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Souvenirs…Souvenirs….

Ils ne sont plus nombreux nos anciens et nos anciens quatrésiens ! Roger, Christian, Georges, Yves, mais aussi certains de générations plus proches de nous et présents au club depuis 30 à 40 ans!!! Marie, David, Christophe, José, Moutou, Bruno, mais aussi Cyril, Denis, Chichi sans oublier les parents!!! Ils seront contactés en espérant qu’ils nous répondent car ils pourraient en raconter beaucoup!

Bonne lecture avec Georges…Barbereau

SOUVENIRS…SOUVENIRS… S’adapter à son époque.

Je ne vais pas retracer l’histoire du tennis de table, d’autres ont su le faire beaucoup mieux que je ne le pourrais. Je vais seulement faire appel à mes souvenirs qui parfois s’estompent dans la brume de mon grand âge, simplement pour montrer tous les changements que mes contemporains ont eu à connaître et surtout pour encourager nos dirigeants, à quel niveau que ce soit, à regarder vers le futur sans la mentalité du passé…car, non, ce n’était pas mieux avant! Ce sera long. Peut-être n’aurai-je pas le loisir de finir. J’invite d’autres anciens à témoigner de leur expérience car je pense qu’il faut se préparer à vivre des grands changements pour ne pas dire des bouleversements dans la pratique sportive…et aussi parce que seule une pluralité de points de vue peut permettre une approche de la vérité, en admettant qu’il y en ait une.

Quand le picot était roi. Le côté obscur.

Les années 50.

Jusqu’en 1950, j’ignorais tout du tennis de table plus communément alors nommé

Ping-Pong. Dans ma ville natale, Château-Renault, deux associations le pratiquaient, l’une, un patronage catholique, affilié à la FSF et l’autre, un patronage laïque affilié à l’ U F O L E P, ces deux patros se livrant une guerre sans merci pour des raisons idéologiques teintées de politique, selon l’ambiance de cette après- guerre que l’on a peine à imaginer aujourd’hui et c’est tant mieux! Le président Massaloux me confiera plus tard qu’il avait du mal à comprendre l’existence de ces fédérations affinitaires qui divisent la jeunesse alors que la FFTT l’unit. Nous y reviendrons, notons au passage que notre sport était très pratiqué dans les patronages mais pas forcément  sous la bannière de la FFTT et plus souvent davantage comme un loisir que comme un sport. Je n’ai approché aucune de ces associations d’ailleurs peu de jeunes de moins de 15 ans étaient sportifs dans ces années-là.

Les années école normale.

En octobre 1950, j’entrai à l’école normale d’instituteurs d’Indre et Loire. Cet établissement comportait les trois classes du lycée et une quatrième consacrée à la formation professionnelle. Dans une salle des fêtes très spacieuse et bien éclairée trônaient deux tables, installées dans le prolongement l’une de l’autre, l’une agréée FFTT, l’autre faite maison dans l’atelier de l’école, ne pouvant servir que pour l’entraînement  mais néanmoins de bonne qualité: pour l’époque on pouvait considérer que le club de tennis de table était parmi les mieux équipés du département. Cependant, bien entendu, on ne pouvait y jouer que dans les périodes d’interclasse. Sur les soixante élèves et les professeurs, seule une petite vingtaine de personnes s’intéressaient vraiment au tennis de table: certains ne l’avaient jamais essayé, d’autres occasionnellement faisaient une partie histoire de meubler le temps, d’autres encore pratiquaient régulièrement mais à titre de délassement, sans chercher à acquérir la moindre once de technique, une faible minorité constituait l’effectif des deux équipes( de trois à l’époque) et s’entraînait ( si on peu dire) plus assidûment. Comment s’entraînait-on alors? Eh bien, on disputait deux à trois sets (de 21 points), ce qui constituait une méthode simple de répartition du temps en raison du faible nombre de tables par rapport à l’effectif des utilisateurs, ce qui, je le constatai plus tard, était une pratique commune à tous les clubs, on voit mal comment on aurait pu procéder autrement. C’était aussi la seule façon d’apprendre, on essayait d’imiter les meilleurs tout en disputant le point. Actuellement, dans de nombreux clubs, ça se déroule encore comme ça, même s’ils disposent d’un nombre suffisant de tables pour ne laisser personne inoccupé. Ce que je viens d’écrire, je m’apprête à le seriner tout au long de ce récit car c’est un sujet qui me  préoccupe. Ajoutons à cela que le tennis de table était considéré par ceux qui pratiquaient le football, le basket, l’athlétisme etc… plus comme un jeu de salon que comme un sport véritable, ce qui traduisait bien l’opinion générale et laisse à penser la lutte qu’ont dû mener les dirigeants de l’époque et leurs héritiers pour qu’il soit un jour reconnu discipline sportive à part entière.

Le matériel.

Il était assez assez hétéroclite, c’était l’après-guerre, les produits de bazar ( à bon marché et de mauvaise qualité) côtoyaient les articles vendus dans les magasins de sport mais quasiment hors de portée de nos modestes moyens.

Les balles n’ étaient pas fournies par le club comme c’est le cas de nos jours, il fallait donc les acheter si on voulait jouer. La coopérative de l’école normale en vendait trois marques: «Match- officiel», bien mal nommées car d’une sphéricité douteuse, d’une mollesse avérée, elles cassaient au moindre choc; «Reina», de qualité moyenne et de prix abordable; «Olympic» d’excellent rendement mais fort chères. On pouvait trouver en ville, dans les magasins de sport, des balles «Barna», «Schildkröt», «Alésia» ( dites balles tournées) , agréées FFTT, mais très onéreuses. Le prix des balles étant très élevé en ces temps là, on les réparait: cabossées, elles allaient se redresser tant bien que mal dans de l’eau chaude; fêlées, elles étaient pansées avec du vernis, étant bien entendu qu’une balle réparée était impropre à la compétition.

Au début, je me contentai d’observer les joueurs censés être les meilleurs, mais ils ne me convainquaient guère car pratiquant un jeu de poussette plutôt passive, émaillé d’attaques peu impressionnantes. Parmi eux, figurait Paul Rougeux qu’on disait classé, je compris plus tard qu’il n’avait pas besoin de forcer son talent, étant nettement au-dessus du lot. Le directeur jouait en équipe et c’était grâce à son influence que notre sport s’était implanté dans son établissement; il pratiquait un jeu de demi-volée avec des services effectués sans lancer la balle. Histoire de faire comme tout le monde, de temps à autre je jouais une partie avec un de mes condisciples,et, pour cela, il fallait emprunter une raquette. Bien entendu, ceux qui en possédaient une bonne ne la prêtaient pas à un débutant, je suppose que ça n’a guère changé à ce sujet. Tout un assortiment de,   bazar sortait des casiers: raquettes de bois nu, palettes de contreplaqué de basse qualité qui vous pliaient dans la main au contact de la balle, revêtements variés: liège, papier de verre, picots…Les raquettes dites de compétition étaient construites à partir d’un contreplaqué sérieux( quatre à cinq plis) et d’un revêtement à picots qui pouvait nuancer vitesse, adhérence,contrôle selon la souplesse du caoutchouc, l’épaisseur, la longueur et la densité des picots. Aucun joueur ne construisait sa raquette qu’on achetait toute faite avec un revêtement identique sue les deux faces, on cherchait plus à s’adapter à son outil alors qu’aujourd’hui on assemble pour chacun celui qui correspond à son niveau et à son style. On trouvait toutes les couleurs de l’arc  en ciel à condition que ce soit la même des deux côtés. Les raquettes compétition des années 50 portaient le nom des grands joueurs de l’époque: Haguenauer, Lanskoy, Roothooft, Amouretti, Agopoff…la plus réputée était la raquette Barna; Victor Barna avait été champion du monde; sa raquette présentait un bon compromis au niveau de la vitesse, de l’adhérence et du contrôle, on la reconnaissait aisément à la couleur marron de son revêtement et à son manche droit et verni. J’appris plus tard que le choix du bois de la raquette était important car sa qualité, son épaisseur, la position des plis durs à l’extérieur ou non influaient sur la vitesse.

On pouvait jouer en tenue de ville à condition d’ôter la cravate et que le blanc fût exclu,avec quelques restrictions:les chaussures devaient être sans talon ( certains joueurs se présentaient en charentaises), la veste de ville devait être quittée, le pantalon de survêtement était proscrit, je n’ai jamais su pourquoi. Il existait une  tenue officielle, short et polo gris-souris, seul l’écusson du club pouvait en rompre la  monotonie. Avouez que tout cela ne contribuait guère à donner une image sportive du ping-pong (terme plus souvent usité) mais il suffit d’avoir connu les températures sibériennes de certaines salle pour comprendre ces tolérances.

Les tables officielles étaient composées de deux parties avec un plateau de contreplaqué genre marine ( l’aggloméré des années 50 était de médiocre qualité) fixé sur un châssis à pattes repliables  en bois. Peint en vert, chaque demi plateau était bordé par un bande blanche. Quand on montait une table, il fallait être au moins deux pour porter un demi-plateau du lieu de stockage à l’aire de jeu, rares étant les clubs disposant d’un lieu (j’évite de dire salle) spécifique. Les deux demi-plateaux étant alignés, il fallait poser le filet; d’abord les potences à cheval sur la ligne de jonction, puis fixer le dit filet en en enroulant le cordon autour de deux ergots soudés sur les supports afin de le tendre.ce qui ne lui donnait qu’une hauteur approximative et impossible à régler avec précision. La ligne de double n’était pas tracée, seuls deux repères marquaient le milieu de la ligne de fond. Les rencontres de championnat par équipe ne comportant que des simples, ce n’était pas trop gênant. Pour le double, on tendait un cordon au préalable enduit de craie entre ces deux repères et en le faisant sèchement claquer sur le plateau, on marquait la ligne médiane. Les clubs avaient également des  tables d’entraînement, faites maison, impropres à la compétition, les plus rudimentaires étant composées d’un plateau posé sur des tréteaux, j’ai réussi à en sauver une de cet acabit qui dort dans mon garage. Toutes ces choses, je les découvris petit à petit car c’était comme aujourd’hui, on parle beaucoup de l’accueil mais j’ai connu peu de clubs soucieux de piloter les nouveaux, il faut souvent tout découvrir par soi-même, au niveau des adultes.

Premiers pas.

De temps à autre donc je faisais une partie avec un ami, sans être convaincu qu’il s’agissait de sport. Un jour Paul Rougeux, qui nous regardait jouer, nous donna les conseils suivants: au début, ne pas chercher à frapper fort, ce que tentent de faire les novices, mais se relâcher, bien accompagner la balle avec des mouvements souples, se déplacer en  permanence pour se positionner par rapport à la balle, servir en lançant la balle.Ces conseils je les donne toujours aux débutants…puis un beau jour…

Un beau jour le directeur nous autorisa à sécher l’étude pour assister au match de l’équipe première de l’école normale contre une équipe du PL La Fuye, le club le plus important du département et qui avait une équipe première en Nationale, la plus haute division du championnat . C’était aussi le club FFTT de Paul Rougeux. S’alignaient Gaston Dufour, beau-père de Paul, classé 35, Françoise Larcheron, une des meilleures juniors  française, Claude Errant, classé 40  que l’on connaît mieux pour avoir été un grand dirigeant de ligue et de comité, expert en secrétariat et en trésorerie. L’équipe de l’école normale fut laminée à part Paul qui marqua deux points et livra un match spectaculaire contre Gaston Dufour; avec du recul je ne puis m’empêcher de penser qu’ils  étaient certainement complices et que le directeur, qui tenait absolument à implanter le tennis de table dans son établissement, avait dû demander qu’ il y eût du spectacle. Le but fut atteint, le public  conquis par des joueurs démontrant un sport à la fois technique et athlétique: Gaston Dufour pratiquait un jeu qu’on qualifierait aujourd’hui d’ all-round avec une frappe  percutante du  revers, Françoise Larcheron l’attaque rapide, Claude Errant la défense coupée. A l’issue de la rencontre, Dufour nous encouragea à apprendre le tennis de table qui, selon lui, était facile à mettre en œuvre au niveau du sport scolaire dans les écoles rurales (il était lui-même enseignant). Il nous invita à assister aux matchs de l’équipe première du PL L F et à venir nous entraîner dans son club. Ce jour-là, j’eus le coup de foudre pour le tennis de table et cette passion m’habite toujours. Cette expérience  personnelle me porte à croire qu’il faudrait plus souvent exporter le tennis de table  d’excellent niveau, donc spectaculaire, vers les déserts pongistes et les clubs désireux de se développer. En fin d’année scolaire eut lieu un tournoi où j’échouai en quart de finale

Vinrent les grandes vacances. Désireux de trouver une raquette acceptable dans la limite de mes modestes moyens, je poussai la porte du bazar de Château-Renault. Le patron m’apprit qu’un nommé Bardin avait fondé un club dans les années trente et que lui avait investi dans un lot de raquettes «sérieuses» qu’il n’avait pas vendues car le club n’avait pas tenu suite au départ  de son fondateur, le lot lui était resté sur les bras. Eh, oui! Il s’agit bien de P J notre premier président qui avait très temporairement exercé le métier de grainetier dans ma ville natale. Grand dirigeant de ligue mais aussi fédéral, il ne pouvait «s’ enterrer» dans une si petite localité et en était  reparti pour Tours où il avait fondé le P P C T. Cette anecdote illustre à merveille la fragilité des clubs qui reposent sur une seule personne, n’ ont tenu que ceux qu’une solide équipe gérait. Toujours  est-il que je  trouvai mon bonheur dans une raquette, certes quelque peu défraîchie mais dont le bois à cinq  plis était ferme et dont le revêtement me paraissait adhérent…d’autant que le prix réclamé me convenait. A la rentrée 1 951, je décidai de m’y mettre. Un de mes amis ayant pris la même résolution,  nous décidâmes d’unir nos efforts. Paul Rougeux nous déconseilla de faire des match qui ne permettraient pas d’apprendre correctement mais au contraire fixeraient les défauts et nous recommanda de consacrer chaque séance à l’étude d’un coup; par exemple, tandis que l’un travaillait l’attaque du coup droit, l’autre était en défense et vice versa. Nous suivîmes ses conseils mais personne ne sembla s’intéresser à nos efforts. Nous progressâmes sans pouvoir vraiment mesurer nos progrès. Chaque fois que c’était possible, le dimanche, jour de sortie, j’allais voir du tennis de table seulement quand il se jouait à Tours, ne disposant d’aucun véhicule personnel. Je pus ainsi constater qu’en la quasi absence de gymnases, on jouait en des lieux qui sembleraient aujourd’hui saugrenus, mais, faut-il le rappeler? en ces temps-là, basket, volley, hand étaient des sports de plein- air. C’est ainsi que j’assistai aux championnats individuels d’Indre et Loire qui se déroulaient,dans…la salle des pas perdus de l’hôtel de ville de Tours. Imaginez la scène: des tables dans tous les sens, y compris sur les paliers du grand escalier d’honneur et sans séparations inconnues alors, dans les courants d’air et avec des curieux circulant de façon anarchique autour des aires de jeu..Une autre fois, ce fut dans un dancing avec des joueurs mouillant leurs semelles à intervalles réguliers pour atténuer les glissades sur un parquet ciré en permanence. Les matchs de nationale du P L La Fuye se jouaient dans une salle des fêtes où l’on donnait régulièrement des bals mais qui semblait un luxe par rapport à ce que je viens de décrire. L’équipe était formée de trois joueurs de style et de système différents: Louis Berga, un joueur complet, plutôt offensif, privilégiant  la demi-volée ( prise de balle en phase montante en poussette, en attaque et en retour rapide) mais sachant réagir en défense coupée, Maurice Roquebert, attaquant rapide coup-droit et revers et Roger Digneffe, un homme très grand et athlétique, souvent en défense mais capable de frapper fort dès que l’opportunité s’ en offrait à lui. Ces trois joueurs étaient classés 15, à ne pas confondre avec les classements actuels. A cette époque, au sommet de la pyramide on distinguait les premières séries au nombre de huit à dix, puis les secondes séries classés de 0 à 15, ensuite les troisièmes séries de 20 à 35, enfin les quatrièmes séries de 40 à 50, les classements individuels s’échelonnant tous les 5 points: par ordre croissant: 50, 45, 40, 35…20, 15…etc. Au delà de 50, on était non classé. Le classement était établi par un système  de calcul prenant en compte les performances, les contre-performances, les non-performances victoires ou défaites( matchs à égalité de classement). Un 15 était alors un très fort joueur.

 Cette année-là, je progressai sans doute autant par l’observation que par la pratique. D’ailleurs, cette pratique s’arrêta dès avril car le bac première partie nous attendait en juillet.

A la rentrée 1952, mon partenaire et moi fûmes informés que, désormais, nous faisions partie de l’équipe 2, celle du directeur. Mais ça ne devait pas changer pas grand chose car nous ne disputâmes que trois matchs dans la saison, avec une sévère défaite contre une équipe renouvelée du PL La Fuye, trois 40, qui avaient pour chef de file un certain Claude Arribey qui n’utilisait qu’un coup, une frappe du coup- droit propre à assommer un pachyderme et qui deviendrait meilleur joueur du département et de la ligue, dans un avenir proche malgré sa venue tardive à notre sport ( il frisait la quarantaine). Je continuai à assister à des rencontres et à consigner mes observations sur mon calepin. Voici en gros ce que ça donnait. Contrairement à une caricature qu’en font de nos jours ceux qui ne l’ont pas  connue, cette époque n’ était pas du tout celle du règne exclusif de la poussette intégrale et des matchs interminables. Je classais alors (ça vaut ce que ça vaut mais je n’étais pas un expert) les joueurs en quatre catégories. Ceux qui prenaient la balle  en demi-volée, c’est à dire très tôt après le rebond et qui misaient sur la vitesse et le placement, qui ont sans doute inspiré le jeu de bloc qui naîtra avec la raquette sandwich; ceux qui prenaient le jeu en main en attaquant dès que possible; ceux, plus attentistes, les défenseurs dont l’arme principale était la balle coupée; enfin venait la catégorie des joueurs polyvalents, capables de faire face à toutes les situations sachant tout faire, c’était le cas des meilleurs de l’époque. Ce classement sommaire comprenait beaucoup de nuances. Par exemple, on distinguait chez les attaquants des joueurs assez différents: les cogneurs qui prenaient la  balle au sommet du rebond, les rapides qui la frappaient dans la phase montante, les lifteurs qui la frottaient au début de la phase descendante (le lift a certainement inspiré le top-spin), ceux qui n’utilisaient que le coup droit, ceux qui équilibraient coup-droit et revers. De même, chez les défenseurs, certains touchaient la balle au sommet du rebond pour faire un coupé-tendu,d’autres  jouaient à mi-distance, d’autres encore, loin de la table, cueillaient la balle au ras du sol…et comme tout cela pouvait se combiner, on avait droit à une grande variété dans les systèmes,  beaucoup plus qu ‘aujourd’hui, tout simplement parce que chacun choisissait ce qui convenait le mieux à sa nature et à ses goûts alors que depuis on a assisté à une standardisation en grande partie créée par des entraîneurs en quête de rentabilité. Pour la petite histoire, n’étant pas rapide mais plutôt endurant, j’optai pour un jeu de défense très coupée (on disait alors sabrée), à mi-distance avec contre-attaque coup-droit et revers. Les autres matchs que nous remportâmes facilement sur des non classés ne m’ont laissé aucun souvenir. Trois matchs dans une saison, ça paraît dérisoire aujourd’hui, mais il y avait de multiples raisons à cela. A  l’école normale, le directeur, qui privilégiait le sport de masse, faisait tourner un maximum de joueurs par équipe, le résultat important peu. Il essayait également de ne pas nous solliciter dès le troisième trimestre à cause des examens (pour moi, le deuxième bac). Enfin, en U F O L E P , il n’ y avait pas de match retour et pour les clubs F F T T cette compétition était très secondaire mais elle était un bon support à un tennis de table de loisir car peu accaparante.

En 1953, c’était ma dernière rentrée dans l’établissement et ma première démarche consista à m’acheter une raquette, la précédente m’ayant lâché suite à deux fêlures parallèles de la palette au ras du manche ( cela arrive encore aujourd’hui). Mais cette fois j’en avais les moyens car en 4° année, dite de formation professionnelle, nous étions rémunérés. Je fis l’acquisition d’une raquette armée, ainsi nommée parce que deux plaques de «duralumin» en renforçaient le bois, la rendant très solide mais également plus rapide. Sans surprise j’appris que mon partenaire d’entraînement et moi-même étions dorénavant considérés comme les chefs de file du ping-pong, rien de bien méritant puisque Paul Rougeux et ses équipiers avaient quitté l’établissement, ce qui serait notre cas en fin d’année scolaire. Cela ne changea pas grand chose car nous étions peu disponibles devant effectuer des stages de formation, dans les écoles mais aussi ailleurs et nous ne jouâmes que trois matchs,  dont le dernier, en zone rurale, me fit comprendre l’importance de l’automobile dans le tennis de table; on le ressent moins aujourd’hui, mais, dans les années 5O, on était très loin d’une auto par foyer. C’est donc avec une certaine inquiétude que je vis se profiler la fin de l’année scolaire synonyme de nouvelle vie puisque nous aurions à faire acte de candidature pour un poste d’instituteur avec le risque de me retrouver dans un désert pongiste et un village loin de tout.

L’année scolaire se termina par un examen, le C F E N, (certificat de fin d’études normales), partie théorique du C A P d’instituteur (P= pédagogique).Constatant qu’il y avait des postes libres à Château- Renault, je plaçai cette ville en tête de mes demandes car les liaisons en car ou en train avec Tours étaient faciles et me permettraient de me licencier au P L La Fuye où je savais pouvoir m’entraîner le jeudi (jour de congé scolaire) et faire de la compétition le dimanche. Toutefois, le directeur refroidit mon enthousiasme en me spécifiant que les autorités académiques refuseraient cette nomination dans ma ville natale. Je maintins cependant ma demande que je complétai avec quelques villages perdus dans la campagne tourangelle, bien persuadé que ma vie pongiste tournerait court.

 De passage chez mes parents, j’appris que, le jour- même, se déroulerait dans la salle de bal d’un café un tournoi ouvert à tous les habitants du canton. Mon père me demanda de m’y inscrire car il ne m’avait jamais vu jouer. J’acquiesçai à sa demande bien que devant me lever très tôt le lendemain pour rejoindre une colonie de vacances du 19° arrondissement de Paris. Je remportai assez facilement ce tournoi, ne trouvant un peu de résistance qu’en demi-finale et en finale, contre ceux qui allaient plus tard devenir mes équipiers. Ils étaient tous deux assez faibles dans le revers. J’appliquai donc la tactique classique: jouer quelques balles dures dans le point fort adverse avant de  contrer sèchement dans le point faible. Ce tournoi était le prélude à une assemblée générale destinée à créer un club né de la fusion des deux patros que j’ai cités au tout début de ce texte. Ne me sentant pas concerné, je m’éclipsai discrètement dès la conclusion du dernier point.

Premières années de club, fin du règne du picot.

Ce chapitre n’a rien d’historique, je vais tenter de décrire l’ambiance et le décor du tennis de table pratiqué à la base, dans les petits clubs, par des joueurs ordinaires des années 50. J’évoquerai peu les champions et je vous renvoie à ce sujet aux chroniques de Jean Devys et à «Almanach du tennis de table» de Jean-Marc Sylvain.Je pense utile que ceux qui ont vécu cette époque en laissent des traces car ils disparaissent de l’horizon pongiste et il me semble utile que les plus jeunes sachent d’où nous sortons.

   

En septembre 1954, contrairement à ce que je pensais, je reçus ma nomination pour Château-Renault; la ville, une cité ouvrière triste, grise, enlaidie par des tanneries qui fermaient les unes après les autres entraînant un déclin économique, n’avait pas dû tenter grand monde parmi les enseignants…mais ça m’arrangeait. Les choses se précipitèrent. Trois jours après la rentrée, je reçus la visite d’une délégation venue m’inviter à l’assemblée générale de création du club de tennis de table. Je compris assez vite que je ne pouvais refuser sous peine de commencer ma carrière d’enseignant en me faisant des ennemis. Je rangeai mes projets au rayon des souvenirs et assistai à la réunion, sachant que c’était comme un engagement. Tout fut mené au pas de charge. Robert, charcutier de son état et qui était à l’origine du tournoi, prit les choses en main. Il avait déjà obtenu de l’ U S Renaudine, club omnisports, la modification des statuts qui permettait la création d’une section de tennis de table. Jacques, qui avait déjà été licencié F F T T avait contacté P J Bardin; président de ligue,et revenait avec les documents indispensables  bousculant un peu l’ordre réglementaire mais P J avait promis d’arranger ça car il fallait aller vite, la saison allait commencer. Nous dûmes dans la foulée signer les demandes de licences, élire un comité directeur, former des équipes. Robert fut élu président, Jacques secrétaire, j’ai oublié le nom du trésorier qui n’eut aucun rôle car c’est Robert qui assuma la fonction. Je me retrouvai bien malgré moi dans le comité directeur et secrétaire adjoint car Jacques, travaillant à Tours, ne pourrait régler tous les problèmes. En payant nos cotisations, nous eûmes la mauvaise surprise d’une addition très salée. En effet, le club ne disposant d’aucune subvention tout était à notre charge: la location de la salle ( celle où avait eu lieu le tournoi), l’achat d’une table homologuée, les frais administratifs, la part revenant à la ligue et à la fédération, la création d’un fond de roulement. A ceux qui pourraient s’en étonner, habitués  qu’ils sont que tout leur soit livré sur un plateau, je dirais que ce cas était loin d’être une exception. Nous fûmes également avertis que nous aurions à acheter nos balles, la tenue officielle ( pour ceux qui la  voudraient), à régler les frais d’ inscription de nos équipes ainsi que les frais de déplacement qui seraient calculés à chaque fois par le conducteur du véhicule (prière d’avoir de la monnaie sur soi). Ensuite, Jacques nous expliqua le championnat par équipes qui fonctionnait selon deux systèmes. Le premier s’articulait ainsi: le niveau départemental, promotion, puis honneur, le niveau régional, l’excellence, puis le niveau national, avec montée du premier et descente du dernier. Le deuxième système départemental n’était pas réellement un vrai championnat car il ne décernait aucun titre et ne débouchait ni sur une montée ni sur une descente . Institué pour un public loisir ou de réserve, il offrait trois niveaux, première, deuxième et troisième divisions; on pouvait s’inscrire dans le niveau de son choix, selon ce que l’on estimait être celui de son équipe, la ligue offrant ses conseils; à cette époque, chaque département était un district dont la sportive était gérée par un membre du comité directeur de la ligue. A cette occasion, nous apprîmes que la nôtre s’appelait Touraine, qu’elle était formée de deux départements, l’Indre et Loire et la Sarthe, que son siège social était à Tours, 23 Avenue de Grammont, dans le bureau de son président Paul- Jules Bardin. On comprendra ainsi pourquoi je parlerai surtout de l’ I&L dans ce chapitre. On notera au passage que les dirigeants des années cinquante avaient conscience de l’importance du public loisir en tennis de table et on peut s’interroger sur le fait qu’on l’ait négligé par la suite. La réunion se termina par la formation des équipes et la planification des entraînements. Il fut décidé d’en inscrire une dans chaque niveau du championnat, un problème se posa d’emblée, celui des véhicules car ils étaient plutôt rares et il en fallait un par équipe. Je me retrouvai dans la première qui fut inscrite en promotion avec pour mission d’accéder à l’honneur, ce qui me sembla téméraire car il s’agissait d’un

 saut dans l’inconnu; mes équipiers étaient Pierre et Marcel, respectivement finaliste et demi-finaliste du tournoi. On nous attribua ainsi qu’à l’équipe 2 deux séances d’entraînement, les mardi et jeudi de 21 heure à 23 heures. On pourra trouver ses horaires bien tardifs. D’une part, le café réservait sa  salle à ses clients dans la journée, d’autre part Pierre mécanicien- auto ne sortait du travail que vers 20 heures, quant à moi , il suffira de regarder une photo de classe de ces temps-là pour comprendre qu’un instit avait de quoi s’occuper après les heures de cours…bref, ça nous convenait. Le dossier fut remis, le jeudi suivant, à P J Bardin, pour la petite histoire peut-être une demi-heure après celui de la Section Sportive de Saint- Saturnin, les deux clubs étant officiellement nés en même temps. Nous nous entraînâmes comme des forcenés, dans l’ignorance de ce qui nous attendait.

Plantons le décor.

Plutôt que relater nos exploits, qui présentent peu d’intérêt, il me semble intéressant de décrire l’ambiance de l’époque, très éloignée de ce que nous vivons actuellement.

    La communication. Aujourd’hui à l’ère d’ internet, du smartphone, du téléphone, c’est simple de conclure une rencontre. Mais en 1954, tout ça n’était même pas imaginé et peu de foyers avaient un  téléphone fixe, excepté pour raison professionnelle. Le moyen le plus utilisé et par ailleurs officiel était le bon vieux courrier papier, il fallait s’y prendre au moins une semaine à l’avance et faire coïncider la disponibilité de la salle avec les possibilités de déplacement des visiteurs, ça n’était pas simple. La date officielle était fixée au dimanche matin, mais rares étaient les salles  pouvant accueillir plus d’un match à la fois, il fallait bien trouver des compromis. Si le club voisin n’était pas trop éloigné, c’était parfois plus commode de se contacter de vive- voix. On se rencontrait également lors des tournois et l’on pouvait alors y décider de la date de la rencontre. Tout le monde étant conscient de ces difficultés, c’était la bonne volonté qui l’emportait, je n’eus pas connaissance de problèmes majeurs. Mais de là est née l’habitude de jouer la nuit qui me semble peu compatible avec le slogan «Ping-santé»très en vogue en 2020.

    Les clubs. On pouvait les classer en trois catégories selon leur origine: les clubs à vocation unique, les clubs corpo, les patros. On peut imaginer que la naissance d’un club se faisait par un processus inverse de celui d’aujourd’hui. De nos jours, on décide de créer un club, ensuite on sollicite des horaires dans un local, généralement un gymnase, on achète des tables, puis on joue. Dans les années 50 et sans doute avant, des tables étaient mises à disposition dans des espaces de loisir, arrière-salles de café, salle récréative d’un patronage ou d’une entreprise, certaines personnes jouaient, ça leur plaisait, elles décidaient alors de pratiquer plus sérieusement d’où l’avènement du club. Bruno Simon nous a fait parvenir des «actes de naissance de clubs» dans les années 30. On constate que certains sièges sociaux se situaient dans des cafés qui parfois donnaient aussi leur nom au club. Il y a gros à parier que la table et l’espace de jeu existaient avant la création du club. Les patronages, catholiques ou laïques disposaient de salles de loisir, y installer une table pour simplement se détendre était naturel, même chose concernant les comités d’entreprise en charge des loisirs. Ne serait-il pas aujourd’hui envisageable, dans le cadre du développement et lors des entraînements du club, de laisser une ou deux tables à la disposition des visiteurs éventuels afin qu’ils essaient le tennis de table? Bien entendu ce serait aussi une question de publicité à mettre en place ainsi qu’un accueil à organiser avec, si possible, un animateur-conseiller.

    Les clubs à vocation unique étaient ceux dont le seul objectif était la pratique du sport, en ce qui nous concerne le tennis de table. Parmi eux le P P C Tours, le C O Bléré, l’ E S Pouzay, les clubs de l’Île Bouchard, de Veigné…D’autres clubs poursuivaient un double projet. Les corpo pratiquaient bien sûr  le tennis de table mais dans la perspective de créer une ambiance plus amicale dans l’entreprise, voire un esprit de corps: c’étaient l’ A S L O S Tours (sécurité sociale), la C I M T ( matériel ferroviaire à St Pierre des Corps), le G A Z E L E C  Tours, la Nerva Renault ( le plus grand club de la ligue, le C O Pontlieue du Mans était aussi un club corpo de Renault). Les patros (qu’ils se déclarassent catholiques ou laïques) entendaient faire l’éducation de la jeunesse à travers le sport), on distinguait le P L la Fuye, le P L Paul Bert, la Section Sportive de Saint Saturnin qui devint 4S (et que dorénavant je citerai sous son nom moderne pour des raisons de commodité bien

que le changement d’appellation eût lieu beaucoup plus tard), l’ A S St Joseph ( le club de l’institution scolaire Notre Dame la Riche), la Jeanne d’Arc de Loches…Quelques mots sur l’ A S St Joseph (St Jo): ce club était à la fois un patro et un club corpo car il regroupait  personnel enseignant, élèves actuels et anciens de l’établissement. Il était doublement performant car il formait des jeunes pratiquant un tennis de table très technique et figurait parmi l’élite de la ligue avec une équipe première en excellence; son leader, Robert Amarger avait bien analysé le tennis de table de l’époque et savait  transmettre aux jeunes générations un système de jeu davantage basé sur la tactique ( placement et variations) plutôt que sur la puissance. J’ai personnellement regretté que Robert, par la suite , se refusât à suivre une formation d’entraîneur comme l’y incitait le président Bardin, je pense, qu’épris de liberté, il refusait d’entrer dans un système…c’est dommage! Si j’insiste tant sur les patros, c’est qu’aujourd’hui on a tendance à oublier le rôle primordial qu’ils ont joué dans notre développement et, s’ils semblent avoir disparu, leur esprit demeure dans nos plus grands clubs,  la 4S Tours, le TT Joué ( dont une branche, l’ Alauda était un patro). Encore une fois, si je ne parle que de l’Indre et Loire c’est parce que, dans les années cinquante, la ligue Centre Val de Loire n’existait pas sous sa forme actuelle. L’esprit de patros c’est la qualité de l’accueil, la fraternité, la solidarité entre tous leurs membres, le souci d’éduquer et d’encadrer les jeunes dans une éthique et  une morale irréprochables, il va se soi qu’on peut très bien retrouver tout cela dans un club qui ne se déclare pas patro et en constater l’absence chez certains qui en ont l’appellation. Pour les patros   l’implantation que ce soit dans le quartier, la commune, la paroisse, était essentielle et ils s’impliquaient avec force dans la vie sociale. Lorsque les patros catholiques de Tours décidèrent de fusionner pour former le C E S T, on n’y retrouva plus le dynamisme de St Jo; la 4S refusa cette fusion car elle voulait rester fidèle à ses racines, la suite lui a donné raison. .Je quitterai ce paragraphe en citant l’un des plus grands patros de France, la St Michel de Roubaix, le club de notre ami Jean Devys duquel sont sortis de nombreux jeunes de niveau national.

 Remarque : Je ne m’étends pas sur le sens que certains donnaient au mot laïque dans l’après-guerre. De nos jours il est synonyme de tolérance, de vivre ensemble, il est utilisé à tout va dans le discours politique. Pour certains, en ces temps là, il signifiait plutôt opposé à l’église, athée, anticlérical, politiquement de gauche alors que les catholiques étaient supposés voter à droite…du moins dans les sphères dirigeantes mais, fort heureusement,il n’en était rien sur le terrain où les  joueurs se sentaient unis par l’amour de leur discipline, loin des querelles idéologiques surtout quand ce sport était méconnu, voire sous-estimé du public, comme le nôtre.Un exemple de l’effet bénéfique du sport sur la société.

    Les déplacements. Comme aujourd’hui, les compétitions des années 50 étaient étroitement dépendantes de l’automobile, mais on était alors très loin d’une voiture par adulte; on n’ engageait donc une équipe que si celle-ci disposait d’un conducteur pour en assurer les déplacements. Et on  aura du mal à imaginer dans quelles conditions ceux-ci pouvaient avoir lieu. Il était courant de s’entasser à six dans un véhicule prévu pour quatre. Quant au confort!…Il n’était pas rare de voyager sur le plateau d’une camionnette sommairement bâchée pour la circonstance, sur des bancs fixés à la va-vite dans une fourgonnette. Heureusement, la circulation n’était pas aussi dense que de nos jours et la gendarmerie se montrait assez indulgente sur le respect du code de la route. Les véhicules en question, parfois des utilitaires datant d’avant- guerre, avaient souvent de l’ancienneté, la panne était à redouter, l’heure d’arrivée aléatoire supposait de la compréhension de la part de l’adversaire. Les clubs de l’agglomération tourangelle, quand ils jouaient entre eux, pouvaient utiliser le vélo par beau temps, les transports en commun si le match avait lieu de jour. Pour les clubs ruraux, c’était quasiment exclu: par exemple, pour jouer un match le dimanche matin à Tours, il fallait, par le train, partir de Château-Renault à six heures pour ne rentrer qu’à dix-neuf heures.

    Les salles. Nos jeunes auraient de la peine à imaginer les conditions de jeu des années 50. Très peu de gymnases existaient, la France n’était pas relevée des désastres de la guerre 39- 45. Les priorités étaient ailleurs: à Tours subsistaient des ruines, beaucoup de gens occupaient des logements sans confort qu’on qualifierait d’insalubres aujourd’hui. Le pays avait connu une forte récession et les effets bénéfiques du plan Marshall se faisaient à peine sentir. Le sport n’était pas au premier plan, le Basket, le Volley, le Handball se jouaient presque exclusivement en plein-air; comme ce n’était pas pensable avec le tennis de table, on lui allouait des lieux les plus inattendus: bureaux, ateliers, salles de classe, désaffectés ( mais pas toujours). On installait des tables dans des couloirs, dans des sous-sols, dans des garages, certains anciens m’ affirmèrent avoir joué dans des caves. Ces espaces aussi divers n’étaient pas toujours affectés à plein temps au tennis de table, ce qui supposait toutes sortes de manutentions avant et après le sport; voici quelques exemples assez courants: c’étaient le bureau, la classe, l’atelier, la salle de réunion dont il fallait dégager le mobilier, avant d’installer la table, puis réaménager après la rencontre ou l’entraînement; c’était le garage dont on sortait les véhicules afin d’installer l’aire de jeu; c’était la salle des fêtes dont il fallait d’abord balayer les traces du bal de la veille avant de pouvoir y aménager l’espace propice à la compétition, etc…il va sans dire que le club était tenu de rendre le local ainsi prêté dans l’état où il l’avait trouvé, selon la formule consacrée. Parfois, il fallait le rendre impérativement à une heure donnée: j’ai le souvenir d’un match d’excellence disputé dans la salle des fêtes de Bléré pendant qu’ un orchestre installait sur la scène son matériel en vue du bal de l’après-midi. A propos de salles des fêtes…on eût pu penser que les clubs qui y jouaient étaient privilégiés; ça n’allait pas sans quelques inconvénients . D’abord, parce qu’une salle des fêtes ne pouvait être consacrée uniquement au sport; dans les années 50, il s’y donnait beaucoup de bals dont les Français avaient été privés pendant la guerre, ce qui exigeait un parquet ciré aussi glissant qu’une patinoire; la panoplie du parfait pongiste incluait donc une éponge, un récipient pouvant contenir de l’eau afin d’humidifier les semelles pour en améliorer l’adhérence…il existait bien une résine prévue à cet effet, mais l’usage en était généralement interdit par le règlement du local.

 Quelquefois, le club se voyait attribuer une salle pour son usage exclusif, mais, d’une part, ça n’avait rien de définitif et le propriétaire pouvait la lui reprendre la saison suivante et, d’autre part, elle n’avait rien de ce qu’on entend aujourd’hui par salle spécifique. Il s’agissait bien souvent de locaux désaffectés ( ex bureau, classe, atelier, etc…) pas toujours en très bon état et auxquels le club devait apporter quelques aménagements, au niveau de l’éclairage par exemple. D’ailleurs, beaucoup  de clubs avaient un éclairage d’appoint et amovible pour rendre apte au tennis de table une salle qui n’avait jamais été prévue pour le sport. Rares étaient les salles chauffées, sauf parfois par un poêle   qui dégageait une odeur de charbon et une légère fumée à laquelle se mêlait celle des adeptes de la cigarette, car, dans les années 50, aucune loi n’avait été votée à ce sujet. Très souvent, aucun vestiaire n’avait été prévu, il fallait donc arriver en tenue (sous le survêtement) sous peine de se livrer à un strip-tease, à plus forte raison les douches étaient hors de question ( mais ça ne choquait pas compte tenu que peu de logements en étaient pourvus), quelquefois, il fallait sortir du bâtiment pour trouver des toilettes ou ce qui en tenait lieu. L’abord même de ces salles laissait à désirer. Il fallait parfois marcher assez longtemps après avoir trouvé un stationnement à la voiture, questionner passants ou voisins pour trouver la salle encore que ces derniers ne savaient pas toujours qu’on jouait au ping-pong dans le quartier. Pour clore ce chapitre qui explique en partie pourquoi notre sport était méconnu, voici quelques exemples de la précarité de son hébergement, précarité qu’on peut supposer banale à cette époque. Mon club d’ alors, l’ U S Renaudine, joua successivement dans un dancing, une école désaffectée, une salle de réunion, la salle des pas perdus de l’ancienne mairie aujourd’hui disparue, la salle commune d’un ancien restaurant provisoirement maison de retraite, deux pièces de ce même restaurant, un préau d’école fermé, un restaurant scolaire, pour, au bout de trente ans, accéder enfin à un gymnase digne de ce nom avec des horaires corrects…car ce problème ne s’est nulle part réglé rapidement. La 4S débuta dans des salles pavées de son presbytère l’ hôtel Binet, se construisit une salle moderne et réglementaire dans la cour de cet hôtel, en fut chassée pour raison d’urbanisme, se retrouva dans deux salles à l’étage dans un immeuble derrière  son église, trouva un temps refuge dans les greniers de Notre Dame la Riche, s’ installa dans un complexe de trois salles (avec sanitaires) complété par deux préfabriqués au fond d’une cour, Boulevard Tonnellé avant de pouvoir enfin, au 21° siècle, poser ses meubles rue St François dans un authentique ensemble sportif; mais ça n’est pas venu tout seul, elle a dû prouver son niveau dans l’élite nationale pour y parvenir. Plus tard, en 1958, l’  Alauda de Joué lès Tours naquit dans un préfabriqué, dut un temps s’exiler à Chambray lès Tours, devenir U S Alouette pour revenir à Joué dans le gymnase du même nom, avant de fusionner avec l’ U S Joué pour former le TTJ. L’U S Joué  débuta dans une bâtisse au milieu des vignes. Le S C Langeais naquit dans un dancing puis se retrouva dans un hangar en tôle avec un sol en terre battue…etc, je pense que ceux qui ont connu cette époque auraient une foule d’exemples à citer.

 Il arrivait que, faute d’espace de dégagement, on entassât tout un bric à brac de mobilier dans un coin où la balle du match ne manquait pas d’aller se perdre, je vous laisse imaginer la scène. Quelque clubs avaient bien conçu un système de séparation: on soudait des tubes sur des jantes de voiture pour obtenir des supports sur lesquels on tendait un filet habituellement destiné à protéger les arbres fruitiers des oiseaux amateurs de fruits. Encore fallait-il disposer d’un espace de rangement pour ce matériel encombrant et dont l’utilisation n’était pas sans danger. Quelquefois, quand la salle était prévue pour d’autres activités, les tables étaient stockées sur place, ce qui n’était pas sans incidence sur leur durée de vie, compte tenu qu’on était loin de la conception moderne qui permet un montage-démontage rapide et sûr.

Cette indigence au niveau des salles ne s’arrangea pas du jour au lendemain. Il fallut attendre les années 80 pour que la majorité des clubs pussent espérer s’implanter dans un gymnase et, même de nos jours, certains n’en disposent pas toujours de façon satisfaisante, quelques- uns devant parfois faire héberger leur match chez un club ami, d’autres cherchant encore une implantation sûre.

    Les joueurs. Comme je l’ai déjà dit, on trouvait peu de jeunes car on commençait à pratiquer beaucoup plus tard qu’aujourd’hui et le tennis de table n’était pas à proprement parler enseigné. C’était plus là où un ou plusieurs pongistes dotés d’un certain charisme pouvaient servir de modèles que des cadets 2 ou des juniors s’engageaient dans notre discipline. Cependant  certains clubs comme la 4S, St Jo et plus tard l’ Alauda et l’ U S Joué affichèrent d’emblée leur vocation éducative. Pour la petite histoire, à vingt ans j’étais catalogué jeune ( en 1954 l’âge de la majorité civile était 21  ans). On aurait pu compter les dames sur les doigts de la main, mais, si l’on réfléchit aux conditions de jeu de ces temps- là, on comprend aisément pourquoi elles n’étaient guère attirées. C’était souvent parce qu’un membre de leur famille pratiquait qu’elles s’étaient licenciées. C’était le cas de Françoise  Bardin,  fille de P J et championne d’ Indre et Loire et Nicole Sauget, sœur de Marcel, leader charismatique du C O Bléré. Malheureusement, le monde pongiste s’habitua top facilement au fait de ne jouer qu’entre hommes, créa un sport pour les hommes et il y a fort à craindre que ce soit là une explication au fait que nous nous avérons incapables de faire venir les féminines dans nos salles,  ceci bien que certains clubs trop peu nombreux, hélas! s’ y emploient. On ne pouvait, vu leur faible nombre, faire autrement que de les autoriser à participer au championnat masculin par équipe, encore hélas! nous avons pris l’habitude de les voir évoluer chez les hommes et nous avons mis en parenthèse le recrutement des filles. Les joueurs forts le  restaient plus longtemps qu’aujourd’hui, sans doute aussi parce que le jeu était alors beaucoup moins athlétique. Très souvent, le tennis de table était considéré comme un sport complémentaire par ceux  qui pratiquaient une autre discipline, il n’était pas rare de compter des footballeurs dans nos rangs, ce qui expliquait aussi notre goût prononcé pour les matchs en semaine (donc de nuit) qui libéraient les dimanches. J’étais moi-même basketteur. De nos jours, il est devenu difficile de pratiquer conjointement deux sports car les fédérations font tout pour accaparer les licenciés et ce, dès le plus jeune âge…une piste pour le développement est à étudier…

    Les compétitions. Comme aujourd’hui, c’était le championnat par équipe qui avait la faveur des licenciés. J’en ai parlé plus haut, je n’y reviens que pour rappeler que, de la plus petite division départementale aux championnats du monde, c’était la même formule par équipe de trois, mais à la base, on continuait à dérouler tous les matchs, score acquis ou pas..Il existait une autre forme par équipe, la coupe de France, avec deux joueurs ( que nous appelons improprement formule «Coupe Davis», primo parce que nous ne pratiquons pas le tennis, secundo parce que, chez nous, l’équipe est strictement limitée aux deux joueurs qui disputent les simples, donc pas d’introduction d’un double étranger à ces deux joueurs, aucune possibilité de changement, je pense, sans en être sûr, que c’est la formule «coupe Corbillon» décernée alors aux féminines lors de championnats du monde). Cette coupe de France avait ses phases départementale, régionale, nationale, elle concernait surtout les meilleurs et je n’ai pas le souvenir d’y avoir participé.

 Mais le tennis de table étant aussi un sport individuel, ceux qui avaient envie de jouer se retrouvaient dans les tournois. Le district d’Indre et Loire en organisait trois, le tournoi d’ouverture, les championnats départementaux individuels et de double, le tournoi de clôture. Des clubs, comme c’est encore le cas, en organisaient à la fois pour faire leur promotion dans leur commune et pour améliorer leur trésorerie car c’était rentable. Dans les tournois du district, on gagnait le plaisir de jouer et de faire des performances; dans les tournois de clubs, on pouvait récolter toute sorte de lots  dus à la générosité du commerce local, denrées alimentaires, bouteilles de vin, produits d’entretien et tout un bric à brac d’objets dont on avait rarement l’utilité et qui allaient finir leur vie dans les greniers, mais on n’était pas là pour ça. On venait pour jouer le plus possible en recherchant les confrontations génératrices de progrès. La formule différait de ce qui se pratique aujourd’hui en ce sens qu’on ne pouvait s’inscrire que dans sa catégorie de classement mais, si on en atteignait les quarts de finale, on se qualifiait pour le tableau supérieur; c’était là tout l’intérêt et rien ne s’opposait   à ce qu’un non-classé se retrouvât dans le tableau troisième série s’il franchissait les quarts dans sa catégorie et en quatrième série. Ce qui demandait de la part des juges-arbitres une virtuosité hors du commun car un joueur qualifié dans trois tableaux pouvait à un moment donné ralentir toute l’épreuve, ajoutons à cela que celle-ci se disputait peut-être dans deux, voire trois salles. Mais c’est ainsi qu’un joueur opérant habituellement contre des adversaires modestes avait l’occasion de se frotter à l’élite régionale, parfois plus. J’ai une pensée admirative pour les juges-arbitres de l’époque. Claude Errant, Pierre Joyau, Noël Dubois…qui accomplissaient des prouesses comme directeurs d’épreuves; on se souvient d’eux comme de grands dirigeants, ils ont aussi été des officiels de talent. P. J. lui-même excellait dans cet exercice. Un mot sur les championnats individuels. Le district décernait les titre par catégorie de classement. C’est la commission du même nom qui dressait la liste de ceux qui pouvaient aussi jouer dans la catégorie supérieure à la leur en tenant compte de l’ensemble des résultats de la saison et du nombre de places disponibles On n’y distribuait pas comme aujourd’hui une profusion de médailles et de coupes: le vainqueur repartait avec un diplôme, le finaliste et les demi-finalistes avec les félicitations et la poignée de main du président…mais on pouvait ainsi lire son nom et celui de son club dans la rubrique sport de la « Nouvelle République», ça valait bien toutes les médailles. Il va sans dire qu’ on ne trouvait jamais parfois sur place le nombre suffisant de tables pour organiser un tournoi, il était nécessaire de les emprunter  à d’autres clubs d’où des problèmes de transport et de manutention. Ces tournois se déroulaient par élimination directe avec les conséquences suivantes: les bons jours, on se qualifiait  dans plusieurs tableaux, on faisait des performances, on revenait satisfait d’une journée bien remplie et le sentiment d’avoir progressé et appris; les mauvais jours, on était éliminé dès le premier match et il fallait parfois attendre des heures avant qu’une voiture pût vous rapatrier. Afin de ne pas perdre son temps, c’était le moment d’observer, de noter mais aussi d’établir des contacts et de parler avec des joueurs qu’on n’avait pas l’habitude de rencontrer.

De 1954 à 1958.

J’espère n’ennuyer personne en relatant quelques faits de ma carrière de joueur qui n’a rien de bien remarquable. Je veux simplement montrer les leçons que j’en ai tirées à travers les erreurs que nous avons commises.

Par équipes, nous entamâmes donc le championnat de promotion à la rentrée 1954. Je fis connaissance avec les matchs de nuit, généralement le vendredi à 21 h. Je ne les ai jamais appréciés car, ayant l’habitude de me lever très tôt, je sentais que mon corps réagissait mal quand je le forçais à une heure où je dormais en temps normal; d’autant plus que je travaillais le samedi comme beaucoup à cette époque. Cependant, force m’est de reconnaître qu’une grande majorité de licenciés pense le contraire;de toute manière, nous n’avions pas le choix et c’est encore le cas. Nous ne rencontrâmes que peu de résistance, les meilleurs de nos adversaires se classant 50, 45, avec des équipiers souvent non classés.Je ne subis qu’une défaite, le dernier match de la saison contre un Jean- Pierre Dubois inspiré et combatif (4S)., comme La 4S( Claude Massaloux, Noël et Jean- Pierre Dubois) fut le seul club à nous donner du fil à retordre. Nous accédions ainsi à la division d’honneur. A Robert, qui ne cachait pas son ambition de propulser notre équipe en excellence, Claude Massaloux déclara que c’était une erreur de se focaliser sur une seule équipe au lieu de s’intéresser à tous les joueurs et que, à vouloir monter trop vite, la chute n’en est que plus rapide. La suite lui donna raison. La 4S, qui avançait ses pions en même temps, connut une ascension plus solide et c’est toujours sa stratégie.

Je trouvai plus de plaisir dans les tournois bien que j’en  eusse peu remporté, mais l’intérêt pour moi étant de progresser, si j’arrivais, comme non classé, à me qualifier en 3° série, j’estimais avoir atteint mon but. Je fus plusieurs fois demi finaliste, même finaliste en non classés et 4° série, mes meilleurs résultats étant d’avoir remporté le tournoi du P L La Fuye en quatrième série (très coté car inter régional avec des joueurs de la Sarthe, du Maine et Loire, de la Loire Atlantique), j’y fis même deux performances à 25 et 20 avant de me faire proprement étriller par un 10., et de terminer en demi en non-classés et 4° série le championnat d’ I&L, sorti à chaque fois par le même joueur qui remporta les deux tableaux et fut demi-finaliste en 3° série  Ce sont les tournois qui m’apprirent à perdre, ce qui est nécessaire dans une vie de joueur. J’en aimais l’ambiance car, si par équipe on  exigeait un silence de cathédrale, en tournoi c’était différent: aux bruits des balles et des chaussures émanant des différentes tables se mêlaient ceux des conversations ponctuées d’éclats de voix et de rire jaillissant du public et du bar (souvent dans la salle).

Nous attaquâmes la saison 55- 56 avec un classement, Pierre à 45, moi à 40, ce qui faisait de moi une cible pour les chasseurs de performances car, à part un trente et un trente cinq, j’étais le mieux classé en honneur et je devenais tête de série en 4° série dans les tournois. Peu à dire sinon que je vins facilement à bout du 35 et du 30 au cours de la saison, mes équipiers perdirent peu de matchs, nous terminâmes invaincus; j’avais dû subir quelques défaites dont je ne me souviens plus très bien. Marcel, non classé, remporta le titre de champion d’ I&L de 4° série, je fus sorti au premier tour par un non classé. Mon  seul bon résultat  fut ma victoire en 4° série au tournoi de la Nerva Renault, aussi relevé que celui du P L La Fuye. Les performances que je fis au cours de la saison me valurent un classement à 30, Pierre et Marcel devinrent 35. C ‘est alors que Robert se prit à rêver de Nationale. Je lui fis remarquer que nous étions loin d’envisager le maintien en excellence où nous n’étions pas encore qualifiés car il fallait disputer le finale régionale à Ecommoy (Sarthe) contre une équipe de La Flèche ( je crois). Lors de ce match de qualification nous dûmes affronter deux 25, dont l’un nous était inaccessible et un 40.  Sur le papier, ils étaient favoris. Pour nous, il s’agissait de battre le 40 et pour au moins  deux d’entre nous le 25 qui paraissait à notre partie. Nous vînmes facilement à bout du 40, Pierre et moi battîmes le  25 qui ne me parut pas au mieux de sa forme. Nous étions qualifiés sur le fil mais ce qui tempéra mon enthousiasme ce furent les confidences que nous firent nos adversaires pendant le pot de l’amitié. Leur équipe n’existerait plus la saison prochaine: le meilleur mutait au C O Pontlieue du Mans, l’autre 25 capitaine de carrière partait dans un mois pour l’Algérie…j’ai toujours eu des doutes sur notre victoire, en tout cas, en face, ils ne devaient être guère motivés. Bien que ce fût une finale, dans la salle on ne vit que les joueurs et le juge-arbitre, pas le moindre public, pas le moindre supporter…mais ça, nous connaissions.

 Je me mariai une semaine plus tard le 28 avril, ce qui n’empêcha pas le club de me demander de jouer le 1° mai afin de remporter une coupe dans un tournoi. A l’ A G de fin de saison, Robert nous  apprit qu’il avait contacté Louis Berga, ex star du P L La Fuye, et que ce dernier jouerait avec nous en excellence. Il fut décidé que nous établirions une rotation pour évoluer dans l’équipe et que le joueur non retenu renforcerait notre réserve qui jouait en promotion depuis 1955, les règles du brûlage telles que nous les connaissons aujourd’hui étaient différentes, mais je les ai oubliées. On notera au passage que ce recrutement s’était fait sans réunion du comité directeur, sur la décision d’une seule personne, mais tout le monde semblait si heureux que je n’osai jouer les trouble- fêtes, tout en sachant que nous ne pourrions espérer que le maintien. Me revinrent en mémoire les réflexions de Claude Massaloux et je trouvai que nous allions trop vite en besogne d’autant que notre équipe 2 peinait en queue de peloton de la promotion. Cette erreur, collective puisque nous approuvions, beaucoup de clubs sont prêts à la commettre encore aujourd’hui…et…

Le maire de Château- Renault se chargea de doucher notre enthousiasme. Lors de l’entrevue qu’il nous accorda, il avoua qu’il ignorait tout de notre «exploit» malgré l’article que nous avions fait paraître dans la «Nouvelle République», nous expliquant ensuite qu’il lui était difficile d’évaluer la chose, les compétitions ne pouvant se comparer d’un sport à l’autre. Quand Robert lui fit remarquer que nos frais allaient augmenter, que la subvention municipale était insuffisante, que le football qui comptait quatre fois moins de licenciés que nous touchait cinq fois plus, il s’attira la réponse suivante«Oui, mais c’est le football!», sous entendu « Un vrai sport lui!». Je compris à ce moment-là que nous avions péché par orgueil, d’une part en croyant que nos performances étaient connues et d’autre part en imaginant que nous serions capables seuls de faire la promotion du tennis de table. Depuis cette époque, j’ ai su  que c’était une question de solidarité et que nous ne nous ferions reconnaître qu’en restant unis avec tous les autres clubs, au sein de nos ligues et de notre fédération( aujourd’hui aussi de nos comités départementaux).

 J’acceptai de reconduire mon sursis d’incorporation au service militaire bien que désireux de régler ce problème qui hypothéquait gravement mon avenir, ceci afin de ne pas compromettre celui du club, je ne savais pas que c’était reculer pour mieux sauter. La saison 56-59 avec Louis se révéla telle que je la pressentais. Nous assurâmes une honnête 4° place mais étions incapables de jouer les premiers rôles; Louis remporta souvent ses trois matchs, nous fîmes quelques performances mais nous fûmes impuissants à l’épauler efficacement contre les grosses pointures. J’y gagnai le titre de champion départemental en double avec Louis, ce qui relativisait ma performance, mais j’ en appris beaucoup: il m’enseigna où remettre la balle selon la position de son partenaire et la nécessaire cohésion des actions de jeu. Louis, qui tenait à réussir son come-back s’adjugea cette année-là tous les titres départementaux.

 La saison 57-58 vit la fin de nos illusions. Louis avait muté à l’ A S PTT Tours où il retrouvait son ex équipier Maurice Roquebert avec l’ intention de donner naissance à un grand club; ce projet n’aboutit jamais car la révolution qu’allait vivre la technique leur fit comprendre qu’on changerait d’époque. Mais ce n’était pas tout. Robert avait revendu sa charcuterie pour s’installer à Tours; Marcel à son tour s’était marié et devait prendre un commerce dans la Sarthe, j’avais l’intention en fin de saison de résilier mon sursis, Pierre s’estimait trop âgé pour continuer et désirait habiter Tours. On nous demanda de jouer cette saison-là afin de trouver une solution qui ne vint jamais. Malgré d’énormes efforts récompensés par quelques performances, nous ne battîmes que deux clubs ce qui se révéla  insuffisant pour assurer le maintien et, de toute manière, à qui eussions-nous passé le relais, notre  équipe deux étant trop faible?…sans aucun doute retomberait-elle en promotion ; c’est ce qui se produisit la saison suivante bien que Pierre eût accepté de continuer en attendant mon hypothétique retour du service militaire. Retour à la case départ ! Je ne pus m’empêcher de penser aux conseils de Claude Massaloux, un club ne se résume pas à une équipe, c’est tout un ensemble qu’il faut faire progresser. D’ailleurs, l’ U S Renaudine, pendant ces quatre ans, avait perdu beaucoup de joueurs, certains tout simplement parce qu’ils avaient le sentiment de ne pas compter.

Si je repris symboliquement une licence pour la saison 58- 59, je ne rejouai pas estimant que cela aurait été inutile et aussi pour rester auprès de ma famille dont je serais séparé vingt- neuf mois devant rejoindre mon régiment le 4 janvier, j’avais alors un fils qui allait sur ses deux ans.

De tout un peu, en vrac…

Je regroupe ici quelques anecdotes ou détails que je n’ai pas mêlés au récit, déjà bien lourd.

    Salles: En quatre ans, nous connûmes trois salles et même quatre si on considère le lieu de compétitions. Nous avions débuté dans un dancing, mais d’une part c’était onéreux et d’autre part un café n’est pas très indiqué pour accueillir des jeunes. La mairie mit à notre disposition deux classes dans une école désaffectée dont l’une était surnommée le caveau car elle n’avait pas de fenêtres et le jour y tombait du toit par un vasistas ce qui nous contraignit à bricoler un éclairage d’appoint. Ces salles étaient poussiéreuses, humides, les plâtres s’écaillaient, on s’y gelait l’hiver malgré deux poêles en fonte car nous n’avions ni le temps ni les moyens de les allumer. En guise de sanitaires, il fallait se contenter des classiques cabinets des écoles primaires, cabanons juxtaposés fermés à demi par une porte basse et «le commodités» se résumaient à un trou dans une dalle de béton au-dessus d’une fosse qu’il fallait vider de temps à autre…je vous laisse imaginer la scène en hiver quand la bise et la pluie s’engageaient là-dedans et les odeurs nauséabondes par canicule. Ces deux classes ne pouvant être homologuées  pour l’excellence, nos matchs se déroulaient dans la salle des pas-perdus de la mairie de l’époque( démolie par la suite) sous une immense verrière où régnait  une ambiance sibérienne en hiver, saharienne par temps chaud. J’en reparlerai. Nous avions donc un problème de transport de table de la salle d’entraînement à ce grand hall et inversement que Jean le plâtrier nous aidait à résoudre avec sa camionnette ou une voiture à bras( sorte de petite charrette à roues cerclées de fer encore utilisée par les artisans et à traction humaine). Puis l’école fut réaffectée ( baby- boom de l’après guerre) et on nous attribua des horaires dans une salle de réunion, elle non plus homologable en excellence.

    Raquettes  En plus de la raquette «picot» existait une raquette dite «mousse» en ce sens que le revêtement était constitué précisément d’une épaisse couche de mousse. Je m’en étais procuré une lors du passage à Tours d’une tournée exhibition dirigée par Alex Ehrlich escorté de Johnny Leach et de premières séries françaises. Ce nouveau matériel permettait de frapper plus fort, amplifiait les effets coupés, liftés, latéraux et combinés mais avec moins de contrôle. Je ne l’utilisai que dans les tournois; mes partenaires m’exhortant à garder ma raquette armée par équipe et j’eus la faiblesse de céder; avec deux outils si différents mon jeu se déréglait. Elle me valut des performances étonnantes et des contre tout aussi retentissantes. Mais comme la hiérarchie se trouvait bousculée par les utilisateurs de ce matériel, elle fut interdite par l’ I T T F suite à une proposition de la F F T T visant à standardiser les raquettes. Sans doute «la raquette mousse» a-t- elle inspiré le jeu moderne. En tout cas, on sentait bien que le bien  tennis de table était appelé à évoluer radicalement. J’utilisai la même raquette armée pendant ces quatre années, ce qui serait impensable aujourd’hui.

    Un événement. En 1958 furent organisés à Tours les internationaux de France de tennis de table avec une superbe finale opposant Berczik ( Hongrois champion d’ Europe) à Sido (son  compatriote) , un festival offensif…sans doute ce qui se faisait de mieux sur notre continent mais nous savions que les meilleurs mondiaux étaient alors les Japonais qui opéraient dans un style différent avec une autre prise de raquette .Ann Haydon remporta le titre en dames avec un solide jeu défensif.

    Les jeunes. Si je crois me rappeler que la catégorie minimes fut créée en 1957, je ne me souviens pas d’en avoir rencontré à cette époque. J’ai plus haut fait allusion aux rares clubs qui faisaient jouer des jeunes, au sens qu’on donnait à ce mot dans les années 50. Pour ma part, je fis quelques tentatives de formation de jeunes d’environ quatorze ans, élèves du cours complémentaire de mon école( on dirait élèves de 4° de nos jours). Mais comme cela se passait le jeudi, jour de congé scolaire, que je n’étais pas libre le week-end en tant que joueur, il me fut plus facile de leur faire disputer les championnats scolaires ( U S E P?) ce qui valut à l’école quelques titres par équipe, en simple et en double; ça n’était pas de tout repos car je devais trouver parmi mes rares collègues possédant une auto des conducteurs pour les déplacements. Toutefois le club décrocha le titre de championne d’ I&L avec la nièce d’un de nos joueurs et que j’entraînais. C’est un bien grand mot car l’entraînement consistait à prodiguer quelques conseils ou remarques, il n’avait pas l’aspect structuré et scientifique que nous lui connaissons.

    Pourquoi ce chapitre?.

On peut en effet se demander qui pourra bien s’intéresser à un passé révolu et si peu reluisant?

D’abord, j’ai pris conscience que ceux qui l’ont connu sont en voie de disparition. Si on a, j’y ai fait mention, des ouvrages sur l’épopée de l’élite et le côté flamboyant du tennis de table, on a peu écrit sur le «petit peuple», sur ce qui se déroulait dans les clubs de la base. Or on sait que si les généraux ont la vedette dans les récits historiques, ils seraient bien en peine s’ils devaient se battre seuls. J’ai donc souhaité montrer d’où nous sortons, les énormes difficultés qu’ont dû surmonter les dirigeants de cette époque et je suppose que ceux qui ont fait survivre notre sport pendant la guerre en ont connu encore de bien plus grandes. Les joueurs d’ aujourd’hui ont l’habitude que tout leur soit servi sur un plateau avec des tables auto-pliantes de grande qualité, des balles à profusion (qu’on ne respecte plus) dans des salles bien éclairées et spacieuses…tout le monde trouve cela normal. Mais ce progrès dont ils bénéficient, savent-ils qu’ils le doivent à des générations et des générations de dirigeants qui, partant d’une distraction de salon ont édifié un sport spectaculaire, maintenant reconnu? Car on a trop tendance à ne se souvenir que de ceux qui ont occupé des postes élevés, mais notre sport a eu aussi ses héros discrets, ceux qu’on nomme « les petits, les obscurs, les sans-grades». Un jour ils se retirent ou décèdent: savons-nous les remercier à la mesure des sacrifices qu’ils ont consentis? Pas si sûr! Certes, à leurs obsèques nous savons leur rendre un vibrant hommage mais ça aurait été tellement mieux de le faire de leur vivant. C’est dans ce sens que j’ai souhaité que la ligue et ses comités se rapprochent de la F F des médaillés de la jeunesse et des sports  mais aussi qu’ils créent une distinction qui ne serait pas attribuée à l’ancienneté.mais pour des services exceptionnels. J’ai une pensée émue pour Gérard Jacob en tapant ces lignes.

Si les dirigeants des années 50 étaient contraints de raisonner dans un certain sens, on peut s’étonner du fait que, malgré les progrès accomplis par notre sport dans tous les domaines, les mentalités aient peu évolué dans de nombreux clubs qui restent focalisés dans le résultat à tout prix,semblant ignorer qu’il existe aussi un sport de masse et que les joueurs les plus modestes ont les mêmes droits que les «stars» ( du club), que l’équipe de D4 doit être considérée autant que la R2…Je ne voudrais pas qu’on imagine mon ami Robert comme un personnage autoritaire, il était tout le contraire mais, du fait que la majorité du club ne pensait qu’à jouer et rien d’autre, il fallait quelqu’un qui pensât à sa place. Et c’est souvent comme ça aujourd’hui où fleurit l’expression «Consommateurs en tennis de table» qui traduit bien la difficulté de convaincre les joueurs d’être leurs propres dirigeants…rien de nouveau sous le soleil!

 Je n’aurai eu que deux clubs FFTT dans ma vie pongiste, l’ U S R et la 4S; ils ont pris des départs différents, le premier fonçant vers les titres, le second se souciant du bien être collectif. Je me souviens que l’ Hôtel Binet était un lieu de vie:où tous se retrouvaient le dimanche pour discuter devant un café, écouter la radio, jouer aux cartes, le club était pour beaucoup une seconde famille. Cela porte un nom, c’est l’accueil qui doit aussi beaucoup au curé de la paroisse, l’Abbé Latapie qui avait si bien su s’intégrer à l’équipe dirigeante. Cela n’a pas empêché la 4S de devenir un club à la fois performant, bien inséré dans sa ville et où il fait bon vivre.  Ceci démontre que le développement est lié à de nombreux facteurs…certes, notre ligue compte d’autres structures qui ont su les réunir. Mais à ceux qui envient leur réussite, on peut dire: «Les grands clubs ont d’abord été petits.»

 On pourra penser que je me suis complu dans le misérabilisme, voire le sordide. Mais l’époque était comme cela…et ce formidable élan de nos prédécesseurs qui nous a propulsés là où nous sommes nous nous devons de le maintenir en vie pour affronter les épreuves du 21° siècle .

 Un dernier détail. Quand j’ai commencé à jouer, en compétition on tirait au sort l’ordre du service; comme le jeton bicolore était à inventer, nous utilisions une pièce de monnaie, c’était parfois une pièce en alu qui datait du régime de Vichy, frappée de la francisque et de la devise «Travail, Famille, Patrie», dont la 4° république avait autorisé la circulation jusqu’à épuisement et que certains conservaient à titre de souvenir. Je ne me souviens plus à quel moment les joueurs ont substitué à ce tirage au sort le rite divinatoire qui consiste à cacher la balle sous la table. Ce n’est pas la seule liberté prise avec le règlement. Un sport qui ne respecte pas ses propres règles peut-il espérer être pris au sérieux? Il faudra y revenir.


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