre sans broncher.
Je comprendrai plus tard que L tenait à son bal pour des raisons personnelles.

Arrive le jour de la fête. Je m’attends à ce qu’on me demande de dire quelques mots sur l’époque du début aux années quatre-vingts. Eh bien, Je vais être servi! L s’installe d’autorité en maître de cérémonie, monopolise la parole et gomme soigneusement ma présence, il a un mot pour tout le monde sauf pour moi comme si je n’existais pas.
A deux reprises mon rôle dans le tennis de table au club et hors du club est évoqué par le président du CILTT, Jean- Jacques Brion et par l’adjoint aux sports de la ville, Louis Guirado. L continue de m’ignorer, n’a pas un regard dans ma direction et agira ainsi tout le reste du temps.
Je le considérais comme un ami et je me sens trahi. Je ne serai pas le seul qu’il trahira ce jour car il manipule le tennis de table local. Pendant le bal, ma famille et moi sommes relégués dans un coin de la salle, au ras des baffles du disc-jockey qui nous crèvent les tympans avec une musique tonitruante et syncopée nuisant à tout échange verbal… Le duo musette joue une heure trente de tubes de l’entre-deux guerres que personne ne danse… puis le disc-jockey envoie des airs surtout destinés aux jeunes. Plus dur pour moi, je ne puis parler avec les anciens joueurs qui étaient venus pour cela. Mes vieux amis Robert et Pierre et leurs épouses s’éclipsent vers minuit me faisant part de leur déception, je ne les reverrai plus jamais. Un autre groupe parvient à ma table et m’exprime aussi ses regrets, ils étaient venus pour des retrouvailles.

Un éducateur d’un autre sport me dit: « Ce n’est pas l’anniversaire du ping-pong, c’est la fête de L! », un second: « Georges, tu n’existes plus pour le club, il te faut muter. » (bien vu!).

Force m’est d’en tirer des leçons: a-t-on voulu me pousser vers la sortie? Veut-on me faire rentrer dans le rang? Mes propositions dérangent-elles? Mon passé pongiste fait-il de l’ombre? Mes activités au-dehors du club sont-elles mal perçues?
En tout cas, L aurait pu m’en parler, nous étions amis, mais il ne se prononcera jamais sur ce sujet. Je sais bien que je ne dérange pas l’ensemble de l’effectif, mais seulement quelques caciques influents. Je décide alors de m’éloigner du club et de servir notre sport ailleurs. Je préviens que je compte mettre un terme à mes activités de joueur, demande à être remplacé comme correspondant, mais personne ne se présente.

Quelques jours plus tard, des postes étant vacants au comité directeur de la ligue, je me présente et suis élu. Cela m’ouvre aussi la porte des stages régionaux, j’en parlerai plus tard. Dans la foulée, je préviens le directeur municipal des sports que je désire cesser mes interventions en milieu scolaire. Nous nous mettons d’accord pour que deux moniteurs municipaux prennent le relais.
Je les accompagne dans les stages de ligue et ils deviennent entraîneurs régionaux.
Cependant, ils n’enseigneront jamais le tennis de table dont le hand-ball prendra plus tard la place. Pour le moment, je décide de me comporter comme la majorité des licenciés, me contentant de jouer. J’ai encore un niveau honnête qui me permet de trouver facilement des partenaires d’entraînement parmi les plus modestes car je refuse de sacrifier au protocole établi qui veut que, si on désire jouer avec plus fort que soi, on doive le solliciter, sans être sûr qu’il accepte.
J’ai toujours trouvé cette coutume humiliante pour les joueurs de petit niveau. Bien entendu, je dois accepter de faire des matchs, ce qui ne m’arrange guère car j’ai surtout besoin d’entretenir ma technique en qualité d’entraîneur. Ma décision de renoncer à la compétition me prive de certains partenaires. Je n’ai pas le choix.

Autre pomme de discorde, le club et sa vision des diplômes.

 Confier des jeunes à un entraîneur est une énorme responsabilité que prend le club. Dernièrement le président de la FFTT le rappelait. L’éducateur a le devoir de se former, puis de se recycler régulièrement pour offrir les meilleures garanties, mieux, puisqu’il y a une gradation des diplômes, plus il élève son niveau, plus ces garanties sont solides. Mais tous les clubs n’ont pas le respect de la hiérarchie des diplômes, c’est grave s’agissant d’éducation.

La place du chef.

Plus tard, un deuxième licencié, E2, atteint le grade d’entraîneur régional. Il devient donc l’égal de E, avec des connaissances plus actuelles, donc une opportunité d’améliorer l’entraînement. Je vais donc savoir ce qu’on entend par être le patron. Je suis édifié. E lui confie tous les maladroits, ceux qui n’arrivent pas à mettre la balle sur la table, qu’on fait jongler, envoyer la balle dans le mur, avec de brefs intervalles sur quelques tables en nombre insuffisant. Si un jeune montre des dispositions, E le prend dans son groupe. E2 est donc voué à une tâche ingrate et je ne vous cacherais pas que, soumis à ce régime, j’aurais abdiqué.

Le rôle d’un responsable d’entraînement est d’aider les autres cadres à se perfectionner, je rappelle qu’ici il y a égalité de diplôme.. Mais ce n’est pas tout: un soir j’annonce à E2 qu’une de ses joueuses, Géraldine, a de fortes chances de devenir championne départementale dans sa catégorie le week-end suivant. E a entendu, immédiatement, Géraldine change de groupe, elle gagne le titre, et à qui les honneurs? E2 finit par se plaindre de la situation, je lui conseille de suivre la formation 35 TK (entraîneur fédéral de nos jours) dont l’examen est difficile. Il le réussit et se retrouve alors plus diplômé que le patron. Mais quand il remet les pieds dans la salle, il est accueilli par ces paroles: « Je sais que tu as réussi l’examen du 35 TK, je garde la direction, c’est l’expérience qui compte! ». Aucune réaction du club ce qui révèle bien qu’on fait peu de cas de la formation, comme la suite le montrera. E lui-même fait les frais de cette désinvolture.

Un jour, on lui annonce que dorénavant c’est l’équipe féminine qui entraînera les filles (seule une joueuse a suivi une formation mais sans avoir pratiqué), E accepte, l’expérience dure à peine un mois avant que ces dames ne réalisent qu’entraîner ne s’improvise pas et abandonnent.
Une autre année, Philippe revient au club et s’impose rapidement comme l’un des meilleurs joueurs. L’annonce à E que dorénavant c’est Philippe qui entraînera les meilleurs jeunes.
Si celui-ci a une certaine autorité, lui aussi n’a pas suivi de formation et déclare ne pas vouloir le faire. Au bout d’un mois, il décrète ne pas avoir envie de perdre son temps avec des fainéants et repart au football.
J’en déduis deux choses: le club traite le problème des jeunes avec légèreté et le peu de considération vis à vis de mon expérience ne me visait personnellement pas forcément. Le pire est à venir. Avant cela, détails amusants. Je ne suis plus en odeur de sainteté au club, vraisemblablement à cause de mes opinions, et pourtant, je suis élu régulièrement au comité directeur bien que je veille à ne pas faire acte de candidature (cela n’a rien d’illégal) et c’est moi qui le représenterai aux assemblées générales de la ligue de 1994 à 2007… on n’est plus à une contradiction près.

Lexique. Le fait du prince.

 Dictionnaire: acte arbitraire du souverain Expression qui s’emploie couramment chaque fois qu’un responsable prend seul une décision qui n’est pas de son unique ressort. Personne, dans une association, n’a le droit de décider au nom de tous ce qui peut faire l’objet d’une discussion, d’un vote. Le président n’est pas omnipotent, il doit rendre des comptes au comité directeur, à l’assemblée générale et leur soumettre tous les problèmes à résoudre. De même, l’entraîneur, qui, lui, tient son statut non plus d’une élection mais d’un savoir sanctionné par un diplôme, n’a pas non plus tous les pouvoirs et doit aussi être contrôlé et rendre des comptes. Mais, souvent, du fait de la démission morale de la majorité des licenciés, ces personnages outrepassent leurs prérogatives. C’est aussi le cas des « éminences grises » c’est à dire ceux qui dirigent réellement (en sous-main) quand le président et le comité directeur ne sont pas à la hauteur.
Je vous laisse le soin de déceler le fait du prince dans mes écrits précédents et ce qui suit. Mais qui, dans un club, sait que celui-ci est régi par la loi de 1901, gage du respect de la démocratie?

L’entraîneur, qui le nomme? Qui le contrôle? Place des jeunes dans le club.

    Au bout de seize années d’exercice, E passe la main et part croulant sous les cadeaux. Personne au club ne s’est jamais soucié de la façon dont il a exercé son ministère. Du moment qu’il y avait quelqu’un pour se charger des jeunes, qu’il n’y a pas eu de vagues, tout roule et, ainsi, l’élite peut se consacrer à ce qu’elle conçoit comme la mission suprême du club, faire monter les équipes premières. E2 a quitté la ville pour raisons professionnelles, c’est E3 qui devient responsable des jeunes, avec le grade d’entraîneur régional. Il a, suite aux conseils des formateurs, fait la formation 35 TK mais a échoué à l’examen. Je suppose qu’il a été pénalisé par une technique individuelle déficiente, il a un petit classement et il est venu très tard au tennis de table.

J’ai déjà dit, et j’y reviendrai, qu’il est rare que les meilleurs joueurs suivent les formations, ce qui démontre que, dans l’esprit de la plupart des licenciés, les jeunes ne constituent pas un secteur essentiel. J’ai été, sous l’autorité de François Buys, CTR, formateur de E3 pour les diplômes E D et E R, mais pas pour le 35 TK, le nouveau CTR, Charles Bourget n’ayant pas fait appel à moi. Cependant, E3 démarre bien, plus ouvert que son prédécesseur, il travaille avec le comité départemental, dont il sera un temps président de la CDJT, et avec la ligue, sous la houlette de Nicolas Gaudelas (CTL).

Encadrant des stages, il enrichit son expérience et obtient de bons résultats; son équipe benjamines (c’est déjà une performance d’aligner trois filles dans cette catégorie) conquiert le bronze aux interclubs nationaux. Malheureusement, c’est une victoire sans lendemain! E3 tombe gravement malade, son état exigera une transplantation cardiaque. Comme il est seul, personne n’est là pour le remplacer et les filles retournent dans l’anonymat. Lors de l’AG, je demande la parole et commence à expliquer que l’entraînement des jeunes devrait être une priorité et s’organiser autrement. Je désire suggérer la notion d’équipe.

Mais L, qui a fini par se faire élire président, me coupe brutalement la parole en déclarant qu’on n’abordera pas le sujet hors la présence du responsable. J’y vois une atteinte au droit d’expression mais, personne ne réagissant, je ne veux pas provoquer une querelle d’Allemand devant les parents, les représentants de la municipalité. La suite me donnera raison. Alors que je suis en stage à Ploemeur (Morbihan, grande banlieue de Lorient), je reçois une convocation pour une réunion « urgente ». Comme je fais suivre mon courrier, je la reçois grosso modo à la date et à l’heure de ladite réunion. Cette convocation stipule que, E3 étant indisponible pour une durée indéterminée, il faut pourvoir à son remplacement. Je trouve étrange la date au mois d’août (vers le 26), alors que la plupart des licenciés sont encore en vacances, il suffisait d’attendre une semaine pour que tout le monde soit rentré, les compétitions jeunes ne commençant pas dans l’immédiat.

Évidemment, je fais partie de ceux qui ne peuvent s’y rendre et j’ai peine à imaginer que c’est fortuit.  A mon retour, j’apprends que E4, une dame, s’est portée volontaire pour la fonction. Je sais que ça ne marchera pas. Elle a bien suivi une formation mais il y a fort longtemps et n’a jamais exercé (le système mis en vigueur par le club ne l’a pas permis); à l’époque le CTR avait mis en place un petit examen écrit auquel elle n’avait pas voulu se soumettre (examen non éliminatoire mais destiné à repérer ceux qui risquaient de rencontrer des difficultés pour les encourager à compléter leur formation auprès de clubs référents, ce qui, soit dit en passant, ne s’est que rarement pratiqué).

Quand on sait qu’un savoir non appliqué devient volatile, elle va dans le mur. Pour lui éviter le pire, je contacte le CTR et le CTD qui n’est autre que Cyrille, mon ancien élève. Le CTR lui propose de suivre les formations de l’année comme auditrice libre c’est à dire avec le choix de participer ou non aux exercices. Le CTD offre de l’accompagner tout au long de la saison pour l’aider à bâtir un programme et mener ses séances.
Elle décline ces deux propositions et, dès lors, je pressens le fiasco. Je signale mes inquiétudes au comité directeur qui les accueille fraîchement.
Hélas, il n’y a pas de miracle! Les jeunes ne tardent pas à se rendre compte de son manque d’expérience et de son niveau technique personnel inférieur au leur; elle aussi est venue tardivement au tennis de table, éprouve des difficultés à faire la moindre démonstration et ses connaissances théoriques du jeu moderne s’avèrent trop insuffisantes.

Je reviendrai plus tard sur ce sujet mais, quand on veut entraîner, il est indispensable d’être conscient de ses faiblesses et d’y remédier auprès d’éducateurs confirmés avant de se lancer. En bref, le groupe fond comme neige au soleil. Un an plus tard, le nombre des jeunes présents à ses entraînements oscille entre six, huit et dix, certains un peu forcés par des parents dirigeants.

Apparemment, le comité directeur ne s’en inquiète pas. La fin de l’expérience va me scandaliser.
Un jour, E4 commence sa séance, les jeunes se sont échauffés physiquement et techniquement, elle explique et met en route le premier exercice quand E3 fait brusquement irruption dans la salle et, sans même lui jeter un regard, déclare: « Tu peux rentrer chez toi, je reprends l’entraînement des jeunes! » Quoiqu’on puisse en penser, nous sommes en présence d’un abus d’autorité et je ne sais si son auteur a réalisé combien il était humiliant, surtout en présence des jeunes.

Je m’apprête à intervenir (je suis présent car j’ai amené mon petit-fils) mais elle ne dit mot, ramasse son matériel et part, tête basse. Dois-je préciser que ce départ est définitif et qu’on ne la reverra jamais plus? C’est sûr que ça ne pouvait plus durer ainsi mais il y avait moyen de faire autrement. Cette question aurait pu se régler en comité directeur avec les deux intéressés. E3 aurait dû avoir la décence d’arriver avant l’heure pour parler en a parte avec sa collègue. Il aurait pu également proposer de travailler à deux pour une transition en douceur. Mais il n’a fait preuve d’aucun égard vis à vis d’une personne qui a quand même dépanné le club pendant presque deux ans.

La déontologie de l’entraîneur qui exige le respect mutuel entre collègues est carrément foulée aux pieds! J’attends du comité directeur une réaction qui ne viendra jamais et personne ne cherchera à joindre E4 pour essayer de réparer la casse. Le système féodal s’affiche dans son côté négatif, E3 chef de l’entraînement ne rend de comptes à personne.

Devant ce mépris de la personne, pour la première fois, l’idée me vient que je devrais partir. L’histoire ne s’arrête pas là: à l’AG de fin d’année, L, président, est obligé d’aborder le sujet. Je demande la parole, pensant que le moment est venu de présenter le projet d’installer une équipe au lieu d’une personne seule en responsabilité des jeunes et, pour cela, il est nécessaire que le club affiche ce domaine comme un objectif prioritaire. J’ai à peine eu le temps de prononcer ces quelques mots: « La formation et l’éducation des jeunes devraient être l’affaire de tous… », que L me coupe brutalement la parole en vociférant: « J’en ai assez, à chaque fois je me sens attaqué personnellement! », je suis suffoqué car il n’y a eu aucune attaque dans ma phrase, seulement un désir de proposition.

Il ne me laisse pas placer un mot de plus et me dit carrément que ce qui est arrivé est de ma faute et que j’aurais dû me mettre sous les ordres de E4, ce à quoi je réponds que c’est contraire à l’éthique fédérale qui préconise une hiérarchie des diplômes.

Il me rétorque cette phrase incroyable: « Moi, si j’étais général, je n’hésiterais pas à me placer sous les ordres d’un simple soldat s’il s’agissait de l’intérêt de tous! » Je réalise que nous sommes en train de sombrer dans le ridicule devant les officiels et les familles et que nous allons y entraîner le tennis de table.

Je choisis le silence qui doit donner à mon interlocuteur le sentiment qu’il a avancé un argument péremptoire. Je réprime l’envie de lui demander dans quelle sorte d’armée on vivrait cette situation ubuesque. A la méconnaissance des formations techniques s’ajoute celle du milieu où la discipline dans la hiérarchie prend tout son sens. Je réalise que nous ne sommes pas sur le même plan: pour moi, l’éducation des jeunes est l’objectif numéro un du sport, pour lui, qu’importe la manière dont on la réalise pourvu que la tâche soit accomplie, l’essentiel est ailleurs. Je comprends surtout que je n’exposerai jamais la formule de l’équipe d’entraînement car il ne faut pas toucher au système. Dans l’assistance, aucune réaction mais il est évident que la question des jeunes laisse la plupart des adultes de marbre, d’ailleurs, certains n’assistent même pas à l’AG. L n’éprouve aucune considération pour les formations, sa réaction, qui confirme ses positions précédentes, est un aveu… Il se sent soutenu par un petit groupe constitué des meilleurs joueurs dont les préoccupations sont ailleurs à savoir dans leur pratique personnelle.

Et le développement dans tout ça?

Reconnaissons qu’on n’en parle pas beaucoup en cette fin du 20°siècle. Une étude prospective de la jeunesse et des sports fait état, dans un futur proche, d’une baisse des effectifs dans tous les sports et invite les fédérations à s’adresser à de nouveaux publics plus axés sur le loisir, la santé, la détente la vie en société, bref un public qui recherche autre chose que la compétition.

A Château-Renault, quand le club de badminton s’est créé, les pongistes l’ont regardé avec une certaine hauteur; deux ans plus tard, il a dépassé d’une soixantaine de licenciés le tennis de table qui plafonne autour de quatre-vingts… Des pongistes ont même émigré au badminton, parmi eux le meilleur cadet également espoir départemental qui deviendra première série nationale dans son nouveau sport. Ce phénomène ne se produit pas qu’à Château-Renault, mais personne ne cherche à comprendre pourquoi. C’est simple, le badminton, plus nouveau donc plus moderne, sait parfaitement faire vivre ensemble la compétition et le loisir, des champions et des joueurs de niveau modeste, la technique rigoureuse et l’animation, l’individuel et l’équipe…cela s’appelle l’accueil, le tennis de table ne propose souvent que d’intégrer une équipe pour jouer essentiellement en compétition.

Nous avons vu plus haut comment les joueurs de l’USR en refusant d’intégrer ceux du CAS à leurs entraînements qu’ils n’acceptent pas de modifier, ont raté l’occasion d’avoir un grand club et traînent depuis lors le handicap d’être, à domicile, concurrencés dans le domaine du loisir.
Je vais maintenant citer des exemples qui montrent qu’on n’en tire aucune leçon.

Au début des années 90, un quadragénaire que je connais bien souhaite se remettre au sport; suite aux conseils de son médecin; il choisit le tennis de table qu’il a pratiqué en scolaire. Il prend donc une licence au club mais abandonne faute de trouver des partenaires d’entraînement; il me fait part de ses remarques: il ne connaît personne et les autres joueurs, apparemment, ont pris des habitudes qui ont créé des groupuscules passablement étanches.

Plus tard, je suis contacté par un joueur du CAS qui me narre l’histoire suivante: deux de ses amis et lui, désireux de se perfectionner au niveau de la technique, ont pris une licence à l’USR. Comme ils sont trois, on les a inscrits en D4 par équipe… puis, plus rien: à l’entraînement, ils se retrouvent à jouer entre eux, à cette déception, s’ajoute celle d’absence totale de cours à l’intention de ceux qui voudraient apprendre le tennis de table. Je lui promets de transmettre cette requête au comité directeur.

Moi-même, je ne fréquente plus beaucoup l’entraînement du club, pour deux raisons principales: une sorte de protocole s’est établi voulant que c’est au joueur le plus faible de solliciter meilleur que lui, au risque d’essuyer un refus, ce que je trouve dégradant; ayant renoncé à la compétition, c’est ma technique que je dois entretenir et ça se fait autrement qu’avec des matchs. Au comité directeur, où se sont surtout les joueurs des équipes 1 et 2 qui siègent, je reçois cette réponse catégorique: « On n’est pas là pour entraîner la D4! » …bien entendu, les trois joueurs n’ont pas repris de licence la saison suivante.

Un épisode navrant.
-Acte 1.

Vers la fin des années 90, je suis sollicité par Michel, capitaine d’une équipe de D4 qu’il souhaite renforcer en vue d’une accession en D3. Il s’est adressé au comité directeur où on lui a dit que j’étais le seul licencié disponible à cet effet. La situation est la suivante: l’équipe a viré en tête aux matchs aller mais avec un tout petit point d’avance sur la seconde qui a obtenu le match nul dans notre salle. Il semble également que la troisième s’est renforcée, infligeant une défaite sans appel à la seconde. Michel et son épouse Jane font équipe avec Bruno et Alex mon petit fils. Ce qui fait l’originalité du club, à cette époque, c’est une petite colonie britannique. Dont Michel et Jane font partie.
Mais alors que ceux-ci maîtrisent à la perfection notre langue, tous les autres sujets de sa très gracieuse majesté semblent allergiques au Français. Ce qui n’empêche pas le corbeau de service- car malheureusement nous avons ce genre de volatile au club- de dépeindre Michel comme une sorte d’asocial qui refuserait de s’intégrer. Je ne vois pas en quoi car c’est un homme charmant et de haute culture scientifique, il est ingénieur et possède plusieurs licences en langues européennes; sa profession est originale car il traduit des ouvrages par internet et en relais avec des collègues habitant d’autres régions du monde en jouant sur les décalages horaires.

Je n’arrive pas à m’imaginer comment le fait de parler français mieux que la plupart des autochtones fait de Jane et lui des gens mal intégrés, à moins que ce ne soit le fait qu’ils sont certainement les plus cultivés.

Avec les autres Anglais certains membres de l’USR TT sont fiers de baragouiner un langage assez éloigné de celui de Shakespeare et qui leur reste de leur scolarité bien qu’il faille de temps à autre recourir à Jane ou Michel pour démêler l’écheveau. J’ouvre une petite parenthèse à propos de ce corbeau qui, médisant de son prochain, aime bien coller des étiquettes péjoratives à ceux qui ne pensent pas comme lui: il ferait bien de balayer devant sa porte, n’étant pas lui-même un parangon de vertu, et surtout de méditer cette phrase de Michel Gadal: « Nos ennemis ne sont pas dans le tennis de table mais à l’extérieur ».
Il faut croire que Michel Gadal ignore certains détails de l’ornithologie pongiste, j’espère que ces lignes tomberont un jour sous le regard de cet oiseau de malheur dont des congénères sévissent aussi parfois dans d’autres clubs… Ce qui suit concerne une équipe de trois joueurs…

J’hésite à accepter me doutant bien qu’on considérera que j’ai aidé à fausser le championnat. Je cède cependant à la condition expresse que je ne disputerai que trois matchs, un pour me mettre dans la tête les sets de onze points, les deux autres contre le second et le troisième. Je n’ai aucune peine à gagner trois matchs lors de la première rencontre sur des non- classés alors que je vaux sans doute environ un petit 50; j’y rencontre Simone Coulon, ex licenciée du PL La Fuye que j’avais jouée dans les années cinquante. L’affaire se corse contre l’équipe classée troisième qui s’est renforcée avec un joueur de niveau 40, qui nous est intouchable.

Nous venons à bout de justesse de cette équipe, Bruno gagne deux matchs, Alex un, moi deux, Bruno et Alex enlevant le double. Ouf, un concurrent écarté! Pour l’anecdote, j’avais demandé d’avancer ce match car le lendemain je dois être à Rennes à huit heures trente, mais l’adversaire a refusé. Je quitte la salle vers 00h30 en catastrophe car je n’ai guère plus de trois heures de sommeil devant moi; cependant, je recevrai quand même la facture d’un casse-croûte auquel je n’ai jamais participé. Contre les seconds, nous l’emportons largement, Alex trois points, Bruno deux, moi trois plus le double Alex-Bruno. Par la suite, l’équipe, sans moi, terminera seconde lors des barrages de classement, mon intervention a surtout été décisive lors de la rencontre avec les troisièmes.

Lors de l’AG, Michel reçoit en grandes pompes les félicitations pour sa gestion de l’équipe ainsi qu’une coupe. Mon rôle, mais c’est sans surprise pour moi, est passé sous silence.
Est-il nécessaire de dire que, bien qu’investis de la mission de faire monter l’équipe en D3, nous n’avons reçu aucune aide à l’entraînement que nous n’avons pu organiser qu’entre nous? Fin de l’acte 1.

Acte 2.

La D3 se jouant par équipe de quatre, j’ai suggéré à Michel de s’en ouvrir au comité directeur afin qu’un joueur plus fort rejoigne l’équipe sous peine de redescendre. Il n’a pas besoin de le faire car N se présente spontanément pour jouer le rôle. L’aventure rapidement va virer au cauchemar. Après quelques matchs, Michel me signale que N ne lui adresse plus la parole, je lui conseille de réunir l’équipe pour mettre les choses au clair; il n’a pas le temps de le faire car N lui-même a«porté plainte» auprès de L président.

Un soir, Michel est convoqué dans les vestiaires par L flanqué de deux acolytes. Des bribes d’éclats de voix parviennent dans la salle. L: « Je t’interdis formellement…sinon…Michel: – tu es le Saddam Hussein du tennis de table… L- Cesse immédiatement…le patron du tennis de table ici c’est moi…! ».
Michel récupère son matériel et sort dans la foulée. Quel crime avait-il pu commettre pour susciter un tel scandale car, honnêtement je n’ai jamais assisté à une telle scène en près de cinquante années de club? Je me livre donc à ma propre enquête auprès des joueurs de l’équipe. Voici l’objet du délit. Croyant bien bien faire, Michel a édité un petit bulletin interne à l’équipe qu’il nomme débriefing et dans lequel il commente les rencontres avec un brin d’humour très britannique, dans le but de créer une ambiance amicale…c’est raté avec N à qui ça n’a pas l’heur de plaire, le connaissant un peu, on peut supposer qu’il est imperméable à ce genre de chose mais aussi qu’il supporte mal qu’un joueur plus faible que lui soit capitaine.
Après une enquête bâclée et à charge, L, tel le (bon?) roi St Louis sous son chêne de Vincennes, rend la(sa) justice en condamnant Michel au silence  et donnant ainsi raison à N. Y avait-il moyen de procéder autrement? Sans doute: la première démarche aurait consisté à réunir l’équipe (6 personnes pour quatre en compétition) et à mettre les choses à plat, on aurait constaté que les faits incriminés ne dérangeaient qu’un seul joueur: N.

En cas de désaccord, l’affaire aurait pu être portée devant le comité directeur, voire le CILTT ou la commission de discipline de la ligue si on ne pouvait la régler localement. Déjà, il y a abus d’autorité, les statuts n’accordent à un président ni le droit de rendre la justice ni le rôle de patron local du tennis de table. Ensuite, y avait-il faute? Pas si sûr car notre constitution accorde à chacun le droit d’expression sauf de calomnie mais les débriefings que j’ai pu lire n’allaient pas vers la médisance. L aurait pu aussi se dire que N n’est pas blanc comme neige. Il a déjà été convoqué et blâmé par le CILTT pour propos insultants et attitude hostile vis à vis d’un adversaire (également membre du CILTT). N, qui s’est de lui-même proposé d’entrer dans l’équipe était libre d’en sortir s’il ne s’y plaisait pas, je ne puis m’empêcher de penser qu’on lui a donné raison parce qu’il est bien en cour, étant considéré comme un bon joueur.
N refera parler de lui et sera plus tard à nouveau convoqué devant le CILTT pour conduite menaçante et propos hostiles face à un joueur de SAS.,

Acte trois.

En attendant, après cette tapageuse intervention, l’équipe vole en éclats, Michel, Jane et Bruno quittent le club dans la foulée, Alex le fera dès qu’il en aura la possibilité. Le développement repassera… c’était bien la peine de se donner tant de mal pour faire monter une équipe que la voie diplomatique aurait pu préserver. Comment a-t-on pu traiter un homme respectable comme un galopin alors qu’il voulait bien faire? J’essaie de sauver les meubles en proposant à Michel de porter l’affaire devant le comité directeur. Il me répond qu’il ne restera pas un instant de plus dans un club où règnent injustice, intolérance et où l’on est capable d’humilier un membre en public.

Malheur aux faibles!

Un jour je suis contacté par un homme de ma classe d’âge, que je connais bien et qui me demande si je voudrais faire quelque chose pour ses petits-enfants. Ceux-ci, depuis le début de saison, ont été catalogués faibles et passent des séances à taper des balles contre le mur avec un accès aux tables très limité. Je suis en train de préparer mon départ du club, je me rends à la salle pour voir. Effectivement les pauvres gosses, censés venir pour trouver du plaisir, s’efforcent interminablement de faire rebondir la balle sur un mur irrégulier ce qui génère des faux rebonds. Ils exécutent cette tâche comme un pensum, j’ai envie d’écrire comme des travaux forcés.

Néanmoins, il faut bien admettre qu’ils sont malhabiles, mais ce n’est pas en procédant ainsi qu’on risque de leur faire aimer le tennis de table, l’entraîneur, concentré sur ses meilleurs semble à peine les voir. Je propose au club de les prendre trois à quatre mois tout en précisant qu’en si peu de temps ils n’apprendront pas la technique menant à la compétition. On me propose un groupe de dix, tous dans le même cas. Je négocie avec le CAS un espace avec cinq tables le jeudi. Puis j’entreprends un travail axé sur la psychomotricité que connaissent bien les spécialistes du baby-ping.

Au bout de quatre mois, ils ont appris à se décontracter, à se placer correctement par rapport à la balle, à l’accompagner avec des gestes souples pour l’envoyer dans la bonne direction, à servir régulièrement, bref, ils peuvent entre eux faire durer les échanges et disputer des sets tout en découvrant le plaisir de jouer. Comme je l’avais annoncé, à part quelques petites frappes qu’ils arrivent à passer, ils doivent maintenant aborder la technique gestuelle. Je déclare donc au grand-père qu’il faut à présent réintégrer le groupe s’ils veulent continuer.

Quelques jours plus tard, le brave homme me recontacte pour me dire que l’entraîneur a refusé de les reprendre, sous prétexte qu’ils sont trop faibles et que lui ne s’intéresse pas au loisir, il veut former des compétiteurs. Il conseille d’inscrire les enfants au CAS, ce qui revient à les mettre à la rue car le CAS, club de loisir pour adultes, n’est pas organisé pour encadrer des enfants.

A ce moment-là, l’entraîneur se souvient-il d’une réflexion du maire de Château- Renault qu’il glissée dans son discours à l’occasion de l’AG du CILTT qui se déroulait dans sa commune? « Au tennis de table, vous êtes très actifs mais vous devriez vous méfier de l’élitisme ». Comme je lui demandais ce qu’il entendait par là, il m’avait répondu: « Vous vous intéressez surtout à vos meilleurs, mais tout le monde a droit au sport, y compris les faibles ».
Notez au passage qu’un entraîneur a décidé seul de qui peut faire partie du club.

Là encore, où est le développement même si à cette époque le mot n’est pas à la mode? Je dis au grand-père qu’étant moi-même sur le départ, je ne puis plus rien et lui conseille de frapper à la porte de badminton. Je sais que ce que je déclare maintenant est contestable, mais voici comment c’est ressenti dans les chaumières: alors que les parents de ces enfants paient des impôts à la commune, impôts dont une partie subventionne le sport, c’est une personne résidant dans une autre commune qui s’arroge le pouvoir de décider de qui aura droit à ce sport. Je note également que l’entraîneur dévalue sans élégance le travail que j’ai mené, mais j’ai l’habitude car personne ne fait dans la dentelle, surtout lui (voir plus haut).

Quand L quittera la région, un article dithyrambique paraîtra dans la Nouvelle République, expliquant comment il a sauvé le club dans les années 80. E3 m’avouera en être l’auteur, il n’était pas là à cette époque, c’est commode de réécrire une histoire qu’on n’a pas vécue. Pas un seul instant il ne s’est demandé comment un jeune prof fraîchement nommé a pu en si peu de temps rassembler autant de monde qu’il ne connaissait pas. Que n’a-t-il plus tôt rédigé cet article, l’ire du président Massaloux aurait épargné ma modeste personne. Mais ça cadre bien avec les thèses de certains dirigeants du club…

Tragédie.

Avant d’aller plus loin dans une histoire douloureuse, je tiens à rappeler quelques principes dont, malheureusement, beaucoup de clubs semblent ignorer le bien-fondé. Chaque année, le CILTT, souvent par la bouche de son président, en ce temps-là Jean- Jacques Brion, incite les gens âgés du tennis de table à la prudence.
La médecine du sport classe le tennis de table parmi les sports violents au plan cardiaque: c’est comme si chaque point disputé était un sprint avec une période de récupération (l’entre-deux points) insuffisante. Autrement dit, pendant la compétition, le joueur violente son cœur tout en ne lui accordant pas de répit suffisant. Quand l’entraînement est structuré, l’entraîneur l’organise en ce sens et accorde également une part importante à la préparation physique qui elle-même insiste sur le renforcement du système cardio-vasculaire (souvent du travail à base de courses).
Mais que se passe-t-il dans la majorité des clubs? Ceux qui se préparent physiquement sont minoritaires, quant à l’entraînement spécifique, il se résume à une suite de matchs, autrement dit de la compétition.
Or, c’est précisément en compétition que le joueur est incité à dépasser ses limites avec tout ce qui peut en découler. Les médecins du sport pensent qu’il n’y a que peu de risques tant que vous affrontez des adversaires de votre âge, mais il y a danger contre un joueur beaucoup plus jeune qui peut vous entraîner dans un rythme qui n’est plus le vôtre. Jean-Jacques encourage les vétérans à faire annuellement un test d’effort et un électrocardiogramme, ce qui implique un suivi médical sérieux.

Voici l’histoire. C’est la fin de saison, un match de départementale (D2, D1 ou PR, je ne sais plus) doit opposer USR 2 à l’AS Savonnières. Il manque un joueur à Château- Renault, dans ce cas précis, on fait généralement appel à un joueur non brûlé, très souvent un jeune pour le récompenser ou le tester. C’est une rencontre sans importance, aucune des deux équipes ne peut monter ou descendre. Ce jour-là, on a au contraire convoqué le joueur le plus âgé du club, mon vieil ami Pierrot qui aura bientôt soixante-quinze ans, soi-disant pour lui faire plaisir… ce dont on peut douter car, ce dimanche-là, il se fait une joie de réunir sa famille: sa fille et ses deux fils habitant loin les uns des autres, il n’a pas souvent l’occasion de le faire. Pierrot est un homme de devoir, on a besoin de lui, il répond présent. L’AS Savonnières aligne une équipe dans la force de l’âge dont fait partie Gilles, le fils de Robert Amarger dont j’ai déjà parlé.
Il est de notoriété que Pierrot n’entretient pas sa forme physique (comme beaucoup), qu’il ne prend guère soin de sa santé et a subi quelques troubles dans les mois précédents mais les médecins n’ont rien décelé. Il entame son premier match sans échauffement physique (comme beaucoup), le perd après une lutte opiniâtre, arrache le second dans un duel sévère…puis c’est le drame, il s’effondre sur le marqueur, sans réaction. Ni les pompiers, arrivés très tôt sur les lieux, ni le SMUR ne parviennent à le ranimer. Il meurt dans l’ambulance, la fête de famille est devenue un cauchemar.
J’entends quelques réflexions genre: « Ça aurait pu lui arriver n’importe où! ». Seulement, ça n’est pas arrivé n’importe où et personne ne répond à cette terrible interrogation du médecin du SMUR: « Mais que faisait donc ce vieux monsieur au milieu de tous ces jeunes? ». Si j’ai tenu à raconter cette histoire qui m’est douloureuse, c’est que, malheureusement, elle s’est déjà produite ailleurs en tennis de table, plusieurs fois même dans notre ligue mais ces drames ne servent pas de leçon.

La goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Un jour, L annonce qu’il part sous d’autres cieux, suite à une mutation. On pourrait croire qu’il s’agit d’une invitation à candidature pour la présidence. Erreur! Inutile de chercher, L désigne lui-même son successeur que l’AG s’empresse d’élire. Je suis surpris par ce choix d’un homme qui, jusqu’alors, ne s’était pas spécialement signalé par ses initiatives. Celui-ci demande à chacun un écrit pour proposer d’éventuels changements. Je me fends d’un rapport de quatre pages 21/29,7 dont je n’entendrai plus jamais parler. Je comprends très vite qu’à partir de maintenant ça sera comme avant. Il est vrai que quelques barons demeurent au club. Si le nouveau président paraît réservé (j’ai rarement eu l’occasion de lui parler), d’autres semblent prêts à combler le vide que L laisse derrière lui, particulièrement E3.

En 2004, celui-ci annonce en comité directeur que le club aura cinquante ans et qu’il faut les fêter. La date est retenue et c’est… précisément le jour de l’assemblée générale de la ligue qui en ce temps-là se tient en juin, après celle des comités départementaux. Je m’élève contre cette décision qui, dix ans après la première, semble prise dans la hâte. Mais d’abord, d’où vient-elle? Je remets en avant l’argument qui précise qu’en juin 2004 le club n’aura pas cinquante ans, ayant été affilié à la mi-octobre 1954, il n’y a pas urgence.

Ensuite je fais remarquer que c’est un grave manque de respect vis à vis de la ligue et que c’est la seule date à ne pas choisir. Enfin, je signale, mais sans grande illusion, que je suis le seul joueur du club qui y est licencié sans interruption depuis l’origine, que je suis même membre fondateur et que je me dois de donner priorité à l’AG de la ligue. E3 n’en démord pas, il affirme qu’aucune autre date n’est disponible, et quand je déclare qu’aucune personnalité du tennis de table qui se respecte ne viendra à cet anniversaire, on me rétorque: « C’est eux qui verront! ». Je mets en avant que c’est une année élective avec un changement de président en perspective, que je suis moi-même candidat à ma propre réélection, que je condamne ce choix et que j’irai à l’AG de ligue (Issoudun), la réponse est: « C’est toi qui vois! ».
Le message est clair et c’est à ce moment précis que je prends la décision de quitter le club. Je le ferai plus tard car je viens d’apprendre que mon épouse est atteinte d’une grave maladie et mes soucis vont s’éloigner de mes problèmes relationnels avec l’USR TT.
Cette fois, je réagis en envoyant à la municipalité, à différentes personnalités du tennis de table et du sport, à mes amis, aux anciens du club, une lettre explicative exposant les raisons de mon absence à cet anniversaire. Je suis désolé de devoir partir, encore une fois poussé vers la sortie d’un club que j’ai aidé à former, entraîné plus de vingt ans, sauvé du naufrage, un club de la ville où je suis né, ai exercé entièrement ma profession, tout cela par des gens qui n’y habitent même pas. Mais je dois mettre en accord les principes auxquels je tiens et le club auquel je souhaite appartenir parce qu’il les respecte.

Avant d’en finir avec ce chapitre, je ne voudrais pas qu’on imagine une sorte de rancune de ma part et souhaite plutôt qu’on le voie comme un cas d’école. D’un côté, un comité directeur fort de sa légitimité élective. De l’autre, moi, qui suis en relation avec d’autres clubs, des dirigeants, des techniciens qui pensent que le monde change et que le tennis de table doit se préparer à une évolution.

En face de moi, L, qui a une expérience de notre sport mais qui date. Lui-même est un instant joueur de l’équipe première mais avec un jeu « à l’ancienne », à base de défense, poussette rapide ponctuée de frappes inopinées et de blocs, utilisant une raquette combi picots- longs dans le coup droit, un jeu efficace au niveau où est le club à ce moment-là. Il est peu intéressé par la technique moderne et se déplace peu là où l’on joue haut-niveau. Son objectif essentiel est l’équipe première.

A ses côtés, un petit groupe de dirigeants, issus des deux meilleures équipes donc acquis à ses thèses. Ce groupe parle au nom de quatre-vingts licenciés, mais si on exclut les mineurs, la masse de ceux qui ne s’intéressent pas à la vie du club pourvu qu’on leur permette de jouer paisiblement leur petit ping-pong, en réalité, ils ne représentent pas grand monde, et c’est le cas en beaucoup d’endroits. J’ajoute qu’ici le président est subitement proposé à l’élection avant même que l’ensemble des électeurs ait pu y réfléchir.

Lorsque je quitte le club, en juin 2007, deux postes importants, le secrétariat et la trésorerie sont tenus par deux mères de joueurs, étrangères au tennis de table. La première, licenciée au badminton, a même prévenu de son intention de partir du club, son fils allant au hand-ball. La seconde est gymnaste. C’est dire qu’on peut douter de leur ardeur à développer le tennis de table, mais ça traduit aussi le désintérêt des joueurs vis à vis de l’autogestion. Je suis seul à penser qu’à une direction autoritaire il faudrait substituer une administration collective et plus démocratique, que l’entraînement tel qu’il est pratiqué ne permet guère un recrutement au niveau d’adultes débutants, que l’éducation des jeunes est une priorité et qu’un responsable unique et tout puissant ne saurait l’assumer. Je veux bien admettre que les autres ont le droit de penser différemment, mais cela ne leur donne pas le privilège d’empêcher l’expression d’idées autres que les leurs; il pourrait être utile d’organiser, de temps à autre, des AG exceptionnelles où chacun serait invité à s’exprimer sur un sujet de son choix.

En 2007, je quitte l’USR après 53 ans de présence. La 4S m’accueille les bras ouverts, comme elle sait si bien le faire. A l’AG de ligue, cette année-là, l’USR TT habituée à ce je l’y représente n’a envoyé personne et encourt la grosse amende de rigueur; le CILTT et la ligue font preuve de mansuétude à son égard en me demandant d’assumer le rôle (bien que je sois Quatrésien de fraîche date) considérant qu’il s’agit de la saison écoulée car, dorénavant, l’AG se tient en septembre.

De 1994 à 2007, ma vie pongiste hors-club.

En 1994, désirant faire un pas vers la ligue, je me présente à une élection partielle où trois postes sont à pourvoir au comité directeur. L’assemblée générale a lieu à Maintenon (28) et c’est le moment choisi par l’emblématique président Massaloux pour passer le relais, désirant consacrer les deux années restantes de la mandature à épauler son successeur pour une transition efficace. Je suis élu. Pour la présidence, deux candidats s’affrontent: Jean- Jacques Brion et Jean- Claude Lacour, vice-président délégué. Ce sera la seule fois où, dans ma vie d’élu, j’aurai l’occasion d’assister à un duel électoral, les autres fois il ne s’agira que de voter pour ou contre un candidat unique. Jean-Claude fait un peu figure de dauphin de Claude Massaloux, Jean-Jacques est un dirigeant d’une immense expérience: il a été un entraîneur réputé, arbitre et juge-arbitre national, préside un comité d’Indre et Loire qu’il n’a cessé de développer et moderniser, participe à plusieurs commissions fédérales, dont la sportive, son avis est toujours bien documenté et plein de bon sens.

Le duel est serré puisque, après plusieurs tours, les candidats obtiennent le même score c’est à dire 50% des suffrages. Dans le vote ultime, un participant s’abstient, sans doute pour débloquer la situation …et c’est Jean- Claude qui l’emporte. Disons tout de suite que dans ce genre de vote entrent en considération des données affectives, politiques, stratégiques parfois éloignées de la valeur absolue de la personne, ceci-dit, ça vaut pour les deux candidats. Il se peut aussi que l’arrivée de trois Tourangeaux au comité directeur ait braqué certains élus.

Dès son élection, Jean-Claude rappelle que chacun est ici afin de travailler selon l’intérêt général de la ligue et non pour obtenir un quelconque avantage au profit de son comité départemental ou de son club. Lors de la répartition des commissions, je me retrouve à « jeunes et technique », seul secteur où je m’estime qualifié en raison de mon cursus. Jean-Claude en confie la présidence à Bernard Audin, entraîneur pro d’un grand club, la 4S, ex international junior. Bernard saura animer sa commission, mais n’y restera que deux ans.
Quant à moi, mon expérience fédérale m’a appris qu’un président de commission jeunes et technique non technicien peut se montrer à la hauteur, et parfois c’ est peut-être mieux. J’ai atteint mon but, dissiper tout quiproquo avec la ligue et avoir le contact avec ses techniciens. Je sais gré à tous de ne jamais évoquer mes mésaventures avec le CAS (ce que je craignais). Je n’ai jamais, à mon grand regret, travaillé avec Patrice David, bien que nous ayons sympathisé lors de finales nationales jeunes, je lui ai même à deux reprises confié Cyrille.
Claude Errant me dira plus tard qu’il n’a jamais fait appel à moi à cause de mon différend avec Claude Massaloux et aussi parce qu’il pouvait craindre que je fusse partie prenante dans la querelle opposant deux factions d’entraîneurs, ce qui n’était pas le cas. Je me suis contenté de la version officielle: Patrice formait son équipe si possible avec des pros, en tout cas avec des jeunes. Patrice est parti dans le privé où il peut espérer un avenir professionnel alors qu’en tennis de table les postes au-dessus (entraîneurs nationaux) semblent monopolisés.

La promotion sociale est un problème important de la professionnalisation que nous peinons à résoudre et certains cadres de valeur nous quittent. Patrice Morellec l’a remplacé, sans marquer les esprits, puis s’en est allé au bout de deux ans, le nouveau CTR Jean-Marie Morin.issu de l’éducation nationale, prendra ses fonctions à la rentrée. Je ne suis pas en terre inconnue au comité directeur où je connais beaucoup de monde Claude Massaloux, Gérard Jacob, Claude Errant, des légendes de la ligue, des collègues du CILTT, dont Charles Rottreau que j’ai connu en 1950 à l’école normale, Jean- Jacques, ainsi que des dirigeants croisés lors d’épreuves régionales jeunes.
Je sais également que la ligue, au début considérée comme de second plan, a su, grâce à ses dirigeants, son CTR, des clubs de pointe et leurs techniciens, se faire une réputation qui la situe parmi les meilleures. Je ne suis pas là pour réécrire son histoire, mais, comme beaucoup, j’ai été impressionné par son ascension fulgurante.
C’est bien sûr dû à celle, formidable, de la 4S Tours (qui se baptise ainsi en 88) grâce à laquelle nous pouvons assister à des matchs de haut niveau de son équipe se super-division qui aligne stars et futures stars en la personne de Jean- Philippe Gatien (futur champion de France senior, du monde et vice-champion olympique), Jean- Michel Saive (futur champion d’Europe, vice- champion du monde et vedette sportive en Belgique), pour ne citer que ces deux-là…

J’ai personnellement été très impressionné par le coup de tonnerre qui a salué le doublé de Boisard et Guimont aux championnat de France jeunes, performances qu’ils confirmeront en Europe…on a trop vite oublié leur entraîneur, Jean-Pascal Huet et la recette pour faire un champion: il faut qu’un sujet doué rencontre le bon entraîneur dans le bon club. Si ces trois ingrédients ne sont pas réunis, ça ne marche pas. Je vous renvoie à « Histoire du Tennis de Table au cœur du Centre- Val de Loire ». Toujours est-il que, grâce à ses dirigeants, ses clubs- phares, son CTR et son équipe, la renommée de la ligue s’est propagée dans tout l’hexagone au point que je l’ai ressentie dans les stages Tibhar…ce qui devrait faire réfléchir certains petits clubs qui ne voient dans les grands que des ogres prêts à les avaler tout crus.
Nous sommes interdépendants et chaque fois qu’on fait parler du tennis de table (en bien), c’est un bienfait pour tout le monde (pongiste).

STAGES.

En attendant, puisque l’entraînement du club me semble fermé, c’est dans les stages que je vais servir le tennis de table de terrain et ce, sur trois fronts, stages pour tous avec Tibhar, stages élite ligue, stages de formation. Conscient que mon récit est déjà trop long, je vais m’efforcer de résumer, j’en ai fait tellement qu’avec mon grand âge, tout se mélange…mais alors que je me voyais terminer ma carrière en entraînant bénévolement et à un niveau modeste, le destin a fait de moi davantage un cadre de stages.

Stages pour tous Tibhar, apogée puis déclin.

Je continue à les encadrer durant les vacances scolaires, tout en constatant une tendance qui ira en s’amplifiant, le nombre d’adultes est en recul, celui des jeunes en augmentation, je pense qu’on peut y voir une conséquence de la crise économique qui sévit déjà dans les années 80 mais aussi les goûts du public qui recherche dans le sport des bienfaits autres que le plaisir lié à la compétition. Je continue à apprendre, j’ai en particulier le souvenir d’un entraîneur chinois, Li, venu travailler trois semaines au panier de balles.
Son premier geste a consisté à acheter dans une grande surface un bar roulant qu’il utilise comme support à ses corbeilles de balles, il peut ainsi déplacer sa « base de lancement » pour varier les distances et les angles de distribution. J’apprends beaucoup sur ce procédé mais je constate en voyant opérer mes amis et collègues d’aujourd’hui qu’il est en perpétuelle évolution. Je garde un souvenir ému des amis avec lesquels j’ai travaillé, Charles Roesch, bien sûr, son fils Thierry, Pascal Canteux, Christian Adam, Georges Couette, Georg Silberschmidt et Daniel Allgöver (entraîneurs suisses experts en aérobic), Eva Jeler (forte de l’expérience acquise en Yougoslavie et en Allemagne), Yves et Nadine Hogrel (Daviaud), Jean-Paul et Laurence Weber à Vichy, Tomi Terecik, André Jund, Pierre Grandjean, Guy Letrot, Thierry Mercier, à Chambéry. Ces stages se terminent par des drames. C’est le décès de Tibor Harangozo notre maître à penser; Charles Roesch nous représente à ses obsèques en Yougoslavie, Erwin Berg prend la direction de Tibhar.

C’est ensuite la fin de Chambéry avec la mort de Tomi suite à une maladie foudroyante…Tomi ne voudra ni qu’on lui téléphone ni qu’on aille le voir, j’en suis encore bouleversé.Puis c’est le décès de Thierry Roesch qui a succédé à sa mère à la tête de Tibhar France, fauché lui-aussi par un mal impitoyable. Ses parents quittent le tennis de table, je ne les reverrai plus, Charles et moi resterons en relation par téléphone, lettres et mail jusqu’à sa mort que m’annoncera Eva Jeler.
Le repreneur des stages passe chez une marque concurrente, ce qui provoque un changement d’encadrement qu’il tente de compenser par des entraîneurs de sa ligue, puis il essaie d’implanter les stages dans le Nord. Trop de changements pour une clientèle habituée à un site, une méthode, des cadres, c’est la fin.

Un petit village breton résiste encore et encore…

(Vous connaissez la légende) … Le dernier bastion des stages Tibhar est à Ploemeur (Morbihan grande banlieue de Lorient) sous la direction d’Yves Régnier, entraîneur national et chef de notre zone compétitive. On lui doit des ouvrages essentiels dont « Le service à la portée de tous » et « Toutes les tactiques et stratégies du tennis de table ». Je travaille avec lui depuis plusieurs années, écourtant de dix jours mes séjours à Vichy où la clientèle est en baisse. Yves est un remarquable technicien, démonstrateur hors-pair, à l’aise dans tous les systèmes de jeu, expert en services, et surtout en tennis de table de masse ce qui l’amène à construire des programmes très sophistiqués…
Le recrutement s’appuie beaucoup sur la ligue de Bretagne grâce à deux quotidiens importants « Ouest- France » et « Le Télégramme de Brest »; néanmoins, des stagiaires viennent aussi de toute la France, voire de l’étranger, principalement de Belgique et d’Allemagne.

Nous logeons au conservatoire de musique celtique de Lorient, très bon hébergement et à trois minutes à pied de la salle. Cependant, par trois fois nous irons ailleurs (priorité à la musique), au lycée St Joseph (très bien car tout est sur place, mais c’est à Lorient) et à l’auberge de jeunesse.
La journée à Ploemeur est beaucoup plus chargée qu’à Vichy: footing de 7h 30 à 8 h autour du lac. Petit déjeuner, tennis de table de 9h à 12h 30. Déjeuner, de 15 à 16h, cours de tactique à base de vidéo (facultatif, Yves), de 16h à 17  h, initiation à la relaxation, exercices de concentration et découverte de postures de yoga( facultatif, moi), de 17h à 19h 30, tennis de table.
La séance du matin commence par un cours technique avec démonstration par Yves, j’enchaîne avec un échauffement physique en musique. C’est Yves qui élabore le programme car, à cause d’un fort recrutement régional, il connaît presque tout le monde. C’est la différence fondamentale avec Vichy, par sa forte implantation bretonne, le stage est très fréquenté…à un point tel qu’un entraîneur nous ayant quittés lançant un stage concurrent à Vannes, nous ne sentirons pas une baisse de la fréquentation.

Autre différence, ce n’est plus la marque qui organise mais le club local (l’AL Ploemeur).
Cela préfigure le système actuel où les marques se contentent d’apposer leur label sur un stage de club. Avec Yves, l’accent est mis sur la tactique, les liaisons avec déplacement, l’intention stratégique qui motive le choix du service.
Bien que très âgé, j’apprends encore, ce qui me persuade qu’il faudrait multiplier les rencontres, colloques, séminaires entre techniciens, chacun a toujours quelque chose à apporter aux autres. Quand Vichy s’arrête, Ploemeur lui survit durant une longue période. En 2005, j’ai 71 ans, je commence à fatiguer, je sais qu’il me faut envisager d’arrêter. Le destin le décide pour moi: le nouveau comité directeur de l’A L P renonce à organiser les stages.
Yves les implante à Quimper avec l’intention de les confier ensuite à la ligue de Bretagne, donc à un encadrement local. C’est pour moi le moment de tirer ma révérence, avec un brin de nostalgie car j’ai d’excellents souvenirs de ces stages où je me suis fait des amis… je pense que c’est pour moi le moment de l’arrêt, mais, je ne le sais pas encore, la 4S m’offrira un sursis.

Stages avec la ligue du Centre.

Dès la rentrée 1994, le nouveau CTR, Jean-Marie Morin, me demande s’il peut compter sur moi pour les stages de ligue. Je lui fais remarquer mon âge et l’encourage à former son équipe à partir de jeunes professionnels. Il m’explique que ce n’est pas simple car les dirigeants qui ont créé un emploi rechignent à laisser leur entraîneur partir en stage de ligue, n’ayant souvent personne au club pour le remplacer (j’aborderai ce problème plus loin); autre raison, il y a maintenant une trop grosse différence de niveau entre les bénévoles titulaires d’un brevet fédéral et les brevetés d’état presque toujours professionnels.

La création d’emplois sera un de ses objectifs prioritaires. Jean-Marie peut aussi compter sur Marc Gouloumès, C T L. Ce sont tous deux d’excellents techniciens, pédagogues, dynamiques, maîtrisant bien leur sujet.Avec eux, j’encadre les stages de formation d’entraîneurs et de sélection jeunes. J’ai déjà fait allusion aux nouvelles formations et quelques remarques s’imposent d’emblée.
Les bons joueurs en général ne se motivent plus pour devenir entraîneurs, d’où la difficulté de former des gens qui n’ont pas une bonne technique personnelle.

Ensuite, on constate des défaillances dans l’effort individuel: par exemple, au stage entraîneur départemental, on travaille à partir d’une grille d’analyse qui permet à la fois de décrire le geste correct, de repérer et corriger les défauts. Bien souvent, le stagiaire, lorsqu’il vient à la formation suivante, entraîneur régional, l’a oubliée ou la maîtrise très mal, preuve qu’il ne s’est pas exercé entre les deux stages. Il me revient la réflexion de Pierre Grandjean disant que, très souvent, il faut tout refaire. S’en tirent bien ceux qui ont été formés dans les clubs structurés et l’idée commence à germer de confier à des clubs référents la partie pratique des formations techniques…malheureusement, on n’en tient pas compte.

Autre remarque: si on consulte la liste des diplômés fédéraux, les clubs devraient regorger de cadres, or c’est loin d’être le cas. Ce qui semble prouver que certains n’entraîneront pas, que d’autres abandonnent très vite…Ce problème sera abordé plus tard. Jean-Marie me sollicite pour l’aider à rédiger son projet, il vient même chez moi dans ce but.
Mais le projet ne verra jamais le jour car Jean-Marie, pour raison familiale, retourne à l’éducation nationale en fin de saison. A cette époque, je prends ma première carte professionnelle puisque j’exerce contre rémunération dans les stages pour tous, je la reconduirai par la suite pour rester solidaire des professionnels dont on ne reconnaît pas suffisamment le rôle déterminant dans le bond en avant du tennis de table: lors des AG, il est de bon ton de louer le bénévolat, ce qui est légitime, mais les progrès techniques sont maintenant entre les mains de gens de métier.

Exit Jean- Marie, salut François! C’est François Buys qui prend la relève, d’abord comme salarié du Centre TT, puis comme CTR, c’est à dire comme fonctionnaire de la jeunesse et des sports, après avoir brillamment réussi le concours de professeur de sport puisqu’il est major de sa promotion. Je le connais bien, l’ayant encadré à Mâcon dans un stage de longue durée, j’ai aussi fait connaissance de sa famille que m’a présentée Maurice Grenetier lors d’un séjour dans le Jura.

Froid en apparence, François est un grand travailleur, excellent sur le terrain, tout aussi performant dans l’élaboration et le suivi des dossiers. Il s’attaque avec succès à la professionnalisation, incitant les comités à ouvrir un poste de CTD (appellation variable selon les départements), les clubs à créer un ou des emploi(s).

Il me renouvelle la confiance que m’avait accordée Jean-Marie, me confiant parfois la direction d’un stage quand sa présence est requise ailleurs (ex: aux inter-ligues) ou quand deux stages se déroulent simultanément, mais il en conserve toujours la maîtrise, je ne fais qu’exécuter son programme. Nous lui devons aussi la naissance du pôle espoir, un projet de Patrice David, qu’il saura concrétiser, avec bien sûr l’engagement de certains dirigeants dont Jean-Jacques Brion qui présentera le dossier le plus abouti faisant pencher la balance en faveur du CTRO de Tours. Je classe François parmi les grands CTR de notre ligue, même s’il nous quitte en 1998 pour prendre la direction du CTRO où il fera aménager une salle spécifique pour le pôle qui nous sera hélas! reprise par la suite pour devenir salle de musculation du Tours FC qui aura alors mis la main sur le CTRO. Un seul point noir vient ternir cette période. Marc Gouloumès conteste à tort son autorité (en qualité de fonctionnaire, François est représentant direct de l’état qui gère le sport selon la loi de 1901 toujours en vigueur). Marc nous quitte pour un poste dans un club, revient brièvement comme élu, puis quittera le tennis de table pour devenir éducateur territorial.
Mais d’où vient ce besoin de hiérarchie alors que, dans le sport, ça fonctionne mieux dans un contexte amical et coopératif?

Comme précédemment, il est convenu que je serai dès que possible remplacé par plus jeune que moi. François tient cependant à ce que les stages soient encadrés par des brevetés d’état encore rares dans la ligue et peu disponibles là où il y en a.

Quelques réflexions sur la formation des entraîneurs.

François, les autres formateurs et moi-même sommes amenés à réfléchir sur les formations que nous sommes destinés à enseigner.
D’abord, les appellations prêtent à confusion: pour beaucoup entraîneur départemental signifie apte à encadrer un département, régional, gérant le tennis de table de la région, ce qui est loin d’être le cas puisqu’il s’agit uniquement du lieu où s’organise la formation.

Ensuite, le fait d’avoir supprimé l’examen provoque un afflux de candidats qui eux-mêmes ont une technique déficiente, pour ne pas dire faible. C’est contraire aux principes de l’éducation qui veut que l’enseignant ait un bagage très supérieur à ce qu’il doit enseigner. Songez par exemple au niveau d’un prof de collège par rapport à ses cours.

Voici quelques exemples extrêmes peut-être encore que… Une jeune dame, éducatrice dans un centre de loisir, apprenant que nos diplômes se délivrent sans examen, prend en toute hâte une licence au club le plus proche puis s’inscrit au stage. Elle ignore tout de l’activité, il faut lui apprendre le vocabulaire élémentaire, elle perturbe les cours en demandant sans cesse de préciser un terme. Il faut lui montrer à tenir la raquette et, pendant tout le stage, un entraîneur doit relancer sur elle car elle est incapable de mettre une balle sur la table… mais, selon le règlement, elle repart avec le diplôme et le titre d’entraîneur départemental… si encore ça s’arrêtait là!
Mais quelque temps plus tard, elle revient inscrite au stage entraîneur régional, et rebelote! Car elle ne sait toujours ni servir ni renvoyer la moindre balle. Et la voilà entraîneur régional. Elle est même prête à s’inscrire au 35 TK (entraîneur fédéral) mais cette fois, François met son veto. Plus tard, à un stage animateur départemental en Indre et Loire, je repère trois candidats: le premier, licencié depuis une saison, éprouve d’énormes difficulté à servir et un mal fou à renvoyer et diriger des balles faciles à cause de gestes crispés et incontrôlés; les deux autres ont une technique personnelle qui n’a rien à voir avec le tennis de table moderne.
J’ai très souvent rencontré des brevetés fédéraux incapables de conduire un footing ou un échauffement et de démontrer un exercice avec des gestes corrects. Certes, nous avons alors de nombreux candidats, mais certains ne seront pas capables d’entraîner.

Autre problème: beaucoup s’arrêtent au premier niveau (entraîneur départemental) et prennent la direction technique de leur club; or, les formateurs précisent bien que ce premier niveau forme un aide-entraîneur, c’est à dire quelqu’un qui doit travailler sous la direction d’un éducateur confirmé pour apprendre le métier. A ceux qui jouent très mal, il est fortement conseillé d’améliorer leur technique individuelle, mais, de la façon dont la plupart des clubs conçoivent l’entraînement, cela s’avère problématique.

Déjà, à cette époque, les formateurs proposent des solutions. La première consisterait à rétablir l’examen pour éliminer ceux qui n’ont rien à faire dans les formations. Une autre serait de confier la formation sur le terrain à des clubs référents qui n’enverraient au stage que des sujets prêts à assumer la fonction. Tous tombent d’accord pour dire que, si les bons joueurs ne s’intéressent plus à l’entraînement (exceptés les futurs pros), c’est parce que les clubs ne considèrent pas l’éducation des jeunes comme une priorité absolue (je me répète) mais plutôt comme un passage obligé.
Une perche est tendue par la FFTT avec la « Méthode Française », qui crée des grades de niveau technique comparables à ce qui se fait dans le judo, cette perche ne sera saisie ni par les seniors ni par la majorité des clubs qui préfèrent privilégier les performances à la pureté du style (ce qui n’est pourtant pas incompatible); les petits clubs se priveront ainsi d’un outil de développement primordial alors que l’accès au haut- niveau leur sera barré par les structures professionnalisées.
Il conviendrait donc de lancer une action d’envergure pour revaloriser la place de l’éducation dans la plupart des clubs…. Malheureusement, ces réflexions resteront sans écho auprès de la fédération. Pour clore ce chapitre où j’ai été un peu long, voici une anecdote qui montre en quelle estime certains dirigeants traitent les formations. Plus tard, Stéphane Lelong étant CTR, lors d’un stage « Jeune entraîneur » par ailleurs très studieux, je repère deux stagiaires, très appliqués au jeu mais fort dissipés pendant les leçons et les questionne sur leur motivation, la réponse est: « Le président nous a dit, les gars vous n’avez jamais fait de stage, ça vous en donnera l’occasion! ».

En 1998, François part, son successeur Didier Guérin me convoque à tous les stages, malgré mon désir de voir les jeunes prendre la relève. Il est un bon directeur de salle mais paraît-il rate son stage à cause de l’administratif. Charles Bourget prend la suite et là s’arrêtent mes stages régionaux.
J’ai aussi à cette époque assurée des stages de formation d’entraîneurs et de jeunes pour la ligue de Bretagne, son CTR étant indisponible: à l’institution St Joseph de Lorient, à Camaret, Châteaugiron et bien entendu au CREPS de Dinard, la chose étant possible car le Centre et la Bretagne ne sont pas dans la même zone scolaire.
J’ai de bonnes relations avec Charles mais il peut maintenant faire appel à de jeunes professionnels. Petite ombre au tableau: je communique un texte de profs d’EPS et médecins du sport qui prônent un passage des enfants par plusieurs disciplines avant de choisir eux-mêmes celle qu’ils préfèrent (entre onze et treize ans), assimilant la spécialisation précoce à du conditionnement. C’est très mal ressenti par les éducateurs alors que je voulais seulement signaler qu’en ignorant cette clientèle nous passions à côté d’un facteur de développement, nous devrions nous montrer capables d’entendre tous les points de vue même ceux qui dérangent et je n’ai jamais nié que, si nous ne prenions pas les très jeunes, nous n’aurions que ceux dont les autres ne veulent pas.
A mon actif, je compte aussi quelques interventions dans la formation des BE 1.

Avant de refermer ce chapitre, voici mon une impression générale. Les jeunes du Centre ont un excellent comportement en stage, c’est souvent dû au fait qu’ils reçoivent une bonne éducation dans des clubs bien structurés. Je ne dirais pas la même chose en ce qui concerne tous les adultes en formation. Lors d’un stage « entraîneur régional » à Salbris, par trois fois je suis réveillé par le directeur du CRJS: ses appartements sont situés au-dessus d’une de nos chambres et il me fait constater que le vacarme causé par des éclats de voix, des rires, des bruits divers l’empêchent de dormir. Une fois passe encore…à la troisième, le directeur exige des sanctions.

Le lendemain matin, j’informe François Buys de l’incident.  Dans un premier temps, il envisage purement et simplement de mettre les fautifs à la porte, puis mesurant que ça risque de me faire des ennemis (ils sont en majorité du 37, dont E3, de mon club), il se contente d’un remontage de bretelles carabiné avec, menace d’exclusion définitive si récidive…à noter que l’un d’entre eux sera d’une sévérité rigoureuse avec les enfants et ce pour des vétilles.

A LA RECHERCHE D’UNE VOIE NOUVELLE.

J’ai bien conscience que je doive prochainement cesser d’encadrer les stages régionaux et départementaux dès qu’un encadrement qualifié, c’est à dire professionnel et plus jeune sera en mesure de le faire, d’autant plus qu’avec les jeunes et les formations on n’est pas dans le sport de masse mais d’avantage dans l’élite, tendance qui sera encore accentuée dès qu’on parlera de détection. J’ai la conviction qu’il faut inventer un autre tennis de table (mon expérience CAS me l’a appris) mais rien n’émanant des discours officiels ne va dans ce sens. Cependant des voix commencent à s’élever pour réclamer d’autres priorités que la performance à tout prix.
Dans les stages Tibhar, j’ai rencontré Gilbert Liégeois qui milite en faveur d’un « tennis de table sport pour tous ». Élu fédéral, il ne parviendra pas à faire triompher ses thèses et c’est dommage!

Débuts au comité directeur de la ligue.

    Bien que présidée par Jean-Claude Lacour, la ligue garde pendant deux ans une habitude instituée par son prédécesseur. Les réunions du comité directeur se font sur deux séances, l’une le samedi après-midi, l’autre le dimanche matin. L’avantage est certain, on se donne le temps de s’appesantir sur les sujets difficiles. Mais tout aussi certain est l’inconvénient majeur qui se traduit en frais d’hôtel et de restaurant. La première réunion (pour moi) se déroule dans un hôtel d’Orléans.
Tout ne se passe donc pas obligatoirement à Salbris, au siège social. A noter que la décentralisation se justifie quand la réunion a lieu en même temps qu’une compétition importante afin que les membres du comité directeur puissent être présents aux deux. J’ai besoin de mieux connaître la ligue et ses ressortissants, je vais en trouver l’occasion.

Chaque fois que se déroule un événement important sur son territoire, le comité directeur désigne un délégué de ligue dont la fonction consiste à prendre toute décision à caractère urgent, à éventuellement conseiller le club organisateur, à rédiger un compte-rendu précis sur le déroulement de l’épreuve, les failles éventuelles mais aussi les réussites, en y ajoutant des commentaires pouvant être utiles à une commission. Ça m’intéresse car je vais très vite établir des contacts, recueillir des opinions, observer… je me déclare donc volontaire quand personne d’autre ne brigue la fonction. C’est ainsi que je représenterai la ligue et le CILTT aux assises régionales du sport à Bourges.
En attendant, j’écoute beaucoup, j’apprends et j’acquiers la certitude que de bonnes idées circulent un peu partout mais qu’on ne les entend pas en haut lieu. Je pourrai cumuler cette mission avec la rédaction du « 3T Mag », le journal du CILTT; là comme ailleurs, les occasions seront nombreuses, peu de volontaires se présentent.

Aux élections de 1996, Claude Massaloux, comme annoncé, est parti. La première mesure de Jean-Claude est d’équilibrer nos finances, donc de faire des économies et dorénavant les réunions du comité directeur se feront le samedi après-midi uniquement. Il conserve un temps l’habitude de réunions décentralisées mais assez rapidement on ne tarde pas à se rendre compte que Salbris présente bien des avantages car plus centrale pour tous avec le bureau à portée de main.

Cependant seront conservées les réunions hors Salbris quand leur date coïncide avec un événement sportif dont le lieu sera préféré.Comme pour le CILTT, j’apprécie les réunions du comité directeur de la ligue pour son ambiance studieuse et amicale à la fois et la méthode qui permet à chacun de s’exprimer; on peut noter la diversité des opinions qui débouchent toujours sur un consensus, certains élus, Gérard Jacob en tête, savent ramener l’assistance à la réalité et à l’intérêt des clubs. Je ne joue qu’un rôle mineur dans ces réunions mais, par ma participation active à la technique régionale, je constitue une sorte de trait d’union entre les entraîneurs et le comité directeur. J’apprécie moins le fait que le celui-ci accueille en son sein une importante armada de fumeurs invétérés qui font que, de temps à autre, Gérard se lève pour ouvrir grand les fenêtres, même en hiver. Le premier local salbrisien que j’ai connu est assez vétuste, mis à disposition par la mairie dans un centre aéré, (11 rue de la Victoire). Mais au moins nous sommes chez nous et la cour offre un parking largement suffisant. Je mets un point d’honneur à assister à toutes les séances, je regrette le fait que parfois celles-ci, quand le CTR et les cadres du pôle sont absents, se déroulent sans qu’on y parle beaucoup de tennis de de table.

LA REVOLUTION EST EN MARCHE Grands et petits chambardements.

Si on considère la fin de siècle (de 1980 à 2000), d’importants changements ont lieu dans le tennis de table, dans les règlements fédéraux, dans la ligue même; ce qui n’ira pas sans poser problème aux entraîneurs, aux arbitres, aux dirigeants. Je rappelle que je ne rédige pas l’histoire, je vais citer un peu en vrac. Du nouveau matériel est apparu, avec l’anti-top, les picots longs d’où est née la raquette combi qui imposera les deux couleurs noire et rouge des revêtements; en effet, des joueurs, qui ont des plaques différentes sur les deux faces de la raquette, tournent celle-ci au cours de l’échange pour tromper l’adversaire.

Un joueur hongrois, Klampar, ayant découvert par hasard que des colles à solvant augmentaient la vitesse du revêtement, voilà qu’une majorité de joueurs se mettent au collage avant chaque entraînement et chaque compétition. Ce procédé impose aux dirigeants la mise à disposition d’un endroit suffisamment aéré pour cette pratique, devenue un rituel: on reconnaît la toxicité des vapeurs dégagées par ces colles, d’ailleurs interdites aux élèves à l’école ( mais pas au tennis de table, encore une contradiction).
Presque tous les jeunes et beaucoup de moins jeunes adoptent le collage même si certains n’y ont aucun intérêt car tous n’ont pas reçu le don de la vitesse à leur naissance, ce qui fait dire à un entraîneur: «Mieux vaut être rapide avec une raquette lente que lent avec une raquette rapide».
Les fabricants, eux, poussent au collage car les plaques collées et décollées sans répit s’usent plus vite et cela augmente les ventes. Cette pratique aura deux effets pervers: « ringardiser la défense » qui aurait peut-être mieux convenu à certains, (rappelons que personne ne peut décréter son système de jeu s’il est contraire à sa personnalité sans en subir les conséquences tactiques mais aussi psychologiques) et sans doute éloigner de nous ceux qui, pour être « dans le vent », collent mais échouent et se découragent. On sait aussi que les colles rapides seront prohibées, le rite disparaît mais les fabricants ont prévu la parade avec des revêtements de plus en plus rapides.

A l’entraîneur de s’adapter et à apprendre à jouer avec ces nouveaux matériaux pour savoir comment en enseigner l’usage et qui a intérêt à les adopter. Rappelez-vous qu’ont été à un moment donné autorisés des services masqués par une partie du corps (services sous la cuisse, dans le dos, derrière le bras libre…) avant que le règlement n’en exige la visibilité totale par l’arbitre et le relanceur.

Dans les années 70, on nous a vanté l’équipe à six joueurs qui, soi-disant, nous rapproche des autres sports d’équipe, basket, hand, … Maintenant, on passe à l’équipe à quatre joueurs (chacun ne disputant que trois simples et un double, selon la FFTT, afin de limiter l’horaire), économie oblige car une voiture suffit pour la déplacer.  Mais à la base, certains font de la résistance exigeant qu’on dispute les dix-huit rencontres, ce qui donne lieu à des marathons nocturnes et sans doute à faire fuir ceux qui pensent que la nuit doit être consacrée au sommeil; du souci pour les commissions sportives qui se retrouvent avec un plus grand nombres d’équipes à gérer et pour certains clubs qui manqueront de place les jours de compétition.
On adopte la balle de 40 mm (38 avant), en plastique, adieu celluloïd! Les manches diminuent de moitié et passent à onze points. Je ne connais guère de sports où des changements aussi radicaux sont aussi fréquents.

Une avancée majeure dans la technique est l’utilisation du panier de balles. D’abord considéré comme un procédé de travail, il est rapidement devenu un pilier des séances. Il est perfectionné continuellement, il n’a plus à faire les preuves de sa redoutable efficacité.
Bien sûr, pour en tirer un bénéfice, il est nécessaire de se former car il faut savoir distribuer, concevoir les exercices, donner la meilleure balle, au bon endroit et au juste rythme. Malheureusement, il est souvent mal utilisé dans des clubs où l’on croit dur comme fer qu’il suffit de bien jouer pour savoir tout faire. Pourtant nos meilleurs clubs, le pôle, la ligue et ses comités comptent dans leurs rangs des virtuoses du panier, il suffirait d’aller les voir faire.

Cette 3° partie de mon exposé traînant en longueur, je traiterai de la formation dans la 4°. Cependant, en attendant, je laisse à votre réflexion le fait suivant: dans le 37 on constate une forte demande de stages ou séances consacrés au service pratiquement aucune pour le panier de balles…Ça en dit long.… (qu’ en pensez-vous?»
Trois bouleversements majeurs émaillent cette période: la naissance du pôle espoirs, la professionnalisation et l’irruption de l’ordinateur, d’internet, ainsi que la modernisation de la bureautique qui en découle.

Le pôle espoirs.

Le volume d’entraînement de l’élite jeune est devenu si important qu’il exige un aménagement du temps scolaire qu’aucun club ne peut réaliser. Des conditions draconiennes sont à réunir: un établissement scolaire prêt à adapter l’emploi du temps aux exigences de l’entraînement et de la compétition, un internat avec une salle à proximité, un encadrement hautement qualifié (BE 2 avec intervention du CTR, prof de sport).

On sait que le pôle, imaginé par Patrice David, élaboré par François Buys qui suit le dossier, voit le jour sous Didier Guérin, CTR, remplacé un an plus tard par Charles Bourget. D’excellents résultats justifient cette création, il faut également rendre hommage à la compétence et au travail de Nicolas Métaireau son premier directeur bientôt rejoint par Nicolas Gaudelas. Il y aura des déçus car le nombre des pensionnaires sera forcément limité.
Je suis de ceux qui pensent qu’il aurait fallu compléter le dispositif par des pôles départementaux, soit comme antennes, soit relevant des comités, sans doute sous une forme éclatée car on imagine mal des internats. Je sais que la ligue de Bretagne en a tenté l’expérience, j’ignore ce qu’il en est advenu. Je ne me fais pas non plus d’illusion: les sports qui disposent de pôles départementaux sont ceux à fort licenciement, un argument de plus pour le développement.

De régional, notre pôle devient national, ce qui revient à dire que la FFTT reconnaît sa compétence. Quelques clubs suivront cet exemple en créant leur propre section sport-études en contrat avec un établissement scolaire.

La professionnalisation.
Elle s’opère sur deux plans, administratif et sportif.

Très rapidement, la ligue, ses comités, ses grands clubs réalisent qu’ils ne peuvent plus résoudre les tâches administratives par le seul bénévolat. Les horaires de travail nécessitent la présence permanente d’un professionnel à qui, en outre, il faut confier un matériel moderne ordinateurs, photocopieur…Isabelle puis Martine apparaissent à la ligue, Claudie au CILTT. Ne serait-ce que pour un simple renseignement, on a maintenant une voix familière au bout du fil; les élus s’assurent d’un travail qui sera mis en chantier dès décision prise.

Au plan sportif, le volume de travail exigé pour postuler à l’élite ne peut plus être assumé par le bénévolat. Une autre raison est la compétence, un immense fossé s’est creusé entre les formations fédérales et les brevets d’état, on n’apprend pas en quatre jours ce que les futurs pros amassent en une année, avec des périodes en situation. La ligue embauche des CTL pour épauler le CTR ou parfois le remplacer, les comités engagent un CTD (nommé différemment selon les départements), les clubs ambitieux font de même: TT Joué, la 4S avec Bernard Audin (elle inaugure une tradition qui veut que ses cadres professionnels viennent de ses effectifs), Salbris avec François Buys, j’ai plus haut cité l’A M O Mer. Côté positif, il faut bien reconnaître que ce sont les clubs pros qui vont tirer le tennis de table vers le haut et former les champions.

Côté négatif, les clubs modestes ne peuvent plus lutter au niveau de la performance et c’est sans doute une des causes de la désaffection des bénévoles pour l’entraînement. C’était prévisible mais la FFTT n’a rien fait pour leur offrir des lots de consolation.
En revanche, le CILTT avec un championnat jeunes par équipes propose des objectifs aux petits clubs car l’élite n’y participe pas, très souvent engagée dans le championnat seniors.

Informatique, internet et compagnie.

Avec l’arrivée soudaine de l’ordinateur, d’internet, (plus tard du smartphone), non seulement ligue et comités se transforment, mais les dirigeants comprennent assez vite qu’il faut s’y mettre ou quitter la fonction. L’information devient quasi instantanée et une documentation pléthorique s’offre aux utilisateurs. On économise des réunions par des consultations à distance qui peuvent aller à la visioconférence. On peut même assister à des événements qui se passent à des milliers de kilomètres, les techniciens ont accès à un recyclage permanent.

Le juge-arbitrage est chamboulé, on n’imagine plus le J A sans son ordinateur et les résultats parviennent de partout à la vitesse de l’éclair. La gestion des clubs se transforme, beaucoup ont leur site vite nourri de textes, de photos, de vidéos.
Cela aura aussi un effet pervers: trop d’info tue l’info et beaucoup de licenciés n’iront pas sur les sites allant même jusqu’à ignorer celui de leur comité, de la ligue, voire de leur propre club, jugeant parfois que celui de la FFTT ne les concerne pas. Toujours est-il que je réalise vite d’avoir à apprendre si je veux rester en tennis de table. Les gens de mon âge auront eu à vivre bien des changements.

RECONVERSIONS. NOUVELLES VOIES.

Vieillissant, je sais que je dois renoncer à l’entraînement même si, dans ce domaine, je puis espérer durer encore un peu comme auxiliaire (panier de balles, relance avec les débutants, prise en charge de ceux qui éprouvent des difficultés). Je suis donc fermement décidé à laisser ma place aux jeunes qualifiés dans ce secteur de l’activité.

Avec le comité d’Indre et Loire.

Très rapidement, le CILTT crée un poste de CTD. Après Christian Vivet (1987) et ses successeurs, il faut attendre l’arrivée de Cyrille Bonneau pour que l’emploi se stabilise. C’est avec plaisir que j’accueille sa prise de fonction car je le connais très bien puisque c’est avec lui que j’ai obtenu mes dernières satisfactions d’entraîneur de club (lire plus haut) dans les années 80…

Mais c’est aussi le signal de mon retrait de la CDJT, dont je reste consultant, car je ne veux pas le mettre en porte à faux. De toute façon, c’est le sport de masse qui m’intéresse et je pense un instant avoir trouvé ma voie avec le GAD (groupe d’aide aux dirigeants) où je rejoins Christian Lainé président de la commission. Même si à l’époque on ne parle pas de développement, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Nous aurons à nous adresser aux clubs moyens et petits, plutôt ruraux (à l’image de ceux de la Touraine). Les grands clubs situés à Tours et dans sa proche banlieue, qui se sont logiquement professionnalisés et disposent d’une salle spécifique, n’ont guère à apprendre de nous car, soumis à l’obligation d’utiliser les installations à plein temps, ils conduisent une politique qui se tourne vers tous les publics imaginables. Évidemment, nous devons tisser des liens avec eux car il s’agit de mobiliser tout le département et nous sommes tous interdépendants.

De réunion en réunion, soit avec un seul club (sur invitation), soit avec plusieurs (grâce à un découpage géographique de Jean- Jacques Brion qui connaît bien clubs et affinités), nous aidons les dirigeants à effectuer un diagnostic concernant leur association.
Jusque-là, tout va bien. Mais lorsqu’il s’agit de développement et de recherche de nouvelles pratiques et de nouveaux publics, ça coince et les arguments ne manquent pas. On nous dit qu’on ne peut plus accueillir de nouveaux licenciés car la salle est comble à chaque séance et les horaires limités; on met aussi en avant qu’introduire des changements risque de rompre l’équilibre car, actuellement, on se sent bien; sans que ce soit dit ouvertement, on devine qu’un peu partout les responsables pensent que c’est le stade où opère l’équipe première qui situe le club dans sa cité; les jeunes?
Plus personne ne veut se charger de leur entraînement, ils ne persévèrent pas car vite découragés quand ils affrontent ceux des grands clubs, de plus, leurs études les éloignent, parfois dès le collège; nous avançons l’argument de la mutualisation des moyens, mais là on se méfie du voisin: si on est prêt à conclure une entente, c’est uniquement dans la compétition pour ouvrir aux plus forts l’accès à un meilleur niveau de jeu; on ne manque pas de nous citer des «recruteurs» célèbres qui cherchent à débaucher les meilleurs d’autres clubs pour renforcer leurs propres équipes et malheureusement c’est souvent vrai; la FFTT a ouvert la voie en créant la licence promo mais on ne la considère souvent que comme transitoire, le loisir n’intéresse pas, on veut des compétiteurs.

Rapidement nous comprenons que nous prêchons dans le désert et que ce n’est pas une petite commission départementale qui peut résoudre le problème mais une vaste opération nationale. Sauf que la FFTT de cette époque est plus axée sur les équipes de France (comme ses clubs les plus modestes sur leurs équipes premières) et se défausse sur les comités départementaux.
Les bonnes intentions ne suffisent pas, il faut d’abord convaincre et les mentalités de la base sont crispées ailleurs que sur le développement.

J’aurai deux fois l’honneur de représenter le CILTT au colloque national des GAD qui se déroule pendant les championnats nationaux seniors individuels, une fois à Laval, la seconde à Rennes avec Christian Lainé: des idées intéressantes foisonnent, nous rencontrons des personnalités attachantes comme Gilbert Liégeois devenu patron des GAD. Malheureusement, si nous sommes tous persuadés qu’il faut des réformes en profondeur, personne ne possède la formule magique qui ferait évoluer les mentalités dans le bon sens.

C’est finalement une fois de plus le hasard qui m’offrira l’activité majeure de ma fin de carrière. Didier Polisset, membre du CILTT, propose au comité directeur de relancer le bulletin départemental sous le nom de « Touraine- Tennis de Table Magazine » (« 3T Mag ») et m’enrôle comme rédacteur en chef adjoint.
Mais, pour raisons professionnelles, il doit quitter le comité directeur et je me retrouve avec le bébé sur les bras. Au début, je puis compter sur Jean Bigot pour des articles de fond (dont cinquante ans de tennis de table et le billet d’humeur) et un volontaire photographe, car il est vite apparu qu’un magazine dédié au sport ne saurait se passer de photos.
Malheureusement, le photographe fait faux-bond et Jean connaît une fin tragique avec une mort subite. Je ne trouve pas de remplaçant mais il faut dire que les collègues du CILTT ont de quoi s’occuper ailleurs.

Je décide cependant de relever seul le défi et de faire du magazine un mensuel qui traitera des événements importants; il y a matière dans le 37 où le CILTT est un grand organisateur mais où également le TT Joué, SAS et la 4S ne sont pas en reste. Je me propose de revenir sur ce sujet dans la 4° partie, cette activité étant à cheval sur deux époques (en ce qui me concerne).

Dans un premier temps, je confectionne des manuscrits à l’ancienne, avec un texte au stylo (plume) et des photos argentiques recadrées aux ciseaux et collées pour évoquer un semblant de mise en page que réalise Claudie notre secrétaire; conscient de l’absolue nécessité de passer à une forme moderne, dans un deuxième temps je m’initie à la photo numérique dont Alex mon petit-fils me fait des CD, toujours pour une version papier; quand je m’estime capable d’envoyer textes et photos par internet, dans un troisième temps la version numérique voit le jour avec Alain Dubois qui assure une mise en page que je ne maîtrise pas et que je n’aurais guère le temps de faire. Je garde un souvenir impérissable de cette activité qui m’offrira l’opportunité d’étudier de près le tennis de table régional et départemental avec en prime de grands événements nationaux et internationaux.

Avec la ligue du Centre.

Comme déjà dit, Jean Claude Lacour ne me confiant pas une commission, c’est d’abord dans les stages que je travaille pour notre ligue. Chaque fois qu’elle est concernée par mes photos (événements régionaux ou nationaux, réunions de comité directeur, colloques, etc..).je les lui envoie car chaque fois qu’elles sont sur le site, chacun peut se servir en téléchargeant celles qui l’intéressent. J’estime que c’est un service que nous devons à nos licenciés.
Dans cette période, j’écris quelques articles techniques pour TT Centre et Top- Technique Centre.
Je me souviens de quelques-uns: lettre au lecteur (finalité de la revue), adaptation-évolution-efficacité-intégration, la position d’attente, droit de l’enfant dans le sport, la reprise, etc…
j’y analyse aussi des livres, des vidéos, des revues… le but que nous recherchons (car je ne fais que coopérer avec d’autres techniciens) c’est de compléter la culture sportive des diplômés fédéraux, je ne suis pas sûr que nous y soyons parvenus. Je suis même un temps rédacteur en chef du Top Technique.

C’est finalement Nicole Coury qui me fera confiance en me proposant en 2004 la commission
« Emploi formation ». Pour tout dire, mon plus grand mérite sera de laisser faire et de favoriser car j’aurai la chance de faire équipe avec un CTR très compétent et ouvert au modernisme, Stéphane Lelong, pour l’arbitrage à Nico Angenon et pour les dirigeants à Adrien Dodu, tous deux de grands communicants et experts dans leur domaine. Pour les mêmes raisons évoquées ci-dessus, je renvoie le récit à la 4° partie ayant acquis la conviction que celle-ci est bien trop longue.

Quand en 2007, lorsque je signe ma demande de mutation pour la 4S, j’ai le sentiment que ma vie pongiste est un échec. Je me suis formé dès 1962 avec l’intention de me consacrer au sport de masse à travers les activités d’un club. J’ai passé un temps énorme à me perfectionner dans ce domaine mais le club en a décidé autrement.
Depuis cette époque, je me pose les questions suivantes: les clubs, dans leur grande majorité, ont-ils vraiment envie de se consacrer au sport pour tous? Ou bien, au contraire, ne cherchent-ils pas une situation de confort pour les licenciés du moment, situation que l’arrivée de joueurs différents, que des changements dans les habitudes viendraient à contrarier?

Avant de refermer ce 3° chapitre, je vous laisse réfléchir à la charte des droits de l’enfant dans le sport à laquelle j’ai fait allusion plus haut. Demandons-nous si elle est partout respectée et si, à peu de chose près, elle ne devrait pas s’appliquer à tous les licenciés. Je ne puis que recommander la lecture de la revue dont elle est tirée… Vous avez dû relever des répétitions dans mon texte, elles sont volontaires car concernant des sujets qu’on veut souvent ignorer…

CHARTE des DROITS de l’ENFANT dans le SPORT.

Élaborée par un groupe d’entraîneurs éducateurs de jeunes réunis en colloque à Genève le 17 novembre 1988. Publication par la revue Sport et vie hors-série N° 5 H « L’enfant et le sport ».

    «

-Droit de faire du sport.

-Droit de s’amuser et de jouer comme un enfant.

-Droit de bénéficier d’un milieu sain.

-Droit d’être traité avec dignité.

-Droit d’être entraîné et entouré par des personnes compétentes.

-Droit de suivre des entraînements adaptés aux rythmes individuels.

-Droit de se mesurer à des jeunes qui ont les mêmes probabilités de succès.

-Droit de participer à des compétitions adaptées.

-Droit de pratiquer son sport en toute sécurité.

-Droit d’avoir des temps de repos.

-Droit de ne pas être un champion. »

           Georges Barbereau. A suivre….

 

 


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